Mise à jour le 16/09/2007
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San Finna N°431 du 17 au 23 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

REMI DANDJINOU « AUX JAMBES CROISEES »
DEVANT BLAISE COMPAORE :
Y A PAS DE QUOI LE JETER AUX CHIENS !

Au lieu de se pencher sur le fond de l’entretien que le chef de l’Etat a accordé à la presse le 6 septembre dernier, qui n’en finit pas d’énerver, il y en a (loin d’être parmi la majorité) qui ont choisi de mener une sorte de combat d’arrière-garde au sujet de la posture du journaliste de Canal 3. Le grand crime, qui fait couler de la salive et de l’encre de la part de ces derniers, c’est que Rémi Dandjinou ait tenu les jambes croisées devant Blaise Compaoré !

Grand Dieu : le protocole au Faso serait-il de type monarchique, ressemblant à celui naguère usité devant Louis XIV ou le Négus -le Roi des Rois d’Ethiopie-, ou bien la gouvernance a-t-elle tellement emprunté à la tradition mossi qu’elle en oblige de fait les citoyens, comme devant le Mogho Naaba, à se jeter à terre, coudes sur le sol et claquant des doigts pour s’adresser au chef de l’Etat ? Non mais on croit rêver.

C’est vrai que Blaise Compaoré, tel qu’entouré de ses panthères, calé sur un trône, le port impérial, aurait pu suggérer ce protocole non écrit et braquer contre lui, un homme comme Rémi Dandjinou. Mais le journaliste n’est pas connu pour être infatué de sa personne au point de préméditer un tel geste pour défier Blaise Compaoré ou affirmer son indépendance en marquant son territoire de citoyen. Ceux qui l’ont fréquenté savent en effet que cette posture, il l’a toujours eue, notamment au cours des émissions qu’il

anime à Canal 3. Mais à supposer même qu’il ait délibérément choisi de se comporter ainsi, quel mal y aurait-il ? Nous sommes encore en République, pardi, et il serait heureux en ces temps de couardise généralisée, que des Burkinabé comme Rémi Dandjinou, puissent le faire savoir, si telle était son intention. Au demeurant, il aurait contribué à rétablir quelque peu un équilibre dans cet échange qui d’entrée de jeu, semblait mettre face à face, par le décor et la prestation, un seigneur et ses moujiks.

On a même envie de dire : pourquoi faudrait-il le jeter aux chiens pour des jambes croisées s’il a le sentiment que, par cette posture, il se sent dans le mouvement, disons moderne mais surtout s’il y trouve l’aisance pour faire face à un challenge comme c’est de plus en plus le cas des entretiens entre journalistes et personnalités politiques ? En effet, qu’un journaliste aujourd’hui cherche à travers une interview à prendre avantage sur un chef d’Etat, à le déstabiliser, qui y verrait un manquement à la déontologie ou une injure à chef d’Etat ? N’est-ce pas le jeu auxquels s’illustrent maintenant les journalistes « tendance » qui n’hésitent pas à se montrer toniques, piquants, à la limite de l’outrecuidance avec les plus hautes personnalités qu’ils interviewent ?

Par ailleurs, si l’on devait passer en revue les entretiens ou conférences de presse accordés par les plus grands chefs d’Etat de ce monde, on en verrait bien qui n’ont pas eu de l’urticaire parce que des journalistes auraient croisé les jambes devant eux. Jacques Chirac a eu bien des fois à rencontrer à l’Elysée, des journalistes. Eh bien, malgré la charge historique des lieux, la personnalité de l’homme, on a souvent vu des journalistes qui croisaient les jambes en se livrant avec lui, au jeu des questions et réponses. Il n’a jamais succombé à la tentation de les traiter de haut et il n’a surtout pas pété les plombs parce qu’on lui aurait manqué de respect. La chose non plus, n’est jamais apparue irrévérencieuse au point qu’il s’ensuive des procès en sorcellerie.

Alors, il ne faudrait pas que le trait marquant de cette conférence de presse en vienne sournoisement à se résumer à cette histoire de jambes croisées, contribuant finalement à faire de Blaise Compaoré l’offensé : ce serait un renversement pernicieux des charges car par sa forme comme par son contenu, cet entretien reste avant tout une offense au peuple.

V. Toussaint





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