San
Finna N°431 du
17 au 23 Septembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
REMI
DANDJINOU « AUX JAMBES CROISEES »
DEVANT BLAISE COMPAORE :
Y A PAS DE QUOI LE JETER AUX CHIENS !
Au
lieu de se pencher sur le fond de l’entretien que
le chef de l’Etat a accordé à la presse
le 6 septembre dernier, qui n’en finit pas d’énerver,
il y en a (loin d’être parmi la majorité)
qui ont choisi de mener une sorte de combat d’arrière-garde
au sujet de la posture du journaliste de Canal 3. Le grand
crime, qui fait couler de la salive et de l’encre
de la part de ces derniers, c’est que Rémi
Dandjinou ait tenu les jambes croisées devant Blaise
Compaoré !
Grand Dieu : le
protocole au Faso serait-il de type monarchique, ressemblant
à celui naguère usité devant Louis
XIV ou le Négus -le Roi des Rois d’Ethiopie-,
ou bien la gouvernance a-t-elle tellement emprunté
à la tradition mossi qu’elle en oblige de
fait les citoyens, comme devant le Mogho Naaba, à
se jeter à terre, coudes sur le sol et claquant
des doigts pour s’adresser au chef de l’Etat
? Non mais on croit rêver.
C’est
vrai que Blaise Compaoré, tel qu’entouré
de ses panthères, calé sur un trône,
le port impérial, aurait pu suggérer
ce protocole non écrit et braquer contre
lui, un homme comme Rémi Dandjinou. Mais
le journaliste n’est pas connu pour être
infatué de sa personne au point de préméditer
un tel geste pour défier Blaise Compaoré
ou affirmer son indépendance en marquant
son territoire de citoyen. Ceux qui l’ont
fréquenté savent en effet que cette
posture, il l’a toujours eue, notamment au
cours des émissions qu’il
anime à Canal 3. Mais à supposer même
qu’il ait délibérément choisi
de se comporter ainsi, quel mal y aurait-il ? Nous sommes
encore en République, pardi, et il serait heureux
en ces temps de couardise généralisée,
que des Burkinabé comme Rémi Dandjinou,
puissent le faire savoir, si telle était son intention.
Au demeurant, il aurait contribué à rétablir
quelque peu un équilibre dans cet échange
qui d’entrée de jeu, semblait mettre face
à face, par le décor et la prestation, un
seigneur et ses moujiks.
On a même envie de dire : pourquoi faudrait-il le
jeter aux chiens pour des jambes croisées s’il
a le sentiment que, par cette posture, il se sent dans
le mouvement, disons moderne mais surtout s’il y
trouve l’aisance pour faire face à un challenge
comme c’est de plus en plus le cas des entretiens
entre journalistes et personnalités politiques
? En effet, qu’un journaliste aujourd’hui
cherche à travers une interview à prendre
avantage sur un chef d’Etat, à le déstabiliser,
qui y verrait un manquement à la déontologie
ou une injure à chef d’Etat ? N’est-ce
pas le jeu auxquels s’illustrent maintenant les
journalistes « tendance » qui n’hésitent
pas à se montrer toniques, piquants, à la
limite de l’outrecuidance avec les plus hautes personnalités
qu’ils interviewent ?
Par ailleurs, si l’on devait passer en revue les
entretiens ou conférences de presse accordés
par les plus grands chefs d’Etat de ce monde, on
en verrait bien qui n’ont pas eu de l’urticaire
parce que des journalistes auraient croisé les
jambes devant eux. Jacques Chirac a eu bien des fois à
rencontrer à l’Elysée, des journalistes.
Eh bien, malgré la charge historique des lieux,
la personnalité de l’homme, on a souvent
vu des journalistes qui croisaient les jambes en se livrant
avec lui, au jeu des questions et réponses. Il
n’a jamais succombé à la tentation
de les traiter de haut et il n’a surtout pas pété
les plombs parce qu’on lui aurait manqué
de respect. La chose non plus, n’est jamais apparue
irrévérencieuse au point qu’il s’ensuive
des procès en sorcellerie.
Alors, il ne faudrait pas que le trait marquant de cette
conférence de presse en vienne sournoisement à
se résumer à cette histoire de jambes croisées,
contribuant finalement à faire de Blaise Compaoré
l’offensé : ce serait un renversement pernicieux
des charges car par sa forme comme par son contenu, cet
entretien reste avant tout une offense au peuple.