San
Finna N°431 du
17 au 23 Septembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
FRANCE/CENTRAFRIQUE
ATTENTION AU SYNDROME RWANDAIS
La
France ne devrait pas rester inactive devant les crimes
qui se commettent en Centrafrique et cela pour plusieurs
raisons.
Contrairement à
ce qu’on voudrait faire croire, que la situation
est due à l’utilisation du territoire centrafricain
par les rebelles centrafricains soutenus par le Soudan,
la crise a des origines internes. Elle résulte
de l’entrée en rébellion de Centrafricains
contre le gouvernement Bozizé. Mais la crise a
aussi des origines extérieures qui impliquent la
France dans la mesure où c’est grâce
à ses aides multiples que le chef de l’Etat,
François Bozizé, est arrivé au pouvoir
après un putsch contre le président légitime,
Ange Félix Patassé. La France ne peut donc
rester indifférente, silencieuse, par rapport au
drame qui s’y joue.
Elle ne peut pas rester silencieuse et inactive parce
qu’elle y a des troupes et que ces troupes, à
l’occasion, ont porté main forte au régime
en place pour libérer des parties du territoire
conquises par la rébellion.
Elle ne peut pas rester silencieuse parce qu’elle
est le témoin direct des exactions qui s’y
commettent tant de la part des rebelles que des forces
régulières et principalement de la Garde
présidentielle.
Par-dessus tout, en raison du précédent
rwandais, où elle a péché lourdement
pour non assistance à peuple en danger, elle devrait
éviter qu’une telle situation se réédite
en Centrafrique.
Human Rights Watch (HRW), dans un rapport fraîchement
publié, vient de tirer la sonnette d’alarme.
L’organisation y relate d’abord les exactions.
Extraits : «Depuis la mi-2005, des centaines de
civils ont été tués, plus de dix
mille maisons ont été incendiées
et environ 212 000 personnes terrorisées ont fui
de chez elles pour aller vivre dans de terribles conditions
au plus profond de la brousse". Ensuite, HRW dénonce
la passivité des militaires français sur
place et appelle la France à "dénoncer
les abus de l'armée ». Elle exige aussi que
la France « assume ses responsabilités concernant
ces crimes". Peter Takirambudde, directeur Afrique
de HRW, quant à lui plus tranchant, soutient que
« La France, qui est l'un des principaux soutiens
du gouvernement centrafricain et qui dispose de soldats
sur le terrain, aurait pu exercer une pression bien supérieure
sur les autorités de Centrafrique pour qu'elles
mettent fin aux tueries et aux incendies de maisons »
(http://www.afriquecentrale.info/central.php?o=1&s=117&d=3&i=893).
Mais comme il fallait s’y attendre, la réaction
de l’incriminée n’a pas tardé,
et le même site en porte témoignage en ces
termes : « L'armée française a affirmé
vendredi avoir eu connaissance de ‘comportements
anormaux’ de la garde présidentielle centrafricaine
et s'être assurée qu'ils soient sanctionnés.
‘Les militaires français n'ignorent pas qu'il
y a des exactions en République centrafricaine
mais ils ne détournent pas les yeux et agissent
chaque fois que c'est possible’, a assuré
le capitaine de vaisseau Christophe Prazuck, de l'état-major
à Paris ».
On a connu pendant la crise rwandaise, des accusations
et dénégations, des communiqués et
contre communiqués du type, et souvent même
plus catégoriques. On sait où cela a conduit.
Espérons qu’on saura limiter ces tueries
qui ont aussi des relents tribalistes.