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San Finna N°428 du 27 Août au 02 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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ENQUETE SUR L’AFFAIRE DES INFIRMIERES BULGARES
SARKOZY DIT « NIET » A L’AUDITION DE CECILIA
ET PROVOQUE DES VAGUES

David Martinon, Porte parole de l’Elysée, n’est pas passé par quatre chemins pour exclure toute comparution de l’épouse du président de la République devant la Commission d’enquête parlementaire instituée dans le cadre du dossier des soignants bulgares. Pour l’Elysée, elle a été envoyée par le président de la République et son audition est impossible en vertu du principe constitutionnel de «séparation des pouvoirs ». Comme il fallait s’y attendre, à l’UMP, on en trouve comme Patrick Devedjan pour soutenir cette décision mais ils auront cependant fort à faire pour convaincre.

Ne l’oublions pas, c’est en effet le président lui-même (appuyé par la majorité UMP), soucieux de prouver à l’opposition qu’il n’y avait aucune transaction louche dans le dossier des Bulgares, qui a accepté que cette commission soit créée. Nicolas Sarkozy ne peut, dans ces conditions, déclarer urbi et orbi que son épouse, parce que missionnée par lui en Libye, est exemptée de comparution devant la commission. Il ne serait pas conséquent. Cette logique induite de la notion d’envoyé du président apparaît manifestement tirée par les cheveux lorsqu’on refuse que Cécilia Sarkozy réponde à la commission parce qu’ envoyée du président de la République alors que dans le même temps on accepte que Clause Guéant, lui aussi envoyé par le président dans la même affaire, soit autorisé à répondre.

Mais dans toute cette affaire, au-delà du bon sens, c’est le droit et la pratique qui sont malmenés. Il faut savoir en effet que les textes et les pratiques de l’Assemblée nationale prévoient que lorsqu’une commission d’enquête juge utile l’audition de personnes, celles-ci « sont tenues de déférer à la convocation qui leur est délivrée », la règle à l’Assemblée étant même que celui qui ne s’exécute pas est passible de « sanctions pénales ».

Là-dessus, le député PS André Vallini est catégorique : «La règle est qu’une commission d’enquête parlementaire peut convoquer qui elle le veut » (in Le Nouvel Observateur du 24/08/07). Plus explicite, il rappelle : « J’ai été président de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire d’Outreau. Je me souviens que chaque fois que je signais une convocation, y figurait la mention : ‘en cas de refus de votre part, la commission d’enquête pourra requérir le concours de la force publique’». Et au député de marteler par rapport à Cécilia Sarkozy : «Si elle refuse de venir, la commission d'enquête parlementaire pourra requérir la force publique. Je ne souhaite pas qu'on en arrive là, mais le président de la commission d'enquête parlementaire pourra demander aux gendarmes ou aux policiers d'aller la chercher ».

Il faut reconnaître que la position de l’Elysée est difficilement soutenable du point de vue constitutionnel. C’est un fait que l’immunité du président de la République est consacrée par l’article 67 de la Constitution («le président de la République n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité, sous réserve des dispositions des articles 53-2 et 68 de la Constitution»), barrière ou protection suprême qui n’empêche cependant pas des critiques et une volonté de bien de magistrats et de praticiens du droit, de passer outre pour que le président en exercice puisse devenir à l’occasion un justiciable comme tous les citoyens en faisant jouer le principe de la faute détachable. C’est ce que l’on voit avec les affaires Chirac en cours. Si maintenant, alors que cette immunité est déjà querellée pour le président de la République, on décide que les épouses des chefs d’Etat en bénéficient par extension, on voit toute l’insécurité juridique et politique, et pour tout dire constitutionnelle, qui pourrait en découler.

En effet, la loi constitutionnelle est d’interprétation restrictive, tout le monde le sait. Si donc, il était dans l’intention du constituant de faire bénéficier l’immunité présidentielle aux épouses, un alinéa aurait été expressément prévu à cet effet. Ce n’est pas le cas.

Par ailleurs, s’il fallait à la limite interpréter cette disposition, il ne revient pas à la présidence française de le faire. En usant pourtant de cette compétence pour étendre l’immunité à Cécilia Sarkozy, l’Elysée s’est comme substitué au Conseil constitutionnel pour s’ériger en organe d’interprétation de la loi constitutionnelle, à son profit évidemment. Il y aurait presque là, à y regarder de plus près, un abus de droit ou en tout cas, une atteinte au principe de la séparation des pouvoirs que l’Elysée invoque par ailleurs pour refuser que Cécilia Sarkozy se présente devant la commission d’enquête. C’est vraiment une utilisation à géométrie variable de la séparation des pouvoirs.

Et Pierre Moscovici, député du Parti Socialiste, a toutes les chances d’être compris des Français lorsqu’il soutient que « l’argumentation utilisée est absolument baroque, la notion d’envoyé personnel n’existant pas dans nos institutions ». Et le député du Doubs reste tout à fait cohérent lorsqu’il martèle « Nous sommes face à une absurdité, un statut de président par extension. La volonté de protéger Madame Sarkozy ne doit pas aboutir à créer des monstres juridiques » (in Libération). Il est clair que si la chose passait, on pourrait de l’épouse, en venir aux enfants, aux mères et petits-enfants et peut-être même à toute personne ayant agi sur instruction du président de la République. Et là, bonjour la déstabilisation de la justice et la voie pavée pour l’arbitraire ! Il y a donc des possibilités, au cas où le président persisterait, que le Conseil Constitutionnel soit saisi en interprétation dans les normes pour trancher ce différend. Il se pourrait alors qu’après la claque du paquet fiscal où le Conseil constitutionnel a mis des bémols, le président Sarkozy soit -encore une fois- mouché.

En attendant, on ne peut pas s’empêcher de penser que si le président français a décidé d’impliquer son épouse dans les affaires de la France, il doit le faire en se soumettant aux règles et aux pratiques de la République, c’est-à-dire en soumettant ces interventions au contrôle républicain. En tout cas, s’il en est qui doivent observer tout cela avec un rien d’amertume, c’est Alain Juppé mais plus encore Dominique de Villepin, qui bien qu’ayant agi dans les affaires pour lesquelles il est poursuivi, sur instruction de Jacques Chirac (comme cela ressort des dossiers de procédure en cours) ne s’est pas vu offrir par ce dernier, l’extension de l’immunité présidentielle.

CY






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