BILLET
MEDIATIONS BURKINABE
PETITES INQUIETUDES A L’HORIZON ?
Alors
que tout semblait marcher comme sur des roulettes
et qu’on en était déjà
à mesurer les retombées positives
des deux médiations togolaise et ivoirienne,
voilà que l’on sent un infléchissement
à ces deux niveaux.
En Côte d’Ivoire, c’est la difficulté
de mettre en œuvre les audiences foraines et
le désarmement qui menace de réchauffer
le climat politique et médiatique.
Au Togo, c’est la question de l’authentification
des bulletins de vote qui pose problème,
l’UFC voulant que ceux-ci soient signés
avant le vote pour éviter les pré
votes et rachat de bulletins, le RPT invoquant (même
si cela a été fait en 1994) les manipulations
interdites sur les bulletins, pour rejeter cette
forme de contrôle.
Espérons qu’il y aura plus de peur
que de mal mais c’est aussi ça, les
médiations : il faut toujours rester sur
la brèche jusqu’à la conclusion
définitive !
CY
LES
PORTRAITS DES CHEFS D’ETAT DANS LES MAIRIES,
LES ECOLES..
OBLIGATION LEGALE OU NON AU FASO ET QU’EN
PENSER ?
La
semaine passée, nous avons appris par la
presse qu’un parti d’opposition (qui
n’a pas été cité) qui
tenait une réunion dans une salle à
Ouagadougou, a demandé que soit retiré
le portrait du chef de l’Etat qui trônait
au fond de ladite salle. Cela a provoqué
une polémique et finalement, on a couvert
le portrait pendant ladite manifestation. Ca nous
a rappelé que quelques jours avant, dans
la presse internationale, nous avions lu que dans
un village français, précisément
Sannat (380 habitants), le conseil municipal avait
refusé, par un vote démocratique,
que le portrait du président de la République
soit suspendu à la Mairie. Le Maire Henri
Sauthon, qui s’en expliquait, a fait savoir
que lorsque le problème s’est posé,
il en a délibéré en conseil
municipal et que, par 5 voix contre 4, le refus
est passé. Un élu satisfait qui dira,
après coup, que l’accrochage du portrait
n’est même pas une obligation légale.
San Finna s’est donc posé la question
de savoir ce qu’il en était au Faso.
Etant profane en la matière, nous avons contacté
le professeur de droit Luc Ibriga, pour en savoir
plus sur ces portraits de présidents dans
notre pays.
1)
Qu’en est-il au Burkina Faso ?
Professeur
Luc Ibriga : Pour ma part, je ne pense
pas qu’il existe une obligation légale
d’affichage du portrait du président
dans les lieux publics. Les recherches faites au
niveau de l’ordonnancement juridique burkinabé
ne nous ont pas permis de voir des règles
de droit : arrêté, décret..,
qui posent l’obligation d’afficher le
portrait du président. Ca doit être
dans la même veine qu’en France, un
usage, une sorte de coutume.
2)
Comment ça a fonctionné ici depuis
la 1ère République ?
Professeur
Luc Ibriga : Oui, depuis la 1ère
République, la photo du président
de la République est accrochée, et
je pense que cette pratique relève du statut
même du président de la République
qui, dans la République, incarne l’unité
nationale et cela met en évidence la personnalité
de celui à qui on a remis la garde de l’Etat
et son unité. En fait, cette tradition est
le pendant d’une tradition monarchique qui
a existé en Europe, notamment en France,
et qui faisait que le portrait du Roi était
accrochée dans les lieux publics pour marquer
son emprise sur son territoire..
C’est donc une tradition monarchique empruntée
par la République sans que le législateur
ou le pouvoir exécutif n’aient eu besoin
de codifier cela.
3)
En un mot, on n’est pas obligé de mettre
le portrait dans son lieu de service ?
Professeur
Luc Ibriga : Non, dans la mesure où
ce sont des usages à titre d’information
et de révérence envers le président.
Malheureusement dans la pratique et notamment sous
la révolution, on était arrivé
au stade où apposer le portrait du président
était une marque d’adhésion
à la révolution, et ça fait
que maintenant, même la petite quincaillerie
du coin, a la photo du président. Et certainement
lorsqu’elle reçoit la visite des impôts,
ça fait « bon citoyen » et des
faveurs peuvent lui être permises !
4)
Endoctrinement ?
Professeur
Luc Ibriga : Oui, si on en fait une obligation,
cela peut être la traduction d’une dérive
monarchique. Mais le principe, c’est d’informer
l’ensemble des personnes sur celui qui détient
le pouvoir et qui est le garant de l’unité
nationale. Et au regard de ce principe, il ne s’agit
pas d’adorer un individu mais une institution.
C’est pourquoi, à la minute qui suit
le départ d’un président, son
portrait est enlevé !
Swonty
Koné
NE
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