«
TSARISATION » DE LA DEMOCRATIE EN RUSSIE
LE P’TIT TOUR DE POUTINE POUR RESTER !
Après
sa deuxième élection, le numéro
Un russe avait laissé entendre qu’il ne
se représenterait pas ; il ne s’en est
pas trouvé beaucoup pour conclure qu’il
ne ferait plus de politique, oh que non. L’homme
a manifesté un tel goût du pouvoir, un
tel art de sa pratique et réalisé une
synthèse si parfaite de la Russie de ses origines
à nos jours (confondant en lui les traits de
la période impériale, communiste et post-chute
du Mur de Berlin), qu’il a fini par s’identifier
à son pays comme Louis XIV s’identifiait
à la France. La porte lui était dès
lors ouverte pour une espèce de présidence
à vie avec, pour y parvenir, toutes les options
laissées à son choix. Il pouvait prendre
sur lui d’instaurer la monarchie constitutionnelle
en rétablissant la Maison « Romanov »
avec bien sûr des pouvoirs très limités
comme dans les pays nordiques ou en Angleterre. Franco
ne l’a-t-il pas fait en Espagne. Pourquoi pas
lui Poutine, en Russie ? Il ne l’a pas fait.
Il pouvait aussi faire comme Nestor Kirchner. Dans un
de nos articles sur l’Argentine, nous soulignions
que ce président socialiste avait choisi de partir
du pouvoir pour s’y perpétuer. Comment
? En renonçant à briguer un second mandat
au profit de sa femme, Cristina. Le jeu était
ici de revenir après au pouvoir et finalement
de le jouer à passe-passe entre conjoints jusqu’à
la fin des fins. Vladimir Poutine aurait pu en faire
de même en passant le témoin à son
épouse, Lioudmila Aleksandrovna, pour qu’elle
garde la maison pendant qu’il irait à la
pêche aux moules ; du reste, un député,
Anatoli Beïev, en a fait la proposition le plus
sérieusement du monde. Poutine a refusé.
Il pouvait aussi (rien ne l’en aurait empêché)
modifier la constitution pour briguer un troisième
mandat. Il a, avec son parti « Russie Unie »
créé en 2001, les 2/3 de l’Assemblée
pour lui. Ensuite, ayant réduit tout contre-pouvoir
dans le pays, il pourrait réussir une telle opération,
les pieds sur la table. Au demeurant, il a agi avec
vigueur et persuasion sur une opinion qui en est aujourd’hui,
bon gré mal gré, à le soutenir
à plus de 70 %. Et ce n’est surtout pas
du niveau international que serait venue une levée
de boucliers susceptible de contrecarrer ses ambitions.
Il n’est pas un bon pratiquant des droits de l’homme
et de la démocratie mais il verra à sa
demande, son couvert immédiatement dressé
sur n’importe laquelle des tables de ces cours
et présidences occidentales.
Malgré tous ces « atouts », Poutine
n’a pourtant pas opté de tripatouiller
la loi fondamentale afin de briguer un troisième
mandat à la tête de l’Etat. En démocrate
qu’il se déclare, respectueux de la loi
fondamentale, il affirme : « Changer de constitution
pour un seul homme ne serait pas correct ». Le
passage en force ? Il ne mange pas de ce pain-là
! Celui en feintise, il est partant. Et c’est
ainsi qu’il propose, après ses deux mandats
(2000/2004 et 2004/2008), de laisser la place à
quelqu’un d’autre au Kremlin. Son prochain
point de chute serait, après s’être
fait élire député à la tête
de « Russie Unie », la Primature. Dans ce
cas de figure, l’actuel premier Ministre deviendrait
président du pays mais évidemment pour
inaugurer des chrysanthèmes.
Voici l’aller-retour de Poutine. De président
tout puissant, il deviendrait premier Ministre tout
puissant. Il n’y perdrait rien au change car comme
dit Alexei Venedictov, Rédacteur en chef de la
Radio « Echos de Moscou », « il emportera
avec lui ses pouvoirs dans ses prochaines fonctions
».
Cette perspective, il l’a même laissée
clairement entrevoir en se laissant dire qu’il
pourrait, en tant que premier Ministre, travailler en
équipe avec un homme « honnête, capable
et moderne », entendez par là l’actuel
premier Ministre qui pourrait lui succéder, précisant
d’ailleurs : « Diriger le gouvernement,
c’est une proposition parfaitement réaliste
mais il est encore tôt pour y penser ».
Il faut, dira-t-il, d’abord gagner les législatives
et les présidentielles. Sa stratégie,
soit dit en passant, n’est pas contraire à
la constitution qui, faut-il le souligner, n’interdit
seulement qu’un troisième mandat présidentiel
consécutif.
Voilà une affaire russe, dit-on, comme pour en
relever la singularité voire la cocasserie !
Mais on n’ira pas plus loin. Si déjà
en Afrique, on fait du rentre-dedans constitutionnel
et puis, y a rien, ce n’est pas avec la Russie
de Poutine qu’on cassera la baraque !
Pourtant, ce que Poutine fait en Russie est une application
tout à fait bananière de la démocratie
car s’il était un vrai démocrate
comme il s’en réclame, il comprendrait
que la philosophie de la limitation des mandats présidentiels,
c’est d’empêcher de quelque manière
que ce soit, le détournement des fonctions étatiques
à des fins personnelles. Il se trouve que c’est
précisément ce qu’il fait en se
comportant comme si les institutions russes devaient
fonctionner par rapport à lui-même. Il
ne veut pas quitter le pouvoir. Alors, pas de problème
: il décide de changer la nature du régime,
de passer d’un régime présidentiel
ou semi-présidentiel à un régime
parlementaire. Rien de plus insultant pour le peuple
dont on méconnaît magistralement la souveraineté.
Il est incontestable que même si ce n’est
pas la première application du genre, qu’après
Poutine, on risque d’en voir malheureusement une
plus grande pratique.
La Rédaction