Mise à jour le 09/09/2007
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San Finna N°430 du 10 au 16 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

DELINQUANCE INTERNATIONALE
GREENPEACE EPINGLE LA BANQUE MONDIALE

Au moment où, au grand désespoir de beaucoup et notamment d’Eva Joly, Nicolas Sarkozy s’engage dans son action de dépénalisation du droit des affaires pour donner plus d’esprit d’entreprise aux entrepreneurs et autres leaders du monde des finances, des affaires, on peut se demander s’il ne faut pas se mobiliser contre cette croisade et tout au contraire, lui opposer le renforcement de ce genre de législation pénale spéciale jusque même au cœur des institutions internationales. Cela serait non seulement conforme au principe d’égalité qui fonde toute justice digne de ce nom mais correspondrait tout à fait à un besoin puisque la délinquance au niveau des personnes morales (entreprises et Etat) se double de celle grandissante des personnes morales internationales, avec des préjudices souvent plus graves que ceux occasionnés par la délinquance de droit commun.

Ce ne sont pas seulement les Hugo Chavez, les Dos Santos, les déshérités du monde qui le disent et qui en conséquence, prennent leurs distances vis-à-vis de certaines de ces institutions ; c’est aussi des ONG renommées comme Greenpeace qui mène une action de leadership à ce niveau et qui vient justement d’épingler la Banque Mondiale, prise comme en flagrant délit de pillage économique de la RDC.
Mais de quoi s’agit-il ?

Selon Greenpeace, début août 2007, les autorités de la province de Bandudu en RDC auraient saisi des cargaisons illégales de bois abattu par OLAM International, celle-ci étant une entreprise financée par la Société financière internationale (succursale de la Banque Mondiale) dont les activités illégales dans le commerce de bois, sont de notoriété publique.

Dans son rapport d’avril 2007, Greenpeace avait déjà du reste mis en relief les connexions de OLAM avec de tierces compagnies auxquelles il rachète du bois coupé dans l’illégalité la plus totale, pièces à l’appui. Greenpeace a ainsi détaillé tous les préjudices qui en découlaient tant au plan social qu’au niveau des revenus de la province, de l’Etat qu’à celui des dégâts causés à l’environnement.

En dépit de cette dénonciation circonstanciée, la Banque Mondiale continue d’apporter son appui à ce commerce frauduleux et jure même la main sur le cœur qu’elle n’est ni de près ni de loin, impliquée dans un tel commerce frauduleux. L’ONG, qui connaît la musique et qui n’entend pas rester les bras croisés, a saisi la France d’une demande d’intervention auprès de la Banque Mondiale afin « que la SFI fasse preuve de plus de responsabilité ». Elle met à nu la duplicité de la Banque Mondiale en expliquant dans sa requête que « l’affaire remet en cause l’efficacité des standards de performance de la SFI, qui prétend avoir fixé de nouvelles normes internationales pour des opérations bancaires durables, adoptées par un certain nombre de banques privées depuis leur lancement, en 2006 ».

Ce qui est ici mis en exergue, c’est d’abord une forme d’hypocrisie qui se décline au niveau de la gouvernance nationale jusqu’aux institutions internationales et que relève de façon imagée Suzanne Breitkopf, Chargée de campagne forêt de Greenpeace à Washington, en ces termes : « Si la main gauche de la Banque Mondiale se lève pour appeler à sauver les forêts tropicales du Congo, la droite participe à leur destruction ».

Grégoire Lejonc, Chargé de campagne forêt africaine pour Greenpeace France, abonde fort à propos dans le même sens : « Le double standard de la Banque Mondiale, velléité de protection d’un côté, destruction de l’autre, est malheureusement aussi une réalité de la politique française en Afrique », et il se fait plus explicite en s’attaquant aux connexions nationales qui renforcent le pillage organisé : « En ne faisant qu’exprimer sa préoccupation pour l’avenir des forêts du Bassin du Congo, lors de sa visite au Gabon en juillet dernier, le Président de la République ne remet pas en cause l’appui financier aux exploitants forestiers, via l’Agence Française de Développement. En matière de coopération, il est plus que temps de s’engager sur la voie d’une politique de rupture basée sur l’appui à la création d’un réseau d’aires naturelles protégées et l’émergence de sociétés civiles fortes».

Il y a, maintenant que les multinationales, les Etats et les institutions internationales ont été confondus dans leur exploitation des pays pauvres et particulièrement de l’Afrique, des combats à mener pour parvenir à rompre avec ces pratiques, au besoin en judiciarisant ce genre de comportements. On peut en effet prospecter les règles et les mécanismes qui permettront de mettre en cause la responsabilité de ceux qui ont en charge des fonctions au niveau des multinationales, des Etats ou des institutions internationales et qui les mettent à profit pour accomplir des délits et crimes en toute impunité.

Les délinquants sont en général ceux qui définissent les conditions de la lutte et de la répression de la délinquance. Leur responsabilité doit être aggravée. Ils sont en position de commettre des délits d’initiés et de rompre, ce faisant, l’équilibre général des relations garanties par les lois et constitutions entre citoyens dans l’entreprise, le commerce, l’industrie… Ils le feront donc en faussant les règles de la concurrence, étant en situation avantageuse.

Mais les infractions qu’ils commettent sont aussi particulières parce qu’elles tournent autour de fonds considérables et qu’elles peuvent déboucher sur des crimes de compétence universelle lorsqu’elles revêtent les formes de financement de coups d’Etat, de rébellions et autres. On en voit le spectacle dans bien de pays de par le monde.

Au fond, ce que combat Greenpeace, c’est ce que combattent à leur façon les patriotes ivoiriens et nigériens. Les problèmes qu’ils rencontrent n’en illustrent que davantage l’impérieuse nécessité de réprimer ce type de délinquance.

La Rédaction






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