San
Finna N°430 du
10 au 16 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
ACCORD
DE OUAGADOUGOU
LE COMITE D’EVALUATION ET D’ACCOMPAGNEMENT
A-T-IL REELLEMENT LA MAIN ?
A
force de louanges, de marques d’encouragement sinon
de dévotion vis-à-vis de la médiation
de Blaise Compaoré, certains avaient commencé
à oublier que l’Accord de Ouagadougou était
surtout la conclusion d’un dialogue direct imaginé
et réalisé par le président Laurent
Gbabgo (après persuasion de Guillaume Soro) et
que Ouagadougou n’en a été que la
consécration officielle avec la proposition d’une
simple facilitation à la CEDEAO qu’assurera
le président en exercice du moment, Blaise Compaoré.
Le dopage politique,
diplomatique et médiatique autour de la médiation
aura déséquilibré les perceptions
chez quelques uns pour finir par donner plus de vertu
à cette facilitation qu’elle n’en a.
Imperceptiblement, elle est devenue la génitrice,
la force motrice, l’ultime recours, et ce finalement,
jusqu’à ses propres yeux. Erreur !
La dernière réunion, la deuxième
du genre du Comité d’Evaluation et d’Accompagnement
(CEA) le 4 septembre dernier à Ouagadougou, commence
quelque peu à remettre les pendules à l’heure.
Six mois après la signature de l’accord,
il est incontestable que des progrès ont été
réalisés. En attestent le gommage de la
zone de confiance, le redéploiement administratif,
l’amnistie, la nomination de Guillaume Soro à
la primature, la Flamme de la paix, la célébration
de la fête nationale sur toute l’étendue
du territoire.. , et il faut s’en féliciter.
Mais parmi les dernières mesures qui restent pour
consacrer définitivement la paix et la réconciliation,
il y a la question de l’identification et du désarmement,
ce dernier point comportant le délicat problème
des « grades Soro ». Problème tellement
sensible au regard des remous qu’il a failli et
peut encore provoquer (notamment au sein de l’armée
nationale), que les esprits se sont tournés vers
Ouaga dans l’espoir d’y voir échapper
la petite fumée qui sortirait tout le monde d’embarras.
Les espoirs n’ont pas été comblés
car le CEA a évité d’aborder certaines
préoccupations au nombre desquelles, celle-ci.
Du coup, on commence à relativiser l’autorité
mise dans la facilitation pour parier beaucoup plus sur
les capacités endogènes des partenaires
ivoiriens. En fait, c’est un juste rééquilibrage
qui se fait et qui peut aider à démystifier
les données du processus de pacification pour mieux
en consolider les bases.
Il ne faut pas oublier en effet que l’Accord de
Ouagadougou n’a pas la même résonance
dans le cœur de chacun des protagonistes –directs
ou indirects- de la crise.
On ne peut pas dire que la France ait donné des
gages que c’était sa tasse de thé.
La rupture de ce point de vue, est encore plus en retrait
depuis l’avènement de Nicolas Sarkozy, en
tout cas jusqu’à plus informé.
Pour sa part, le facilitateur n’a que le choix d’assumer
la facilitation. Qu’il veuille s’en proclamer
le maître d’œuvre, c’est une autre
affaire mais personne n’est dupe.
Le président Gbagbo, inventeur du dialogue direct,
et le premier Ministre Soro, son co-contractant, savent
pourquoi, étant les acteurs directs, ils choisissent
de faire jouer le premier rôle à Blaise Compaoré
: parce que ça aide dans la dynamique de sortie
de crise. Mais ça aussi, c’est une autre
affaire qui n’étonne personne
S’agissant du PDCI et du RDR, supplétifs
de l’accord, ils ne peuvent pas dire tout ce qu’ils
en pensent mais on sent qu’ils ne sont pas franchement
emballés par l’Accord de Ouagadougou ni du
reste par la facilitation dont ils estiment qu’elle
a tendance à être plutôt molle par
rapport à certaines décisions ou absentions
du CEA (c’est le cas de la résolution des
Nations Unies supprimant le poste de Haut représentant
aux élections contrairement à une décision
de maintien prise par le CEA à Yamoussoukro, résolution
sur laquelle l’opposition veut qu’on revienne).
Ce n’est pas 24 Heures qui dira le contraire, avec
ce titre explicite dans son édition du 06/09/2007
« Accord de Ouagadougou, six mois après :
les limites du style Compaoré ». Pour le
journal, il est clair qu’il y a une « absence
d’influence extérieure sur la mise en œuvre
du processus ».
Quant à « IB », il a beau commandé
des démentis à intervalles réguliers,
on sait que d’avoir été totalement
exclu du mécanisme de Ouagadougou, il ronge son
frein.
Mais l’accord a ceci de particulier que malgré
ses faiblesses et imperfections, il oblige tout un chacun
dans une sorte de cercle étanche et magique. Le
premier à en sortir ou à l’attaquer
de quelque façon que ce soit, se fragilise et attire
contre lui le maléfice. Alors, il force tout le
monde à une seule logique : celle de la paix. Situation
que le professeur Ouraga Obou résume en ces termes
: «L’essentiel à mon sens, c’est
dire que l’accord qui a été signé
consacre à mon sens une paix blanche, c’est-à-dire
une paix qui va dans le sens de la sincérité
et qu’ il ne s’agit pas de revenir à
une paix fourrée qui consistera à recommencer
la guerre ». (L’Intelligent d’Abidjan
du 7/09/2007).
Mais ce n’est pas autant qu’il n’existe
pas des tentations de jouer la montre pour ou contre l’accord.
Il y en a qui voudraient parier sur la logique de la paix
pour conforter leur avancée pendant que d’autres
escomptent sur le temps pour permettre aux contradictions
de les libérer des contraintes de l’Accord
de Ouagadougou. Le problème reste encore et toujours
que celui qui sera le premier à sortir de ce «
cercle vertueux » sera le premier perdant.
Voilà la véritable force de ce « grigri
» : neutraliser les va-t-en-guerre et autres francs-tireurs
afin de laisser le champ libre aux volontaires de la paix.
On en mesure que mieux la finesse, le génie du
dialogue direct qui évolue sous sa propre intelligence,
vers sa finalité. Pourvu que le bon vent l’accompagne
jusqu’à destination !