Mise à jour le 30/09/2007
ACTUALITES

Fleche Accueil
Fleche Sommaire du N°433
Fleche Au courant de la plume
Fleche A vue de pays
Fleche Deux sons de cloche
Fleche Tribune de la femme
Fleche D'une semaine à l'autre
Fleche A vue de monde
Fleche Cocktail flash
Fleche Sites à visiter
Fleche Nos archives

DIALOGUE

 Fleche Ajouter à vos favoris
 Fleche Nous contacter

SERVICES
Fleche E-mail gratuit
Fleche Infos mondiales (AFP)
Fleche Horoscope

PUBLICITES

Galerie de photos

 
 

LIENS UTILES

Fleche cenatrin
Fleche site officiel du Burkina
Fleche fespaco
Fleche siao
Fleche uemoa
Fleche ceni


RECHERCHE SUR INTERNET
 

PARTENAIRES

 


 
Hebdomadaire burkinabè paraissant le Lundi
Bienvenue sur le site de San Finna, votre hebdomadaire burkinabè en ligne!
          
San Finna N°433 du 01 au 07 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

RAPPORT 2008 « DOING BUSINESS » DE LA BANQUE MONDIALE
UN SOUPÇON DE PISTON ?
LA QUESTION VAUT LA PEINE D’ETRE POSEE

Il y a l’hyménoplastie qui permet la reconstruction et la réfection de l’hymen sans traces visibles. Y aurait-il une volonté de parvenir aux mêmes fins avec les Etats en insuffisance de crédibilité grâce à des rapports comme celui de « Doing Business » ? Il en est qui ne répondraient pas non.

Justement, le rapport « Doing Business » de la Banque Mondiale vient d’apporter un léger crédit à notre pays. Il le fait passer de la 163 ème place sur 175 à la 161 ème place sur 178 en 2007/2008, et le reconnaît également, nous dit le Conseil des ministres, parmi les cinq pays ayant fait le plus de réformes au cours de l’année écoulée. Pour le Conseil des ministres, il y a là plus qu’un satisfecit. Et il n’a pas manqué de le relever officiellement en précisant que « pour encourager le Burkina à poursuivre l'effort d'assainissement de son climat des affaires, le groupe de la Banque propose de lancer le rapport 2007-2008 de la région Afrique à Ouagadougou le 08 novembre 2007 à 14 heures GMT ».

Voilà donc des progrès, s’ils étaient objectivés et si surtout ils tiraient effectivement pour l’essentiel leurs justifications de notre labeur et de nos richesses nationales (et non de circuits occultes et d’aides retour), qui devraient être célébrés par tous les patriotes. Et pourtant, que de questions, que de réserves !

QUESTIONS PREJUDICIELLES

Pourquoi c’est au Burkina Faso qu’on fait le plus de ramdam par rapport à un classement qui en fait, ne fait que donner deux places au pays ?

Ensuite, pourquoi avoir choisi le Burkina Faso plutôt que le Ghana, le Kenya et l’Ile Maurice qui devancent notre pays, pour le lancement du rapport ?

Enfin, si l’on considère les critiques sur le fonctionnement de la justice chez nous qui vont crescendo, on peut se demander ce que valent réellement ces points positifs que sont la mise en place au palais de justice de tribunaux de commerce spécialisés, la diminution des coûts d'exécution du jugement en réduisant les droits d'enregistrement de 4% à 2% du montant du jugement et enfin la réduction du nombre de procédures pour créer une entreprise de 12 à 8 et la réduction de la durée de ces procédures, de 45 à 34 jours.

Mais plus que toutes ces questions préjudicielles, il y a des hics, et des hics de taille.

Ils tiennent d’abord à la réputation déclinante de la banque et partant de bien de ses structures et interventions, ensuite aux contre rapports peu flatteurs venant de structures spécialisées et enfin et surtout, au constat de contre-performance dressé par le peuple burkinabé lui-même !

PREMIER HIC

La Banque Mondiale est de plus en plus critiquée, discréditée dans ses rapports avec les pays en développement ou émergents. Parmi ces derniers, beaucoup comme la Malaisie, l’Indonésie, le Brésil, l’Argentine, le Venezuela, l’Angola…., ont même payé leurs dettes à la Banque Mondiale, cherchant à s’en éloigner comme de la peste. Ils en sont à demander, à l’exemple du Venezuela et de l’Angola, la création d’une Banque du Sud en lieu et place de la Banque Mondiale.

Des personnalités représentant des partis, des organisations les plus diverses, y vont aussi de leurs critiques. Ainsi l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD) réagissant à un panégyrique tout à fait décalé de la Banque Mondiale qui donnait la démocratie burkinabé pour achevée, avait réagi en ces termes : «La sortie de la Banque est d’autant plus incompréhensible que précisément, l’un des maux chroniques de la démocratie, dénoncé au Burkina Faso de façon récurrente par l’opposition, est le caractère factice du multipartisme et la négation des droits de l’opposition, dont découle l’absence de communication démocratique » (Annouchka Yaméogo, Secrétaire nationale chargée des affaires économiques dans le parti suscité).

C’est le cas aussi d’Eric Toussaint, Président du Comité pour l’annulation de la Dette du Tiers-monde (CADTM), auteur de l’ouvrage « Banque Mondiale, le coup d’Etat permanent : l’agenda caché du Consensus de Washington ». Pour lui, le soutien de la Banque Mondiale aux dictateurs et l’exploitation qu’elle permet des pays en développement, remonteraient même à la décolonisation. Et il cite entre autres le fait d’avoir reporté à la décolonisation, les dettes contractées du temps de la colonisation par les anciennes puissances colonisatrices, sur leurs anciennes colonies.

Greenpeace n’est pas non plus tendre, qui vient de mettre en relief les connexions de la Banque Mondiale avec la société OLAM qui négocie avec de tierces compagnies auxquelles elle rachète du bois coupé dans l’illégalité la plus totale en RDC (voir notre éditorial n° 430 du 10 au 16 septembre 2007).

Quant à l’Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA), elle concentre en particulier ses critiques justement sur la pratique « Doing Business ». Ce qu’en dit l’OHAD, c’est qu’elle «ne semble pas reposer sur des fondements théoriques incontestables et que les recommandations de ce rapport, largement perçues comme idéologiques par un nombre croissant de professionnels du droit, de l'économie et de l'entreprise, sont à prendre avec la plus grande circonspection » (site de l’OHADA, www.ohada.com du 15 février 2007). L’organisation, qui ne conteste pas que ce travail soit exécuté « par de hauts fonctionnaires internationaux, économistes publics très méritants et éminemment respectables », estime cependant qu’ils ont « relativement peu d'expérience et de connaissances pratiques et concrètes du monde de l'entreprise et de ses vraies difficultés ».

La Banque Mondiale a beau argumenter sur le sérieux de son travail et suggérer de prendre contact avec elle pour être mieux informée, l’OHADA persiste et signe : « …nous continuons de penser, forts des réserves persistantes qui émanent de toutes parts, que cet exercice ‘Doing Business’, en dépit de la grande qualité et de l'indéniable bonne volonté et sincérité des hauts fonctionnaires de la Banque Mondiale impliqués, reste un exercice aléatoire et dangereux ». Et l’OHADA conclut que cet exercice « très coûteux et financé sur les fonds publics de l'aide au développement, déjà tellement insuffisants » est d’autant plus à abandonner qu’il porte l’empreinte de Paul Wolfowitz, cet ancien président de la Banque Mondiale honteusement remercié pour n’avoir pas donné le meilleur exemple de bonne gouvernance dans la grande maison.

DEUXIEME HIC

Ce deuxième hic tient d’abord à des contres rapports qui aboutissent, contrairement à celui de « Doing Business », à des conclusions qui n’ont pas de chance d’être évoquées en Conseil des ministres et vantées dans les médias. Et pour cause !

Le tout premier est celui de la Fondation Mo Ibrahim, du nom de cet homme d’affaires soudanais milliardaire qui entend encourager la bonne gouvernance en décernant chaque année un prix de 5 millions de dollars à un ancien président ou chef de gouvernement africain qui aurait pris sa retraite. Eh bien, la Fondation Mo a publié, sur la base de critères bien précis (la sécurité, les règles de droit, les droits humains, le développement économique, et le développement humain), un Index des pays africains en fonction de leur gouvernance. Son classement de 48 Etats africains répertoriés, a donné les résultats suivants : l'île Maurice, les Seychelles, le Botswana, le Cap Vert, l'Afrique du Sud, le Gabon, la Namibie, le Ghana, le Sénégal, et Sao Tomé sont les 10 pays qui ont les meilleurs indices de bonne gouvernance. Le Burkina Faso n’est classé que 21 ème, arrivant même au niveau de la CEDEAO, après les pays suivants : Bénin, Cap Vert, Ghana, Mali, Sao Tome et Principe, Sénégal alors qu’un classement de la Banque Mondiale rendu public ce mois de juillet 2007, le propulsait (tenez-vous bien) 1er en matière de bonne gouvernance au sein de la CEDEAO et 7e sur les 52 Etats concernés par ce rapport !

Mais on pourrait peut-être soupçonner Mr Mo Ibrahim, l’homme d’affaires, d’avoir ses amitiés et de manquer d’expérience en la matière. Ca ne serait certainement pas le cas de la très réputée Transparency International qui vient de publier son dernier rapport encore moins élogieux pour la gouvernance du Burkina Faso, c’est le moins qu’on puisse dire. Notre pays, qui avait déjà glissé, entre 2005 et 2006) de neuf places dans le classement des pays les plus corrompus (se classant donc en 2006 à la 79 ème place), vient de dégringoler en 2007 à la 105 ème place. Sa note obtenue est très en dessous de la moyenne : 2,9 points sur 10. En comparaison le Danemark est 1er avec une note de 9,4 sur 10 et la Somalie est 179 ème, la dernière, avec 1, 4 sur 10.

Voilà qui est totalement en contradiction avec les couronnes dressées par « Doing Business » aux fronts de nos gouvernants !

Au-delà de ces rapports qui peuvent tous, au fond, être critiquables, il y a le sentiment du peuple burkinabé, premier bénéficiaire en principe des retombées de la bonne gouvernance, qui est sans appel.

TROISIEME HIC

Si on laisse de côté les appréciations qui peuvent venir des structures relais de la Banque Mondiale voire du pouvoir (qui font les appréciations que l’on sait sur la gouvernance du Burkina Faso) pour interpeller le commun des Burkinabé, l’opinion est implacable : il y a mauvaise gouvernance caractérisée par la corruption effrénée, l’insécurité, la cherté de la vie, la pauvreté qui dérape, l’absence de justice, le manque de démocratie… De plus en plus de spécialistes du droit le reconnaissent, et ce ne sont pas les opérateurs économiques dernièrement réunis à Bobo autour du premier Ministre qui démentiront cette constatation, eux qui souffrent de la monopolisation du secteur économique par une minorité liée au pouvoir. Faire des affaires au Burkina Faso est difficile quand on n’a pas ses entrées ! Autant de choses qui mettent particulièrement en relief le divorce qui existe entre les indicateurs positifs généralement arrêtés au niveau de certaines institutions internationales par rapport à notre pays et la réalité sur le terrain. C’est du reste ce que dernièrement, faisait ressortir le journaliste Rémi Dandjinou lors de la conférence de presse donnée par le chef de l’Etat à Kosyam le 6 septembre dernier, n’obtenant qu’une réponse emberlificotée de ce dernier.

Alors qu’on se prépare à célébrer en grande pompe cette gratification de la Banque Mondiale, il convient d’être plus que jamais circonspect, pour ne pas être victime de manipulations. Car quand on pense à la détestable pratique qui consiste à s’acheter des élections, des prix, des diplômes Honoris Causa.., à manipuler jusqu’aux chiffres avec des complicités insoupçonnées, on pourrait n’avoir affaire qu’à une opération de reconstitution de crédit. Alors, ayons en mémoire cette dénonciation de l’OHADA qui demande la suppression des rapports « Doing business », estimant que l’exercice «représente à terme et par construction, un grand danger pour le développement économique et humain et la stabilité des Etats ».

VT






Site réalisé par Come Tell The World