San
Finna N°429 du
03 au 09 Septembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
SARKOZYSME
POURRAIT-IL RIMER
AVEC REAGANISME ET THATCHERISME ?
Le reaganisme et le thatchérisme
ont été considérés comme des
politiques ayant le plus, au siècle dernier, revigoré
le libéralisme dans ses aspects les plus maximalistes.
On ne peut donc de nos jours parler d’ultralibéralisme
en omettant Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Tous les
deux ont relancé, grâce à des politiques
extrêmement libérales, la productivité
de leurs pays aux dépens d'acquis sociaux, ramenant
particulièrement au Royaume-Uni le taux de chômage
à des niveaux historiquement bas.
Devra-t-on aujourd’hui y ajouter dans ce tableau
Nicolas Sarkozy ? C’est la question que l’on
peut légitimement se poser au regard de certaines
considérations.
DECOMPLEXIFICATION DE LA FORTUNE
Nicolas Sarkozy est l’homme d’Etat français
qui, pour la première fois, va aussi fortement
en guerre, par des actions symboliques politiques et médiatiques
fortes, contre ce sentiment de honte qui entoure traditionnellement
en France, la fortune. Il considère que la dé
complexification de la richesse peut être un moteur
de relance de l’économie, et par voie de
conséquence, s’attaque finalement à
toute une histoire sociale de la France qui, par des luttes,
des sacrifices, a abouti à la consécration
dans la Constitution , des droits économiques et
sociaux, donc à un certain interventionnisme de
l’Etat pour protéger les plus faibles des
plus forts. C’est au fond, une autre révolution
qu’il entreprend.
Et de ce point de vue, il met la main à la pâte
en quelque sorte, s’affichant sans complexes avec
les hommes les plus riches de France et de Navarre, prenant
des vacances dans des yachts de luxe et se faisant payer
des vacances dans des lieux de la jet-set. Que l’on
critique ces manifestations qui peuvent être compromettantes
et favoriser des délits d’initiés,
il n’en a cure. Il veut faire des milliardaires,
des personnes de référence pour réveiller,
par l’émulation, l’esprit entrepreunarial,
qui à son goût, fait cruellement défaut
à la France. Evidemment , ce n’est pas pour
déplaire à ces magnats du CAC 40 et autres
qui ont enfin trouvé en lui, le thaumaturge tant
attendu.
CADEAUX FISCAUX
Ensuite, pour suivre plus concrètement la trace
de Reagan et de Thatcher, Sarkozy choisit de ne pas mettre
de gants. C’est d’abord ce qu’il fait
avec le « paquet fiscal ». On a eu beau en
France comme à l’étranger, lui faire
remarquer que cette technique sert beaucoup plus les grandes
fortunes que le bas peuple, que ce sont des "cadeaux
fiscaux" offerts aux plus riches qui, loin de promouvoir
le travail, " marquent le retour d'une société
de rentiers" (Lu dans Le Figaro), il n’en a
cure. Pour lui, cet allègement du bouclier fiscal,
qui passe ainsi de 60 à 50 % est une mesure qui
améliorera la compétitivité fiscale
de la France.
Dans la lancée, Nicolas Sarkozy poursuit le démantèlement
des protections sociales par son programme de dépénalisation
du droit des affaires. Il s’agit pour lui de ne
plus permettre que les hommes d’affaires, les entrepreneurs
soient gênés aux entournures par le carcan
de certaines dispositions pénales spéciales.
Les affaires pour lui ont besoin de quelque marge avec
le droit : « La pénalisation de notre droit
des affaires est une grave erreur ; je veux y mettre fin
», et il insiste sur le fait que les gens qui sont
dans les affaires ne voudront pas entreprendre grand-chose
« si la moindre erreur de gestion peut vous conduire
en prison ». Mais nombre de syndicalistes, de magistrats
craignent que ce ne soit un « éteignoir sur
les malversations »
Quant aux justiciables lambda, qui voyaient dans cette
législation une volonté de lutter contre
la criminalité en col blanc, il y a comme le sentiment
de la marche régressive vers une justice à
deux vitesses, la déconstruction d’une certaine
idée du droit bâtie sur le principe d’égalité.
LIBERALISATION DU MARCHE DE L’ EMPLOI
Enfin, le numéro un français, pour donner
toutes ses aises au marché, pousse le plus loin
possible, la libéralisation du marché de
l’emploi, avec des risques de laisser le travailleur
se débrouiller et pour tout dire, à la merci
de la rapacité de l’employeur. Le président
de la République en effet s'est dit favorable à
« une réforme du droit du travail qui permettrait
de rompre un contrat sur le modèle de la ‘séparation
à l'amiable’". Pour Gaby Bonnand, secrétaire
national de la CFDT , c’est vraiment d’une
incongruité monumentale : "On ne peut pas
comparer la rupture du contrat de travail à un
divorce. Le contrat de travail est un droit particulier
entre deux parties inégales. Il y a contrat de
travail parce qu'il y a rapport de subordination donc
ce ne sont pas des choses qu'on peut mettre sur le même
plan. Le contrat est là pour la partie la plus
vulnérable du contrat".
Quand on pense à ce que de tels choix ont produit
à l’époque du libéralisme naissant
et aux violences qui en ont résulté, on
peut comprendre les angoisses qui montent dans la France
sociale d’aujourd’hui : finies les protections
acquises au cours des grandes périodes historiques
des luttes sociales. C’est l’ouverture du
grand banquet de l’ogre capitaliste !
CONCLUSION
Il se pourrait cependant qu’il y ait plus qu’il
n’y paraît, une différence importante
entre Nicolas Sarkozy et les deux autres hérauts
de l’ultralibéralisme. A leurs différences,
il a cru devoir surfer aussi bien sur les attentes de
la gauche que de la droite pour ravir le suffrage populaire.
Alors que Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont quant
à eux marqué leur politique d’une
certaine rigidité, pour sa part, Nicolas Sarkozy
(qui dit aimer la vérité, abhorrer les demi
mesures et les confusions) pioche avec avidité
dans les ressources de gauche pour mener tambour battant,
une politique ultra libérale. Justement, nous dira-t-on
! C’est parce que l’homme vient apporter,
par le génie sarkozyste, un plus à cette
politique ultralibérale. C’est parce que
l’homme va quant à lui au bout de la logique
en mettant au-dessus de toute considération, le
marché qui pour lui est la Solution ! Il ne peut
dans ses considérations être sectaire, limité
par des fractures idéologiques et faire la fine
bouche quand des travailleurs comme les barons de la gauche,
se convertissent en exécutants de son programme.
Sarkozy peut être comparé à Reagan
et Thatcher mais plus encore, être considéré
comme un contributeur plus libéré au rayonnement
de l’école ultralibérale. On verra
bien ce que ça va donner face à une mondialisation
ultralibérale qui mobilise de plus en plus contre
elle l’Internationale des peuples, comme l’Internationale
des travailleurs il y a quelques siècles mobilisait
contre le capitalisme !