Mise à jour le 26/08/2007
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San Finna N°428 du 27 Août au 02 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

L’ECHANGEUR A LA PATTE D’OIE
PRIORITE OU PAS ?

Tout le monde l’a appris : il y aura bientôt à Ouagadougou, un échangeur pour rendre plus fluide la circulation au niveau de la Patte d’Oie. Aussitôt, la polémique a surgi et l’on compte deux camps tout à fait opposés sur ce projet qui enchante les uns et rend hystériques les autres. Pour les premiers, Ouagadougou se met au niveau des grandes capitales par la construction de ce joyau dont la maquette a été rendue publique. Pour les autres, c’est plus que choquant de se tourner sans honte vers quasiment le 3 ème millénaire alors que les villages sont toujours dans le noir, dans l’immense majorité du pays. Voici votre deux sons de cloche de cette semaine.

UNE PRIORITE EVIDENTE A SALUER

Le Ouagadougou de 2007 n’est pas celui de 1960. La ville s’est embellie et a grandi à vous donner le vertige. Il faut voir loin car elle est appelée à voir sa population, déjà nombreuse, doubler dans les années à venir. Il faut donc anticiper et c’est ce qu’on doit exiger de nos gouvernants. Ils ont décidé de construire un échangeur : ce n’est pas une mince affaire. Ca va coûter des milliards. Mais s’ils le font, c’est parce que les experts en matière d’urbanisation leur ont demandé de le faire. D’ailleurs, il faut bien voir : à cet endroit où on veut placer l’échangeur, vers la Patte d’Oie, la circulation est encore plus difficile que dans bien d’ autres zones où déjà, c’est la galère. Il y a des embouteillages insupportables qui nuisent aux activités, les riverains arrivant en retard au travail et tout étant retardé à cause de ces bouchons. Plus grave, il y a des accidents souvent mortels dont les victimes, la plupart du temps, sont des enfants. Il fallait oser penser à un échangeur : c’est la solution idoine préconisée par les hommes de l’art ; il n’y a donc rien à redire là-dessus. Et puis, à ceux qui disent que la mesure est faite pour aider nos gouvernants qui logent à Ouaga 2000, on doit leur répondre que pourtant, deux autres échangeurs sont prévus, un sur la route de Ouahigouya et un autre vers le CBC : alors il n’y a pas là de préférence vis-à-vis d’une partie des Ouagalais. On fait le travail là où il doit être fait, là où c’est nécessaire. Et puis, les gens critiquent mais demain, quand les voies seront libres à cet endroit, on félicitera les autorités pour avoir pensé à leur place et avoir vu loin. On parle d’opération de prestige : ben oui, pourquoi pas ? Si en plus d’être utile, il est beau et fait la fierté des Ouagalais, on ne peut que s’en féliciter. Alors, les Simon et autres doivent fermer les yeux, se boucher les oreilles et se lancer à fond dans la construction de ces joyaux si utiles, surtout qu’il semblerait qu’on a eu les financements. Les générations futures leur en seront reconnaissantes.



TOMI.

Y A D’AUTRES CHATS A FOUETTER

Cette histoire d’échangeur est une affaire bien mal barrée parce que l’ouvrage a commencé et puis, a pilé comme ça : si ça s’est arrêté, dit-on, c’est parce que, comme d’habitude, on a bouffé l’argent et que maintenant, on est coincé comme des rats. Ensuite, on ne comprend rien à cet ouvrage sans queue ni tête, qui tombe comme par hasard pile poil sur Kosyam ! Par ailleurs, les gens pensent qu’on peut imaginer d’autres solutions moins coûteuses, construire d’autres routes par exemple même s’il faut déloger des familles (qu’on relogera mieux d’ailleurs, donc ce sera un bénéfice social), au lieu de songer à de telles dépenses de prestige avec des commissions à la clef. C’est vrai qu’il y en a qui critiquent, un rien plaisantin, soulignant que beaucoup de personnes ne sauront pas comment passer sur cet échangeur et qu’il risque d’y avoir beaucoup d’accidents ; en effet, martèlent-ils, déjà avec les simples feux tricolores, nombre de nos concitoyens venant notamment des brousses s’emmêlent les pédales ; qu’est-ce que ce sera donc avec un échangeur qui déboussolera bien du monde ? Mais plus sérieusement, on peut se demander si le pays a suffisamment d’argent pour une telle construction alors que les villages ne sont pas électrifiés, que les besoins les plus élémentaires ne sont pas couverts en matière de santé, d’éducation, etc ? On a le sentiment finalement qu’on veut surtout aider les habitants de Ouaga 2000, les gens du pouvoir, alors qu’il y a 1000 autres priorités dans la capitale notamment ce tout à l’égout qui s’avère indispensable dans une capitale qui va voir sa population doubler d’ici peu, ou encore les travaux de curage du barrage. En tout cas, si l’on devait passer par un référendum régional ou communal pour décider de la création de cet ouvrage, on peut être certains que le vote serait négatif si on disait le coût de cet échangeur, hormis peut-être pour les populations riveraines du lieu où cet échangeur doit être construit, et encore !


TOZI.

Citation de la semaine

«Si Internet a beaucoup à offrir à qui sait ce qu’il cherche, le même Internet est tout aussi capable de compléter l’abrutissement de ceux et celles qui y naviguent sans boussole.»

Laurent Laplante






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