San
Finna N°434 du
08 au 14 Octobre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
DECLARATION
DE POLITIQUE GENERALE
LA RUPTURE FAÇON TERTIUS ZONGO
ON VOUDRAIT TANT Y CROIRE !
Le
nouveau premier Ministre Tertius Zongo vient de prononcer
à l’Assemblée nationale sa première
déclaration de politique générale.
Pour prendre à contre-pied l’opinion par
son contenu critique, cette déclaration ne laisse
pas moins interrogateur sur les possibilités de
sa traduction dans la réalité.
DECLARATION
ICONOCLASTE
Jamais avant lui, un premier Ministre n’avait livré
un tel discours. Il a quasiment dressé un diagnostic
d’opposant. En témoignent ses propos fort
sur le fait que la pauvreté ait très peu
reculé, que chaque jour les enfants n’aient
pas assez à manger, que la structure de notre économie
soit inchangée depuis un demi-siècle. C’est
toujours dans le même esprit critique sans précédent
qu’il relèvera que la qualité de nos
infrastructures reste insuffisante, que le secteur de
la santé est inefficace et la qualité des
services publics, loin d’être optimale. Egrenant
toujours les insuffisances, il dénoncera le chômage,
cette plaie qui frappe une large portion de notre population
active, le système judiciaire qui ne répond
pas suffisamment et diligemment aux demandes des justiciables,
le fait que les femmes soient toujours victimes d’injustices,
de brutalités, et le pays frappé par l’érosion
du sens du service public, la corruption grandissante.
A ce stade, beaucoup ont failli en avaler leur langue.
Est-ce possible qu’on remette ainsi en cause tout
le passé, donnant par le fait raison à beaucoup
qui, dans l’opposition, ne font que tenir ce langage
?
On comprend alors que ce parler nouveau puisse faire effet.
Il le fera d’autant plus que l’homme a dans
le port et le dire, une humilité naturelle, une
affabilité, qui prédispose à l’écoute
et à la confiance, et qu’il est resté
longtemps en dehors du pays, donc des querelles de clan
qui minent actuellement la maison CDP.
UNE HARRANGUE PLEINE D’ OPTIMISME EN L’AVENIR
Le premier Ministre a fait des promesses. Devinant les
attentes populaires, il s’est quasiment inscrit
dans la ligne d’un rénovateur qui critique
mais positive en mettant surtout en exergue la capacité
de conversion des espérances en réalités.
Il a ainsi fait, au plan de l’administration de
l’Etat, de la gouvernance économique, sociale..,
des propositions intéressantes. Citons-en quelques
unes telles : l’ intensification de la culture du
riz qui devrait dans les années 2015 pourvoir à
la demande interne ; la mécanisation agricole accrue,
l’amélioration du rendement de l’agriculture
par la fumure, les engrais minéraux, le renforcement
du contrôle de qualité des engrais importés,
la construction de nouveaux CSPS et cette promesse de
lutte intensifiée en matière de palud, de
sida et des maladies négligées, sans oublier
cette promesse de couverture sanitaire adaptée
au secteur informel et un fonds pour les travailleurs
licenciés et les retraités...
Tertius Zongo a promis de mettre en place d’un plan
stratégique de développement des principales
villes du pays, d’augmenter le parc des bus à
Ouaga qui, de 50, passera à 150, de faire procéder
à la réhabilitation des barrages 1, 2 et
3 à Ouaga, de faire grimper le taux d’alphabétisation,
l’éducation de base («Un département,
un CEG » d’ici 2010, « un lycée
technique par région »..)... Pour les jeunes,
il a annoncé la création d’un Conseil
national des jeunes et d’une Agence de coopération
technique pour canaliser les compétences nationales
pour des emplois à l’extérieur ! Le
PM a semblé s’intéresser très
fort à notre industrie textile dans laquelle nous
allons nous lancer résolument pour qu’au
moins 25 % du coton soit transformé sur place d’ici
à 2015 ! Il a annoncé la mise en place d’unités
de transformation de viande, de tomates, de mangues (à
ce sujet, on se souvient que la grande unité promise
à Bobo est restée lettre morte mais bon,
c’était du temps de son prédécesseur
!), l’ouverture de 2 mines de manganèse en
2009 (en plus des 4 mines d’or déjà
lancées et la mine de manganèse de Perkoa
également en marche), ce qui génèrera
beaucoup d’emplois. Le chemin de fer entre notre
pays et le Ghana, le Mali et le Niger, sur 3.065 km, ne
serait plus une vue de l’esprit, et le taux d’électrification
passera de 17 % à 60 % en 2015 avec pour corollaire,
une diminution du prix de l’électricité,
même si nous n’avons pas été
situé sur la date. Et nous en passons...
Se pourrait-il qu’avec Tertius Zongo, ça
déménage au Faso ?
DES
BEMOLS A L’ ARRIVEE
Tout en donnant le bénéfice du volontarisme
et de la bonne foi au premier Ministre, on peut toutefois
se demander s’il a les moyens de la rupture qui
transpire de son exercice. Là on est obligé
de rabattre quelque peu l’optimisme premier.
D’abord, aussi partisan de la rupture qu’il
soit, son analyse reste tronquée d’une dimension
capitale qui hypothèque l’avenir même
des changements qu’il préconise. En effet,
son propos est somme toute parti du postulat que tout
est pour le mieux dans le meilleur des mondes en matière
de démocratie. Il n’a certainement pas fait
dans le dithyrambique habituel mais il n’a pas non
plus ausculté comme il aurait dû, la vie
de nos institutions, la pratique démocratique pour
répondre aux critiques grandissantes venant de
l’opposition et de la société civile
quant aux dérapages qui les marquent.
Or, si au niveau de la gouvernance politique, il n’y
a pas de rupture, c’est dire que ce qui sera entrepris
par ailleurs ne peut pas vraiment aboutir.
Ensuite, l’appel aux ressorts intérieurs
des Burkinabé (avec à l’appui l’invocation
de la protection divine) pour qu’ils se donnent
pour seule frontière le ciel, fait peut être
« tendance » mais risque de se perdre après
l’exaltation du moment, dans les célestes
étendues. Le Burkina Faso figure en effet parmi
ces pays où la religiosité monte en force
surtout au niveau de l’Islam, du protestantisme
et de ces multiples confessions connexes ou sectes en
progression exponentielle. Mais si cette ferveur religieuse
pouvait se convertir en ferveur démocratique et
de développement, le pays serait sauvé des
eaux ; or, on constate que sur ce point, le dépit
est inversement proportionnel à l’expansion
religieuse.
Comme autres points faibles, on relèvera que les
appréciations élogieuses par rapport au
processus de décentralisation auraient dû
être fortement nuancées puisque dans la pratique,
le processus souffre non seulement de manque de transferts
effectifs de ressources et de compétences mais
aussi de légitimation populaire ; ce qui fait que
les populations ne sont pas réellement mises en
mesure de gérer librement leurs intérêts
locaux. Il y a aussi qu’en matière d’ogémisation,
le nouveau premier Ministre a été très
optimiste et péremptoire quant à la maîtrise
des applications dans ce domaine au Burkina Faso alors
que le fait dominant au niveau même des pays les
plus avancés en matière de recherche et
d’applications technologiques, c’est que les
manipulations génétiques sur les espèces
vivantes ne sont pas encore au point à 100 % et
qu’on ne peut pas garantir que l’ogémisation
soit totalement sans danger.
Rien par ailleurs n’a été donné
comme réponse à certaines demandes de mesures
fortes des Burkinabé, genre augmentation des salaires,
réouverture ou poursuite résolue des dossiers
sensibles en justice.., pour ne citer que celles-là
!
«
Last but not least », aussi accroc qu’il donne
l’impression d’être au changement, on
se demande encore et surtout si le premier Ministre aura
le soutien politique pour impulser concrètement
les transformations qu’il propose.
On voudrait y croire mais on peut en douter. Tertius Zongo
n’est pas son propre maître, ni en vertu de
la constitution ni dans la réalité concrète.
Le seul maître à bord au niveau de l’Exécutif
étant et ayant toujours été Blaise
Compaoré.