San
Finna N°432 du
24 au 30 Septembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
Kadhafi
et Tandja nous joueraient-ils
Un de ces « Je t’aime moi non plus »,
mine de rien ?
Ces deux chefs d’Etat, Kadhafi et Tandja, sont connus
pour avoir des personnalités trempées. Et
le fait que le premier soit infiniment plus riche et vissé
au pouvoir ad vitam aeternam ne semble pas en imposer
outre mesure au second qui, après son deuxième
mandat, est appelé à abandonner le pouvoir.
On le voit bien à travers ces attaques à
fleurets mouchetés que les deux chefs d’Etat
se livrent depuis le dernier accès de contestation
touarègue, avec subtilité certes mais non
sans vigueur à l’occasion.
Tandja n’a jamais
ouvertement accusé la France et la Libye d’être
dans la seconde révolte des Touarègues mais
on sait bien qu’il n’en pense pas moins. En
tout cas, les siens ne se gênent pas pour le faire
savoir, et les mesures qui sont prises officiellement
contre des Libyens, des Touarègues, AREVA et tous
ceux qui fricotent avec la rébellion, sont là
pour montrer quelles son les mains étrangères
que l’officialité accuse.
Tandja, pour ne pas citer
de nom, ne s’en est du reste jamais caché
et c’est pour cela, jusqu’à preuve
du contraire, qu’il ne veut pas reconnaître
la rébellion et moins encore engager un quelconque
processus de médiation officielle. Les Burkinabé
sont bien placés pour le savoir.
Pour le président
nigérien, une seule personne peut régler
cette affaire : c’est le « Guide ».
Alors, il lui enverra des émissaires, officiels
ou officieux, pour lui dire de tout faire pour mettre
fin au trouble.
Le message décrypté,
c’est que, ayant allumé le feu, étant
le bras armé, la base arrière, le Tout des
Touarègues, la Libye doit arrêter les frais.
Et c’est pour cela que le fier Tandja, sans en avoir
l’air, met Kadhafi devant ses responsabilités,
le bouscule pour qu’il préserve la paix dans
la CENSAD en général et au Niger en particulier.
Muammar Kadhafi sait
bien où veut en venir son collège nigérien.
Il ne sustente pas pour rien bien de pays africains ;
il a sa fierté et n’est pas un poussin d’hivernage,
loin de là. S’il acceptait cette médiation
en catimini, c’est un peu comme s’il reconnaissait
qu’il était l’auteur de ces troubles
et Tandja aurait raison de lui. Impensable ! C’est
pourquoi, il se démène comme un beau diable
pour que Tandja reconnaisse la rébellion et fasse
officiellement appel à lui pour la médiation.
Là, il pourrait non seulement jouer pour imposer
son diktat mais apparaître au plan international,
comme un grand faiseur de paix. Voilà comment les
choses ont été prévues, pardi !
Et c’est certainement
parce qu’il ne voit rien venir en ce sens de la
part de Tandja qu’il vient de pousser une gueulante
à l’endroit de ce dernier : «Dites
la vérité à votre peuple »,
lui a-t-il lancé d’un ton comminatoire, exigeant
si l’on veut que lui Kadhafi joue le médiateur,
que le fait rebelle soit reconnu en tant que tel et que
le président nigérien donne instruction
à ses hommes de cesser de le vilipender.
Voilà qui ferait
perdre son latin au profane. Mais c’est qu’ils
nous jouent là un «Je t’aime moi non
plus ».
Comment cela va-t-il
alors se terminer ? Les paris sont ouverts. On pourrait
de prime abord dire que la partie est inégale.
Economiquement, militairement, diplomatiquement.. , le
Niger ne peut pas croiser le fer avec la Libye. Les conditions
internes ne sont pas par ailleurs significatives d’une
mobilisation de combattants aguerris et de patriotes déterminés
comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire. Tout
ceci sans compter avec la guerre médiatique déjà
déclarée et le lâchage diplomatique
dont Tandja risque d’être l’objet au
plan africain et international. Ce que Laurent Gbagbo
a connu, quand il avait la meute internationale à
ses basques, il risque aussi de le connaître. C’est
vrai qu’il y a eu le précédent tchadien.
Comme les Libyens lorgnent actuellement sur le nord Niger,
soupçonné de recéler des richesses,
ils on fait des rêves d’annexion sur la bande
d’Aozou, qu’on dit riche en pétrole.
Au Tchad, les Libyens ont été obligés
d’oublier leurs rêves car leurs colonnes,
qui ont franchi le pas, ont été taillées
en pièces par les Tchadiens. Le « Guide »
n’oubliera pas de sitôt la dérouillée
qu’on a donné à ses hommes, là-bas.
Mais comparaison n’est
pas raison. Les toubou et autres ethnies tchadiennes ont
une réputation de guerriers depuis des lustres,
et contrairement à la France, qui n’est pas
partie prenante au Niger contre la Libye, au Tchad, son
armée avait volé au secours des Tchadiens.
Mais sait-on jamais : Tandja peut rééditer
la victoire de David sur Goliath.
En tout état de cause, il ne semble pas prêt
de jeter l’éponge face à l’admonestation
libyenne. C’est le signe qu’on pourrait y
voir dans les arrestations opérées ces derniers
jours et ayant frappé, au-delà du célèbre
Moussa Kaka (collaborateur de RFI au Niger), le plus riche
homme d’affaires touarègue du Niger, tous
accusés d’atteinte à la sûreté
de l’Etat ! Pour peu, on y verrait la réponse
du berger à la bergère !