Mise à jour le 26/08/2007
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San Finna N°428 du 27 Août au 02 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

POINT DE VUE
BATAILLE AUTOUR DU 15 OCTOBRE 2007
ET SI ON SE LIVRAIT A DES COMBATS PLUS PORTEURS ?

Le 15 Octobre approche et alors que les frères devenus ennemis de la révolution se défient pour savoir qui dominera dans la commémoration du 20 ème anniversaire de l’évènement, beaucoup d’autres Burkinabé, à la marge, se posent des questions sur l’intérêt d’un tel combat qui se perpétue dans le temps.

Pour moi, le 15 Octobre a ceci de particulier, qu’il apparaît comme le dénouement d’une guerre fratricide qui a opposé deux frères d’armes et leurs partisans. Thomas Sankara et 13 de ses compagnons ont perdu la vie dans cette opposition alors que Blaise Compaoré avec ses compagnons, en sortait vainqueur. Une guerre fratricide qui se poursuit entre fondateurs du CNR de nos jours, laissant toujours à la touche une autre partie de la population qui dès le départ, a observé sans déplaisir que le pays soit délivré de la révolution tout en regrettant qu’il ait fallu procéder par un tel bain de sang pour y parvenir.

C’est l’histoire qui a marqué de son sceau la complexité de cet évènement caractérisé par la joie, la tristesse mais aussi par une espérance teintée d’inquiétude. Il faut s’attendre que pour le 20 ème anniversaire, ces contradictions s’expriment de façon plus vive. Il y a une volonté plus nette des trois tendances à avoir le dessus.

Pour les organisations se réclamant de Sankara et pour tous ceux qui, sans être révolutionnaires, n’ont pas accepté les conditions de son élimination, le 15 Octobre est devenu un jour de ralliement, de recueillement et de promesses. Pour ceux qui ont été à l’origine du renversement du CNR et qui ont engagé le processus de retour au cycle constitutionnel, le 15 Octobre a été jusque là considéré comme un jour de retenue où ils devaient garder un profil bas pour ne pas donner l’impression de célébrer une boucherie plutôt que l’avènement d’un nouveau régime. Je trouve que c’est ainsi que, petit à petit, le champ a été laissé libre pour les organisations sankaristes qui ont fini, avec le temps, par s’approprier cette date historique.

S’il est vrai que le temps aidant, il s’est entre les frères ennemis, établi des passerelles notamment grâce à un accord sur les institutions de la 4ème République qui les amène aujourd’hui à en être les principaux animateurs, la querelle se perpétue de telle sorte que, pour cette 20 ème édition, elle revient en surface avec des enjeux politiques et médiatiques plus forts.

C’est un grand branle-bas de combat dans les rangs des Sankaristes qui veulent donner un cachet particulier à ce 15 Octobre 2007 en le célébrant simultanément dans plusieurs capitales du monde alors que des délégations de plusieurs pays se rendront à Ouagadougou. «Osons inventer l’avenir », voici le slogan des Sankaristes qui exhortent « à un plus grand enracinement dans tous les pays d’Afrique où des sympathisants de Sankara existent, pour l’avènement d’un maximum de Comités en synergie avec ceux de la diaspora ».

Mais voilà que pour ce 20ème anniversaire, l’autre camp, celui de Blaise Compaoré et les siens, se met aussi en branle : plus question de laisser le monopole aux héritiers du CNR ! Ceux qui l’ont remplacé par le Front Populaire et par la 4ème République, veulent sortir de la mauvaise conscience et porter témoignage devant le monde entier que si le 15 Octobre, il a fallu malheureusement procéder au changement par la violence, les lendemains de ce jour ont été porteurs de bonds qualitatifs pour le pays. Le 15 Octobre prochain sera la démonstration en grandeur nature de leurs prouesses au multiple plan politique, économique, social…. Ce qui s’annonce peut apparaître alors comme la bataille des batailles du 15 Octobre. Foi des Compaoristes, on les verra à Ouaga 2000, trois jours durant, fêter l’avènement de Blaise Compaoré, en compagnie d’invités du monde entier, de représentants de tout le pays et bien sûr de toutes les associations de soutien au chef de l’Etat -dont les chères Tanties de Blaise Compaoré- qui font déjà un ramdam pas possible !

Mais il y aura, on le sent cette fois-ci, plus persuasifs, ces observateurs neutres, ces indifférents qui jusque-là observaient sans rien dire. Ils ont pris le soin de faire entendre qu’il est grand temps d’impulser des changements radicaux dans le pays, se défiant de cet enfermement politique qui réduit les enjeux nationaux à la seule confrontation entre anciens compagnons révolutionnaires.

Par la voie de politiques, de leaders de la société civile, d’intellectuels (à travers des déclarations, des forums, des manifestes..), ils font entendre qu’ils ne se reconnaissent ni dans une renaissance qui viendrait du retour aux sources du sankarisme, ni dans la poursuite d’une démocratie de façade qui se corrode chaque jour que Dieu fait. Pour eux, la vraie refondation viendra donc d’une rupture qui mette au-devant les véritables intérêts du pays.

Je crois quand je parcours le mensuel Le Reporter, que c’est cette profession de foi qui colle à l’âme de ce nouveau journal. J’ai lu ces derniers jours avec attention, Touré Soumane, dans le Citoyen n° 54 du 22 août 2007. Il a des mots percutants pour dire ce que beaucoup au Burkina Faso pensent au fond d’ eux-mêmes sans pouvoir le dire, et il n’est pas loin de cette rénovation qu’on sent de plus en plus en mouvement dans la vie nationale.

J’adhère pleinement à ce mouvement et je pense que le 15 Octobre doit être pour nous autres aussi, l’occasion d’aller aux choses essentielles. Nous devons, sans esprit de revanche, appliquer à ce 15 Octobre, comme à bien d’autres évènements de la vie nationale, une courageuse thérapie collective pour poser les bases d’un consensus national qui interpelle la collectivité dans son entièreté. On a les amis de Thomas Sankara, ceux de Blaise Compaoré, de François Compaoré, de Chantal et de Djémila Compaoré, de Salif Diallo et bien d’autres. Ayons aussi les amis des justes revendications populaires.

Jean-Pierre Sawadogo

Enseignant
70 24 37 45


 





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