Mise à jour le 07/10/2007
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San Finna N°434 du 08 au 14 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

« TSARISATION » DE LA DEMOCRATIE EN RUSSIE
LE P’TIT TOUR DE POUTINE POUR RESTER !


Après sa deuxième élection, le numéro Un russe avait laissé entendre qu’il ne se représenterait pas ; il ne s’en est pas trouvé beaucoup pour conclure qu’il ne ferait plus de politique, oh que non. L’homme a manifesté un tel goût du pouvoir, un tel art de sa pratique et réalisé une synthèse si parfaite de la Russie de ses origines à nos jours (confondant en lui les traits de la période impériale, communiste et post-chute du Mur de Berlin), qu’il a fini par s’identifier à son pays comme Louis XIV s’identifiait à la France. La porte lui était dès lors ouverte pour une espèce de présidence à vie avec, pour y parvenir, toutes les options laissées à son choix. Il pouvait prendre sur lui d’instaurer la monarchie constitutionnelle en rétablissant la Maison « Romanov » avec bien sûr des pouvoirs très limités comme dans les pays nordiques ou en Angleterre. Franco ne l’a-t-il pas fait en Espagne. Pourquoi pas lui Poutine, en Russie ? Il ne l’a pas fait.
Il pouvait aussi faire comme Nestor Kirchner. Dans un de nos articles sur l’Argentine, nous soulignions que ce président socialiste avait choisi de partir du pouvoir pour s’y perpétuer. Comment ? En renonçant à briguer un second mandat au profit de sa femme, Cristina. Le jeu était ici de revenir après au pouvoir et finalement de le jouer à passe-passe entre conjoints jusqu’à la fin des fins. Vladimir Poutine aurait pu en faire de même en passant le témoin à son épouse, Lioudmila Aleksandrovna, pour qu’elle garde la maison pendant qu’il irait à la pêche aux moules ; du reste, un député, Anatoli Beïev, en a fait la proposition le plus sérieusement du monde. Poutine a refusé.

Il pouvait aussi (rien ne l’en aurait empêché) modifier la constitution pour briguer un troisième mandat. Il a, avec son parti « Russie Unie » créé en 2001, les 2/3 de l’Assemblée pour lui. Ensuite, ayant réduit tout contre-pouvoir dans le pays, il pourrait réussir une telle opération, les pieds sur la table. Au demeurant, il a agi avec vigueur et persuasion sur une opinion qui en est aujourd’hui, bon gré mal gré, à le soutenir à plus de 70 %. Et ce n’est surtout pas du niveau international que serait venue une levée de boucliers susceptible de contrecarrer ses ambitions. Il n’est pas un bon pratiquant des droits de l’homme et de la démocratie mais il verra à sa demande, son couvert immédiatement dressé sur n’importe laquelle des tables de ces cours et présidences occidentales.

Malgré tous ces « atouts », Poutine n’a pourtant pas opté de tripatouiller la loi fondamentale afin de briguer un troisième mandat à la tête de l’Etat. En démocrate qu’il se déclare, respectueux de la loi fondamentale, il affirme : « Changer de constitution pour un seul homme ne serait pas correct ». Le passage en force ? Il ne mange pas de ce pain-là ! Celui en feintise, il est partant. Et c’est ainsi qu’il propose, après ses deux mandats (2000/2004 et 2004/2008), de laisser la place à quelqu’un d’autre au Kremlin. Son prochain point de chute serait, après s’être fait élire député à la tête de « Russie Unie », la Primature. Dans ce cas de figure, l’actuel premier Ministre deviendrait président du pays mais évidemment pour inaugurer des chrysanthèmes.

Voici l’aller-retour de Poutine. De président tout puissant, il deviendrait premier Ministre tout puissant. Il n’y perdrait rien au change car comme dit Alexei Venedictov, Rédacteur en chef de la Radio « Echos de Moscou », « il emportera avec lui ses pouvoirs dans ses prochaines fonctions ».

Cette perspective, il l’a même laissée clairement entrevoir en se laissant dire qu’il pourrait, en tant que premier Ministre, travailler en équipe avec un homme « honnête, capable et moderne », entendez par là l’actuel premier Ministre qui pourrait lui succéder, précisant d’ailleurs : « Diriger le gouvernement, c’est une proposition parfaitement réaliste mais il est encore tôt pour y penser ». Il faut, dira-t-il, d’abord gagner les législatives et les présidentielles. Sa stratégie, soit dit en passant, n’est pas contraire à la constitution qui, faut-il le souligner, n’interdit seulement qu’un troisième mandat présidentiel consécutif.

Voilà une affaire russe, dit-on, comme pour en relever la singularité voire la cocasserie ! Mais on n’ira pas plus loin. Si déjà en Afrique, on fait du rentre-dedans constitutionnel et puis, y a rien, ce n’est pas avec la Russie de Poutine qu’on cassera la baraque !

Pourtant, ce que Poutine fait en Russie est une application tout à fait bananière de la démocratie car s’il était un vrai démocrate comme il s’en réclame, il comprendrait que la philosophie de la limitation des mandats présidentiels, c’est d’empêcher de quelque manière que ce soit, le détournement des fonctions étatiques à des fins personnelles. Il se trouve que c’est précisément ce qu’il fait en se comportant comme si les institutions russes devaient fonctionner par rapport à lui-même. Il ne veut pas quitter le pouvoir. Alors, pas de problème : il décide de changer la nature du régime, de passer d’un régime présidentiel ou semi-présidentiel à un régime parlementaire. Rien de plus insultant pour le peuple dont on méconnaît magistralement la souveraineté. Il est incontestable que même si ce n’est pas la première application du genre, qu’après Poutine, on risque d’en voir malheureusement une plus grande pratique.

La Rédaction






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