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San Finna N°431 du 17 au 23 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

 

DIALOGUE SARKOZY/FORCES VIVES AFRICAINES
VIA LES AMBASSADEURS
L’UNDD REAGIT

Le 27 août 2007, le président de la France, Nicolas Sarkozy, a livré un message à ses ambassadeurs réunis au grand complet, pour parler de l’état du monde et dessiner les contours de la diplomatie qu’il entend impulser à la tête de l’Etat français, pour le quinquennat à venir. Ce qui aura surtout frappé les Africains ,et principalement les contre-pouvoirs tels que les oppositions, la société civile, les intellectuels, la jeunesse, c’est cet appel au dialogue lancé par le numéro un français. Un appel aux forces vives de l’Afrique pour qu’elles répondent en toute amitié et sincérité à ses propos de Dakar, livré dans les mêmes conditions, et qu’elles disent ce qu’elles pensent des contours que devrait prendre la politique africaine de la France.

Première à réagir au Burkina Faso sinon en Afrique : l’Union nationale pour la démocratie et le développement, qui a convoqué le 15 septembre 2007, des rencontres perlées notamment à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou, Banfora, Diébougou, pour des échanges à bâtons rompus. Celle de Ouagadougou a eu lieu à la maison des retraités Antoine Nanga. Elle a connu la présence des membres du BEN représenté par la Vice présidente Madame Marlène Zebango et de bien d’autres participants relevant d’autres structures politiques et sociales. La concertation a connu une intervention de Yacouba Ouédraogo, Directeur de publication du journal « Le Citoyen », invité en qualité d’intellectuel et d’homme de média, et un exposé de Maryam Ouédraogo, Secrétaire générale nationale à la promotion de la femme de l’UNDD et de Léandre Yaméogo, membre du Conseil politique national.

Il s’en est suivi un échange très riche qui témoignait de l’intérêt du sujet. Tour à tour, journalistes, politiques, étudiants, se sont prononcés sur le Discours de Dakar. Le fait dominant, c’est sa condamnation. Le choc en a même amené à préconiser de préconiser la rupture à la France de Sarkozy mais dans l’ensemble, après cette sorte de thérapie sociale, on a abordé le fond : la politique africaine de la France. Jouant le jeu, elle a été disséquée, flétrie dans ses formes perpétuant l’exploitation de l’Afrique, appréciée dans ses aspects positifs mais surtout revisitée dans ses côtés éculés contraires aux intérêts du continent. On ne s’est pas fait beaucoup d’illusion sur la suite qui sera donnée à la volonté de dialogue du président français, encore moins à la concertation du parti de la panthère mais les participants ont considéré que l’initiative du président était novatrice, qu’elle participait même d’une forme de rupture parce qu’elle ambitionne d’établir une passerelle, par-delà les pouvoirs en place, avec les populations africaines dans leur diversité. Ne serait-ce que pour cela, pour les conférenciers, le jeu en valait la chandelle.

Les participants ont souhaité qu’à travers la transmission des conclusions, l’Ambassadeur de France soit informé de l’intérêt qu’il y aurait de la répéter dans un cadre sous régional pour avoir une contribution plus diversifiée.

Voici l’intervention de l’UNDD délivrée ce jour, juste avant les débats.

Reformulation de la politique africaine de la France

La politique africaine de la France est sans pareille en raison de ses spécificités accusées : soutien des dictateurs avec pour conséquence la neutralisation et le dévoiement des processus de démocratisation, le pillage du continent, l’insatisfaction par rapport à la coopération récupérée par les réseaux, l’émergence et le renforcement du sentiment anti-français, l’explosion du phénomène de l’immigration. Le besoin de réécriture de cette politique ne se discute plus et il faut considérer positivement la décision du président Nicolas SARKOZY de s’y atteler à travers notamment cette réaction demandée aux forces vives et à la jeunesse, à ce sujet.

Nous pensons que ce travail doit être entrepris en se fixant deux fondamentaux : l’état des lieux, les mesures à proposer.

I. AUDIT GENERAL

Avant toute chose, il est important d’imaginer et d’activer un mécanisme original pour auditer cette politique africaine de la France. Ce mécanisme doit être ouvert, comprendre les parties officielles française et africaine mais aussi les forces vives notamment les oppositions, la société civile, les mouvements de jeunes. L’audit doit se faire sur pièces mais aussi par transport sur les lieux. Tous les aspects de cette politique doivent être abordés sans discrimination dans l’approche des interviewés ou dans les sujets à aborder. Les résultats de cet audit doivent être communiqués aux parlements et opinions français et africains. C’est un peu les prémisses de cet audit que nous voyons dans l’Adresse faite par le président français à ses ambassadeurs, de lui répercuter les réactions des contre-pouvoirs et de la jeunesse par rapport à la politique africaine de la France.

Nos propositions écrites depuis un certain temps (et réactualisées à l’occasion de cette concertation) sont les suivantes.

II. PROPOSITIONS

Elles s’articulent autour des trois points suivants : institutionnel, politique et comportemental, puis économique et social et enfin diplomatique.

Sur le premier point, il importe de remettre en cause les multiples outils qui ont participé du détournement de la souveraineté des Etats :

- faire respecter les standards internationaux en matière de contrôle électoral de même que les engagements pris à Bamako dans une déclaration historique le 3 novembre 2000 ;

- rompre avec les rapports personnalisés, la politique des réseaux, faire connaître l’Afrique dans sa diversité notamment politique, ce qui doit obliger à revoir les stratégies médiatico-politiques pour combattre les clichés, l’action des lobbyistes en faveur des autocraties ;

- réduire la présence diplomatique de la France et la coopération lorsque les droits de l’homme et la démocratie sont bafoués ;

- appuyer la Cour pénale internationale, voter une loi sur la compétence universelle comme l’ex loi belge ;

- appuyer concrètement la lutte contre l’impunité en exigeant que certains dossiers soient activés ou réactivés ;

- éradiquer le mercenariat d’Etat,

- démanteler les bases militaires françaises, revoir la philosophie et la mise en œuvre des systèmes RECAMP (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) et ANAD (Accord de non-agression et d’assistance en matière de défense) pour éviter leur instrumentalisation ;

- combattre les charcutages directs ou détournés des constitutions, sans validation des situations acquises notamment pour déverrouiller la limitation des mandats ;

- protéger les droits de l’opposition en tant que droit fondamental de la démocratie.

Mais tout aussi important, les Français, exécutants de cette politique africaine de la France, doivent éviter les frustrations que ressentent les partenaires africains du fait de la persistance des relations dominé/dominant, des insultes qui se manifestent à l’occasion des opérations de rapatriement et de la tentation d’emprunter à des critères raciaux dans les relations France/Afrique. Toutes choses que l’on ressent en filigrane dans l’appellation du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement (dont les termes identité nationale ont choqué), dans l’expulsion bien souvent choquante des recalés à l’immigration, dans la fixation de quotas d’expulsion comme faisait Vichy pour plaire aux Allemands, dans ce projet visant à l'instauration de tests ADN pour vérifier l'authenticité des documents d'état-civil présentés lors des demandes de regroupement familial.

Au plan économique, les propositions sont les suivantes :

- démanteler le Pacte néocolonial à travers la relecture des accords de coopération ;

- adopter un Plan Marshall pour l’Afrique ;
- engager une lutte efficace contre les transferts frauduleux des richesses mal acquises des gouvernants, des multinationales, des particuliers, en France par des dispositions législatives spéciales qui ne manqueront pas de réprimer à cet égard, le recel ;

- privilégier dans la coopération le secteur privé (banques, associations), les collectivités territoriales, les communautés de base mais en veillant à ce qu’elles ne soient pas récupérées ;

- revenir sur la décision inique et lourde de sens, de reporter à 2015 au lieu de 2012, la promesse de consacrer 0,7 % du PIB de la France à l’aide au développement ;

- revoir la politique d’aide à la décentralisation pour qu’elle respecte scrupuleusement le triptyque : organes élus au suffrage universel, transfert de compétences, transfert de ressources ;

- soutenir l’agriculture africaine en éliminant les subventions et d’une manière générale, revoir de fond en comble les Accords de partenariat économique afin de les expurger de tous les éléments qui peuvent fragiliser et voire même désarticuler les économies africaines naissantes au profit des économies des pays développés : il s’agira ici de soutenir, par des actions concrètes, la revalorisation du prix des matières premières.

- arrêter d’appeler du pied nos intellectuels à s’expatrier car nous en avons besoin. La France l’a fait récemment et cela a provoqué un tollé ; on apprend aujourd’hui que ça continue puisque le commissaire européen pour la justice affirme que l’Europe a besoin de 20 millions de travailleurs immigrés et qu’elle entend appeler les travailleurs qualifiés d’Afrique et d’Asie en particulier, lesquels auront des avantages s’ils viennent s’y installer, avec des cartes genre carte verte ;

- donner de la consistance au concept de partenariat en pourvoyant le co-développement d’un contenu et en le mettant en œuvre dans sa dimension politique et économique : en effet, il ne faudra pas seulement de s’attacher à l’action au plan économique en continuant d’occulter les droits de l’homme, le politique, la démocratie. Le co-développement doit être un tout pour ne plus apparaître comme un gadget. Nous partageons totalement ces propos de l’intellectuel M. Kovalin Tchibinda : «En continuant à soutenir des dictateurs, il n’y aura pas de co-développement possible mais un accroissement de l’immigration dont les conséquences pour la France et l’Afrique seront désastreuses ».

Concernant la diplomatie, il est impérieux :

- d’appuyer à l’intégration régionale vraie grâce à la mise en place d’un fonds d’intégration, pendant des fonds structurels européens ;

- de combattre les ingérences ;

- de multilatéraliser l’aide, les missions de médiation, d’interposition, de supervision des élections, de la politique d’immigration ;

- de mettre en place un Haut Conseil de l’Aide pour mieux gérer cette aide qui, de notoriété publique, se perd grandement dans des circuits occultes et dans les poches des gouvernants par le biais de rétro commissions, d’expatriations frauduleuses et autres prévarications.

CY





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