Mise à jour le 07/10/2007
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San Finna N°434 du 08 au 14 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

BILLET
MEDIATIONS BURKINABE
PETITES INQUIETUDES A L’HORIZON ?

Alors que tout semblait marcher comme sur des roulettes et qu’on en était déjà à mesurer les retombées positives des deux médiations togolaise et ivoirienne, voilà que l’on sent un infléchissement à ces deux niveaux.

En Côte d’Ivoire, c’est la difficulté de mettre en œuvre les audiences foraines et le désarmement qui menace de réchauffer le climat politique et médiatique.

Au Togo, c’est la question de l’authentification des bulletins de vote qui pose problème, l’UFC voulant que ceux-ci soient signés avant le vote pour éviter les pré votes et rachat de bulletins, le RPT invoquant (même si cela a été fait en 1994) les manipulations interdites sur les bulletins, pour rejeter cette forme de contrôle.

Espérons qu’il y aura plus de peur que de mal mais c’est aussi ça, les médiations : il faut toujours rester sur la brèche jusqu’à la conclusion définitive !

CY


LES PORTRAITS DES CHEFS D’ETAT DANS LES MAIRIES, LES ECOLES..
OBLIGATION LEGALE OU NON AU FASO ET QU’EN PENSER ?

La semaine passée, nous avons appris par la presse qu’un parti d’opposition (qui n’a pas été cité) qui tenait une réunion dans une salle à Ouagadougou, a demandé que soit retiré le portrait du chef de l’Etat qui trônait au fond de ladite salle. Cela a provoqué une polémique et finalement, on a couvert le portrait pendant ladite manifestation. Ca nous a rappelé que quelques jours avant, dans la presse internationale, nous avions lu que dans un village français, précisément Sannat (380 habitants), le conseil municipal avait refusé, par un vote démocratique, que le portrait du président de la République soit suspendu à la Mairie. Le Maire Henri Sauthon, qui s’en expliquait, a fait savoir que lorsque le problème s’est posé, il en a délibéré en conseil municipal et que, par 5 voix contre 4, le refus est passé. Un élu satisfait qui dira, après coup, que l’accrochage du portrait n’est même pas une obligation légale.

San Finna s’est donc posé la question de savoir ce qu’il en était au Faso. Etant profane en la matière, nous avons contacté le professeur de droit Luc Ibriga, pour en savoir plus sur ces portraits de présidents dans notre pays.

1) Qu’en est-il au Burkina Faso ?

Professeur Luc Ibriga : Pour ma part, je ne pense pas qu’il existe une obligation légale d’affichage du portrait du président dans les lieux publics. Les recherches faites au niveau de l’ordonnancement juridique burkinabé ne nous ont pas permis de voir des règles de droit : arrêté, décret.., qui posent l’obligation d’afficher le portrait du président. Ca doit être dans la même veine qu’en France, un usage, une sorte de coutume.

2) Comment ça a fonctionné ici depuis la 1ère République ?

Professeur Luc Ibriga : Oui, depuis la 1ère République, la photo du président de la République est accrochée, et je pense que cette pratique relève du statut même du président de la République qui, dans la République, incarne l’unité nationale et cela met en évidence la personnalité de celui à qui on a remis la garde de l’Etat et son unité. En fait, cette tradition est le pendant d’une tradition monarchique qui a existé en Europe, notamment en France, et qui faisait que le portrait du Roi était accrochée dans les lieux publics pour marquer son emprise sur son territoire..

C’est donc une tradition monarchique empruntée par la République sans que le législateur ou le pouvoir exécutif n’aient eu besoin de codifier cela.

3) En un mot, on n’est pas obligé de mettre le portrait dans son lieu de service ?

Professeur Luc Ibriga : Non, dans la mesure où ce sont des usages à titre d’information et de révérence envers le président. Malheureusement dans la pratique et notamment sous la révolution, on était arrivé au stade où apposer le portrait du président était une marque d’adhésion à la révolution, et ça fait que maintenant, même la petite quincaillerie du coin, a la photo du président. Et certainement lorsqu’elle reçoit la visite des impôts, ça fait « bon citoyen » et des faveurs peuvent lui être permises !

4) Endoctrinement ?

Professeur Luc Ibriga : Oui, si on en fait une obligation, cela peut être la traduction d’une dérive monarchique. Mais le principe, c’est d’informer l’ensemble des personnes sur celui qui détient le pouvoir et qui est le garant de l’unité nationale. Et au regard de ce principe, il ne s’agit pas d’adorer un individu mais une institution. C’est pourquoi, à la minute qui suit le départ d’un président, son portrait est enlevé !

Swonty Koné


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