Mise à jour le 23/09/2007
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San Finna N°432 du 24 au 30 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

A vue de monde

 

Kadhafi et Tandja nous joueraient-ils
Un de ces « Je t’aime moi non plus », mine de rien ?


Ces deux chefs d’Etat, Kadhafi et Tandja, sont connus pour avoir des personnalités trempées. Et le fait que le premier soit infiniment plus riche et vissé au pouvoir ad vitam aeternam ne semble pas en imposer outre mesure au second qui, après son deuxième mandat, est appelé à abandonner le pouvoir. On le voit bien à travers ces attaques à fleurets mouchetés que les deux chefs d’Etat se livrent depuis le dernier accès de contestation touarègue, avec subtilité certes mais non sans vigueur à l’occasion.

Tandja n’a jamais ouvertement accusé la France et la Libye d’être dans la seconde révolte des Touarègues mais on sait bien qu’il n’en pense pas moins. En tout cas, les siens ne se gênent pas pour le faire savoir, et les mesures qui sont prises officiellement contre des Libyens, des Touarègues, AREVA et tous ceux qui fricotent avec la rébellion, sont là pour montrer quelles son les mains étrangères que l’officialité accuse.

Tandja, pour ne pas citer de nom, ne s’en est du reste jamais caché et c’est pour cela, jusqu’à preuve du contraire, qu’il ne veut pas reconnaître la rébellion et moins encore engager un quelconque processus de médiation officielle. Les Burkinabé sont bien placés pour le savoir.

Pour le président nigérien, une seule personne peut régler cette affaire : c’est le « Guide ». Alors, il lui enverra des émissaires, officiels ou officieux, pour lui dire de tout faire pour mettre fin au trouble.

Le message décrypté, c’est que, ayant allumé le feu, étant le bras armé, la base arrière, le Tout des Touarègues, la Libye doit arrêter les frais. Et c’est pour cela que le fier Tandja, sans en avoir l’air, met Kadhafi devant ses responsabilités, le bouscule pour qu’il préserve la paix dans la CENSAD en général et au Niger en particulier.

Muammar Kadhafi sait bien où veut en venir son collège nigérien. Il ne sustente pas pour rien bien de pays africains ; il a sa fierté et n’est pas un poussin d’hivernage, loin de là. S’il acceptait cette médiation en catimini, c’est un peu comme s’il reconnaissait qu’il était l’auteur de ces troubles et Tandja aurait raison de lui. Impensable ! C’est pourquoi, il se démène comme un beau diable pour que Tandja reconnaisse la rébellion et fasse officiellement appel à lui pour la médiation. Là, il pourrait non seulement jouer pour imposer son diktat mais apparaître au plan international, comme un grand faiseur de paix. Voilà comment les choses ont été prévues, pardi !

Et c’est certainement parce qu’il ne voit rien venir en ce sens de la part de Tandja qu’il vient de pousser une gueulante à l’endroit de ce dernier : «Dites la vérité à votre peuple », lui a-t-il lancé d’un ton comminatoire, exigeant si l’on veut que lui Kadhafi joue le médiateur, que le fait rebelle soit reconnu en tant que tel et que le président nigérien donne instruction à ses hommes de cesser de le vilipender.

Voilà qui ferait perdre son latin au profane. Mais c’est qu’ils nous jouent là un «Je t’aime moi non plus ».

Comment cela va-t-il alors se terminer ? Les paris sont ouverts. On pourrait de prime abord dire que la partie est inégale. Economiquement, militairement, diplomatiquement.. , le Niger ne peut pas croiser le fer avec la Libye. Les conditions internes ne sont pas par ailleurs significatives d’une mobilisation de combattants aguerris et de patriotes déterminés comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire. Tout ceci sans compter avec la guerre médiatique déjà déclarée et le lâchage diplomatique dont Tandja risque d’être l’objet au plan africain et international. Ce que Laurent Gbagbo a connu, quand il avait la meute internationale à ses basques, il risque aussi de le connaître. C’est vrai qu’il y a eu le précédent tchadien. Comme les Libyens lorgnent actuellement sur le nord Niger, soupçonné de recéler des richesses, ils on fait des rêves d’annexion sur la bande d’Aozou, qu’on dit riche en pétrole. Au Tchad, les Libyens ont été obligés d’oublier leurs rêves car leurs colonnes, qui ont franchi le pas, ont été taillées en pièces par les Tchadiens. Le « Guide » n’oubliera pas de sitôt la dérouillée qu’on a donné à ses hommes, là-bas.

Mais comparaison n’est pas raison. Les toubou et autres ethnies tchadiennes ont une réputation de guerriers depuis des lustres, et contrairement à la France, qui n’est pas partie prenante au Niger contre la Libye, au Tchad, son armée avait volé au secours des Tchadiens. Mais sait-on jamais : Tandja peut rééditer la victoire de David sur Goliath.

En tout état de cause, il ne semble pas prêt de jeter l’éponge face à l’admonestation libyenne. C’est le signe qu’on pourrait y voir dans les arrestations opérées ces derniers jours et ayant frappé, au-delà du célèbre Moussa Kaka (collaborateur de RFI au Niger), le plus riche homme d’affaires touarègue du Niger, tous accusés d’atteinte à la sûreté de l’Etat ! Pour peu, on y verrait la réponse du berger à la bergère !

VT






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