LA
PROPOSITION D’ADAME BA KONARE SUR LE DISCOURS
DE SARKOZY
QU’EN PENSE MARIAM OUEDRAOGO DE L’UNDD
?
Le
discours de Nicolas Sarkozy n’en finit pas
de soulever des vagues à travers l’Afrique
et le monde. Adame Ba Konaré, épouse
du président de la Commission de l’Union
Africaine, persiste et signe. Après la
déclaration peu repentante de Jean-Marie
Bockel, Ministre de la Francophonie : «L’Afrique
est enfin entrée dans le débat d’idées
», elle demande tout d’abord aux historiens
africains d’écrire des articles portant
sur chacun des thèmes soulevés par
le président Sarkozy, en fonction de leurs
spécialités. Un comité scientifique
dirigera ce travail dont la publication est prévue
avant la fin de l’année 2008. Elle
en appelle, deuxièmement, à la création
d’ un Comité pour la défense
de la mémoire de l’Afrique. Alors
que dans les médias, sa proposition fait
grand bruit, nous avons voulu savoir ce qu’en
pense l’UNDD et avons donc eu l’occasion
de revenir sur les concertations sur le sujet
avec Mariam Ouédraogo, Secrétaire
nationale chargée de la promotion des femmes,
qui avait été une des organisatrices
de ces concertations, qui a accepté de
répondre à nos questions.
1)
Que pensez-vous
de la proposition de Adame Ba Konaré ?
Mariam
Ouédraogo, Secrétaire nationale
chargée de la promotion de la Femme : C’est
une proposition ingénieuse et pertinente.
Ce que je vois, c’est qu’elle joue
au plan intellectuel ce que son mari joue au plan
politique et diplomatique : défendre la
dignité, la liberté du continent.
C’est une femme de tête et son idée
va continuer à faire du bruit car je crois
qu’elle répond à une attente
: l’attente de mieux faire connaître
l’Afrique dans ses réalités,
le souci d’influencer un regard nouveau
sur le continent. De ce point de vue, le Comité
pour la défense de la mémoire qu’elle
propose est aussi important que le travail intellectuel
souhaité sur cette mémoire.
Mais nous pensons à l’UNDD qu’il
faut aller au-delà de la contradiction
pour déboucher sur des propositions concrètes
qui transforment le vécu en Afrique.
2)
Justement, vous avez-vous aussi réagi par
rapport au Discours de Nicolas Sarkozy en faisant
des propositions transmises à l’Ambassadeur
de France pour le président français.
Qu’en est-il ?
Mariam
Ouédraogo :
C’est vrai. Nous avons été
parmi les premiers à nous manifester après
le Discours de Dakar de juillet dernier. Je dois
même dire que c’était une réaction
logique de notre part puisque nous suivons, je
dirai à la trace, le président Sarkozy
depuis l’espoir qu’il a suscité
par rapport à la politique africaine de
la France quand à Cotonou, il avait fait
des propositions de rénovation de cette
politique africaine en tant que Ministre de l’Intérieur.
Avant même sa venue sur le continent, l’UNDD
avait sollicité un tel discours ; après
donc l’important Discours de Cotonou, dans
lequel il a prôné la rupture, nous
avons encore réagi pour l’y encourager.
C’est dire que nous ne pouvions qu’être
déçus avec les propos tenus à
Dakar. Non seulement, ceux-ci ont été
révélateurs d’une mauvaise
connaissance des réalités morales,
historiques, politiques, économiques de
l’Afrique mais il a fait l’impasse
sur la politique africaine de la France alors
qu’on attendait qu’il en précise
les lignes pour cette première sortie.
Mais fort heureusement, Nicolas Sarkozy a demandé
à ses ambassadeurs à Paris le 27
août dernier, de lui faire parvenir les
réactions des populations, des forces vives
et des jeunesses africaines par rapport à
son discours de même que leurs attentes
sur ce que la France pourrait faire dans ses relations
avec l’Afrique.
3)
C’est donc cela qui a justifié vos
propositions qui ont fait suite à des rencontres
tenues dans plusieurs provinces ?
Mariam
Ouédraogo :
Exactement. Nous nous sommes dit qu’il ne
fallait pas s’enfermer dans la critique
et la polémique stérile par rapport
à son message de Dakar. La meilleure façon,
c’était de prendre le président
français au mot en répondant à
son désir d’établir un dialogue
direct avec les populations africaines. D’où
ces conférences à travers lesquelles
nous avons eu des débats contradictoires
au terme desquels nous avons fait un certain nombre
de propositions envoyées à l’Ambassadeur
de France et que la presse a publiées.
4)
Espérez-vous que l’on fasse suite
à vos propositions ?
Mariam
Ouédraogo :
Je ne peux pas dire que ça va se faire
mais nous l’espérons. Si on demande
son avis à quelqu’un, c’est
en principe pour lui faire suite d’une façon
ou d’une autre, négativement ou positivement.
Alors, on espère que le président
Sarkozy aura le retour de ses demandes et qu’après
cela, quelque chose sera fait, avant ou pendant
sa deuxième tournée africaine.
5)
Votre mot de la fin
Mariam
Ouédraogo : C’est
pour vous remercier et dire qu’il serait
intéressant que, par-delà l’UNDD,
les gens prennent au sérieux ce message
du président français sans tomber
dans l’exaltation béate. C’est
vrai que le Discours de Dakar a fait mal mais
nous devons saisir la balle au bond : c’est
lui, Nicolas Sarkozy, qui a demandé ce
qu’on pense en toute sincérité
et amitié. Faisons-le. Il n’arrête
pas de dire qu’il fera ce qu’il dit.
Nous verrons bien. Nous n’avons rien à
perdre, au contraire. D’ailleurs, nous nous
pensons qu’il faut en profiter pour demander,
puisque c’est à la mode en ce moment
en France, un Grenelle sur la politique africaine
de la France. Ca permettra de faire le point et
d’esquisser même des possibilités
d’évoluer vers une politique européenne
de l’Afrique et de l’encadrer par
un comité de suivi ouvert aux Etats, aux
institutions mais aussi aux peuples d’Afrique
à travers leurs structures représentatives.
CY