Mise à jour le 07/10/2007
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San Finna N°434 du 08 au 14 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

DECLARATION DE POLITIQUE GENERALE
LA RUPTURE FAÇON TERTIUS ZONGO
ON VOUDRAIT TANT Y CROIRE !

Le nouveau premier Ministre Tertius Zongo vient de prononcer à l’Assemblée nationale sa première déclaration de politique générale. Pour prendre à contre-pied l’opinion par son contenu critique, cette déclaration ne laisse pas moins interrogateur sur les possibilités de sa traduction dans la réalité.

DECLARATION ICONOCLASTE

Jamais avant lui, un premier Ministre n’avait livré un tel discours. Il a quasiment dressé un diagnostic d’opposant. En témoignent ses propos fort sur le fait que la pauvreté ait très peu reculé, que chaque jour les enfants n’aient pas assez à manger, que la structure de notre économie soit inchangée depuis un demi-siècle. C’est toujours dans le même esprit critique sans précédent qu’il relèvera que la qualité de nos infrastructures reste insuffisante, que le secteur de la santé est inefficace et la qualité des services publics, loin d’être optimale. Egrenant toujours les insuffisances, il dénoncera le chômage, cette plaie qui frappe une large portion de notre population active, le système judiciaire qui ne répond pas suffisamment et diligemment aux demandes des justiciables, le fait que les femmes soient toujours victimes d’injustices, de brutalités, et le pays frappé par l’érosion du sens du service public, la corruption grandissante. A ce stade, beaucoup ont failli en avaler leur langue. Est-ce possible qu’on remette ainsi en cause tout le passé, donnant par le fait raison à beaucoup qui, dans l’opposition, ne font que tenir ce langage ?

On comprend alors que ce parler nouveau puisse faire effet. Il le fera d’autant plus que l’homme a dans le port et le dire, une humilité naturelle, une affabilité, qui prédispose à l’écoute et à la confiance, et qu’il est resté longtemps en dehors du pays, donc des querelles de clan qui minent actuellement la maison CDP.

UNE HARRANGUE PLEINE D’ OPTIMISME EN L’AVENIR

Le premier Ministre a fait des promesses. Devinant les attentes populaires, il s’est quasiment inscrit dans la ligne d’un rénovateur qui critique mais positive en mettant surtout en exergue la capacité de conversion des espérances en réalités. Il a ainsi fait, au plan de l’administration de l’Etat, de la gouvernance économique, sociale.., des propositions intéressantes. Citons-en quelques unes telles : l’ intensification de la culture du riz qui devrait dans les années 2015 pourvoir à la demande interne ; la mécanisation agricole accrue, l’amélioration du rendement de l’agriculture par la fumure, les engrais minéraux, le renforcement du contrôle de qualité des engrais importés, la construction de nouveaux CSPS et cette promesse de lutte intensifiée en matière de palud, de sida et des maladies négligées, sans oublier cette promesse de couverture sanitaire adaptée au secteur informel et un fonds pour les travailleurs licenciés et les retraités...

Tertius Zongo a promis de mettre en place d’un plan stratégique de développement des principales villes du pays, d’augmenter le parc des bus à Ouaga qui, de 50, passera à 150, de faire procéder à la réhabilitation des barrages 1, 2 et 3 à Ouaga, de faire grimper le taux d’alphabétisation, l’éducation de base («Un département, un CEG » d’ici 2010, « un lycée technique par région »..)... Pour les jeunes, il a annoncé la création d’un Conseil national des jeunes et d’une Agence de coopération technique pour canaliser les compétences nationales pour des emplois à l’extérieur ! Le PM a semblé s’intéresser très fort à notre industrie textile dans laquelle nous allons nous lancer résolument pour qu’au moins 25 % du coton soit transformé sur place d’ici à 2015 ! Il a annoncé la mise en place d’unités de transformation de viande, de tomates, de mangues (à ce sujet, on se souvient que la grande unité promise à Bobo est restée lettre morte mais bon, c’était du temps de son prédécesseur !), l’ouverture de 2 mines de manganèse en 2009 (en plus des 4 mines d’or déjà lancées et la mine de manganèse de Perkoa également en marche), ce qui génèrera beaucoup d’emplois. Le chemin de fer entre notre pays et le Ghana, le Mali et le Niger, sur 3.065 km, ne serait plus une vue de l’esprit, et le taux d’électrification passera de 17 % à 60 % en 2015 avec pour corollaire, une diminution du prix de l’électricité, même si nous n’avons pas été situé sur la date. Et nous en passons...

Se pourrait-il qu’avec Tertius Zongo, ça déménage au Faso ?

DES BEMOLS A L’ ARRIVEE

Tout en donnant le bénéfice du volontarisme et de la bonne foi au premier Ministre, on peut toutefois se demander s’il a les moyens de la rupture qui transpire de son exercice. Là on est obligé de rabattre quelque peu l’optimisme premier.

D’abord, aussi partisan de la rupture qu’il soit, son analyse reste tronquée d’une dimension capitale qui hypothèque l’avenir même des changements qu’il préconise. En effet, son propos est somme toute parti du postulat que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes en matière de démocratie. Il n’a certainement pas fait dans le dithyrambique habituel mais il n’a pas non plus ausculté comme il aurait dû, la vie de nos institutions, la pratique démocratique pour répondre aux critiques grandissantes venant de l’opposition et de la société civile quant aux dérapages qui les marquent.

Or, si au niveau de la gouvernance politique, il n’y a pas de rupture, c’est dire que ce qui sera entrepris par ailleurs ne peut pas vraiment aboutir.

Ensuite, l’appel aux ressorts intérieurs des Burkinabé (avec à l’appui l’invocation de la protection divine) pour qu’ils se donnent pour seule frontière le ciel, fait peut être « tendance » mais risque de se perdre après l’exaltation du moment, dans les célestes étendues. Le Burkina Faso figure en effet parmi ces pays où la religiosité monte en force surtout au niveau de l’Islam, du protestantisme et de ces multiples confessions connexes ou sectes en progression exponentielle. Mais si cette ferveur religieuse pouvait se convertir en ferveur démocratique et de développement, le pays serait sauvé des eaux ; or, on constate que sur ce point, le dépit est inversement proportionnel à l’expansion religieuse.

Comme autres points faibles, on relèvera que les appréciations élogieuses par rapport au processus de décentralisation auraient dû être fortement nuancées puisque dans la pratique, le processus souffre non seulement de manque de transferts effectifs de ressources et de compétences mais aussi de légitimation populaire ; ce qui fait que les populations ne sont pas réellement mises en mesure de gérer librement leurs intérêts locaux. Il y a aussi qu’en matière d’ogémisation, le nouveau premier Ministre a été très optimiste et péremptoire quant à la maîtrise des applications dans ce domaine au Burkina Faso alors que le fait dominant au niveau même des pays les plus avancés en matière de recherche et d’applications technologiques, c’est que les manipulations génétiques sur les espèces vivantes ne sont pas encore au point à 100 % et qu’on ne peut pas garantir que l’ogémisation soit totalement sans danger.

Rien par ailleurs n’a été donné comme réponse à certaines demandes de mesures fortes des Burkinabé, genre augmentation des salaires, réouverture ou poursuite résolue des dossiers sensibles en justice.., pour ne citer que celles-là !

« Last but not least », aussi accroc qu’il donne l’impression d’être au changement, on se demande encore et surtout si le premier Ministre aura le soutien politique pour impulser concrètement les transformations qu’il propose.
On voudrait y croire mais on peut en douter. Tertius Zongo n’est pas son propre maître, ni en vertu de la constitution ni dans la réalité concrète. Le seul maître à bord au niveau de l’Exécutif étant et ayant toujours été Blaise Compaoré.

CY


 





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