DOUBLE
CELEBRATION DU 15 OCTOBRE 2007
INSIDIEUSE BIPOLARISATION
QUI POURRAIT NE PAS PROFITER AU POUVOIR
La
galaxie Compaoré a décidé, pour
les 20 ans de l’avènement au pouvoir
du locataire de Kosyam, de rappeler avec faste ce
15 Octobre. Mais il se trouve que cette date, célébrée
chaque année par les seuls Sankaristes, s’entoure
aussi en ce 20 ème anniversaire de la liquidation
de leur héros, d’un symbolisme très
fort. Voilà une situation de confrontation
qui porte en germe, une bipolarisation entre Sankaristes
et partisans de Blaise Compaoré quand dans
l’opinion, il existe une tierce opinion bien
réelle et non négligeable.
Toutefois,
en s’invitant dans ce souvenir pour lequel il
avait jusqu’à présent gardé
un profil bas, le pouvoir qui recherche cette réduction
bipolaire de la vie politique entre anciens camarades
du CNR, n’a peut-être pas, comme il pourrait
le penser, joué la carte gagnante. Il pourrait
avoir fait un mauvais calcul en pensant qu’il
n’a que des avantages à forcer la comparaison
entre le régime de Thomas Sankara et celui
de Blaise Compaoré, pariant qu’en matière
de passif sur les droits de l’homme entre les
deux régimes, il n’y a pas « match
» car celui du premier reste plus lourd que
le second. Cependant, une analyse objective du contexte
national et international pourrait montrer que le
jeu n’est peut-être pas si près
d’en valoir la chandelle.
En externe, l’étoile du pouvoir est déclinante.
Même si les médias continuent à
en faire leurs choux gras, il faut reconnaître
que les beaux jours des proConsuls et autres autocrates
sont menacés par bien de signes : départ
de Kofi Annan, de Jacques Chirac, avènement
de Gordon Brown, éveil des opinions occidentales
aux réalités de la Françafrique,
volonté des institutions internationales de
traquer les dirigeants qui spolient leurs peuples
et en expatrient les richesses à l’étranger
(1). Le régime ne pourra donc plus avancer
ses billes dans la sous région en maître
et seigneur, comme par le passé. Ce n’est
pas pour rien qu’il démarche à
tout casser pour des médiations, histoire de
ravaler son image et de faire oublier son passé
sanglant. Bref, les choses ne sont plus aussi glorieuses
en externe !
En interne, ce n’est guère mieux. La
dernière conférence de presse à
Kosyam vient, après tant d’autres clignotants
(colère des commerçants, émeutes
des Kunde, grande gueulante des militaires) de le
démontrer. Le malaise est perceptible. Il se
nourrit d’une gouvernance qui n’a pas,
malgré des indicateurs donnés pour extrêmement
favorables, consacré de cette fameuse croissance
positive régulièrement vantée,
à la lutte contre la pauvreté. Mais
il se nourrit aussi de l’illusion que le pouvoir
a d’ avoir pour toujours dompté le jeu
politique et ses acteurs, et qui le pousse à
mépriser la diversité des opinions,
à fermer la porte à la sève nourricière
de la contradiction démocratique. Non content
de creuser les frustrations, le régime s’est
enfermé sur lui-même, réduit (on
le constate) à vivre les affres de la division,
de l’usure du pouvoir et de la sclérose.
A l’occasion des 20 ans de la disparition du
président du CNR, les Sankaristes ne seront
donc pas les seuls à la commémoration.
Il y aura avec eux bien de damnés du Faso,
d’oubliés sur les bas côtés
de la croissance. Beaucoup, qui n’ont pas été
de la grande aventure, qui ne l’ont pas appréciée
et qui n’escomptent pas pour le pays le retour
au sankarisme, seront à leurs côtés.
Ils seront là parce qu’ils réprouvent
les conditions de la disparition de Thomas Sankara,
l’absence de vérité et de justice
sur son assassinat, parce qu’ils estiment que
le Burkina Faso reste en attente d’une révolution
démocratique authentique ; ils seront là,
porteurs des demandes de vérité et de
justice pour Norbert Zongo et bien d’autres
victimes ; mais ils seront là aussi, représentatifs
de la tierce opinion, déçue de la 4ème
République et qui ne trouve pas d’espace
d’expression face au verrouillage de la vie
politique. Le 15 Octobre à venir peut être
donc, pour eux tous, une occasion de dénoncer
au monde entier, l’impunité d’Etat,
la mal gouvernance qui sévit au Burkina Faso
et que l’on cache derrière un écran
de fumée.
A l’occasion de ces 20 ans, les Sankaristes
seront également épaulés, au-delà
de cette tierce opinion nationale, par le mouvement
altermondialiste. Ce n’est pas rien ! Ces combattants
de la mondialisation ultralibérale viendront
pour participer à des conférences, accorder
des interviews, se rendre sur la tombe de Thomas Sankara
à Dagnoen. Ces femmes et ces hommes ne risquent
pas de faire ce voyage pour raser les murs ni seulement
pour aller en pèlerinage mais pour protester,
à leur façon décomplexée
contre la mondialisation à visage inhumain
caractérisée par le pillage des richesses
non renouvelables de l’humanité, contre
l’exploitation des pays pauvres par les pays
riches, contre l’impunité, la mal gouvernance..
C’est ce qui fait dire que ce 15 Octobre, contrairement
à l’attente du pouvoir, peut tourner
en sa défaveur et même relancer une contestation
en interne contre les crimes économiques et
de sang, les violations de la Constitution, les fraudes
électorales d’Etat.. Le pouvoir en définitive
a croisé le fer avec une opinion plus large
qu’il ne le croit. A un moment où en
face on ne semble pas rouler sur l’or, il mettra
certainement le paquet, comme dans un combat de survie,
conscient que s’il rate son coup, c’est
lui qui sera mis au tapis pour le compte. Mais l’évènement,
qui a des chances d’être vécu dans
un consensus des contre-pouvoirs en mondovision, pourrait
empêcher toute tentative d’étouffer
la clameur qui partira de Ouagadougou.
(1) NDLR : voir plus haut notre Editorial
TN
TOURNEE
NATIONALE DU PREMIER MINISTRE
UNE FAÇON DE RATTRAPER LA « BOULETTE
» DU CENTRE OUEST ?
Même
si la sortie du premier Ministre dans son Centre Ouest
natal n’a pas eu pour intention de montrer des
préférences et une volonté de
faire beaucoup plus pour cette région que pour
les autres, il faut observer que l’initiative
n’a pas été célébrée
comme lui-même l’aurait souhaité.
Premièrement, elle a péché par
son côté partisan un peu trop marqué,
donnant l’impression qu’il était
plus le premier Ministre du CDP que celui du Burkina
Faso dans toute sa diversité.
Deuxièmement, de se rendre prioritairement
au Centre Ouest, à un moment où on dénonce
des velléités régionalistes,
ethnicistes au Faso, n’était pas un choix
des plus appropriés. Et c’est ce qui
a été majoritairement ressenti au niveau
de l’opinion au point qu’à la désormais
historique conférence de presse de Kosyam le
6 septembre dernier, la question est naturellement
revenue dans les échanges.
Est-ce pour ne pas se contenter de répondre
comme Blaise Compaoré « Chacun est de
quelque part » qu’il a décidé
de « démocratiser » ses visites,
de montrer qu’il est pour tout le Burkina Faso
? On pourrait bien le penser.
En tout cas, cette boulimie de sorties sur le terrain
peut avoir cet avantage de prouver qu’il n’a
pas de préférence et de faire oublier
les premières impressions.
On pourra dire que c’est par là qu’il
aurait dû commencer, servir les autres régions
avant de venir dans la sienne propre.
Il lui reste maintenant à ne pas faire de discrimination
entre les régions et aux autres Ministres qui
ont fait les mêmes « boulettes »,
à se bouger pour couvrir le territoire national.
Ca ne fera pas de mal aux populations qui n’aiment
rien tant que les visites des officiels. Comme quoi,
à quelque chose, malheur peut être bon
!
CY