San
Finna N°435 du
15 au 21 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
15
OCTOBRE : APPROBATIONS ET DESAPPROBATIONS AUTOUR D’UNE
COMMEMORATION CONCURRENTIELLE SOUS HAUTE TENSION
Ce 15 Octobre, pour être exceptionnel,
l’est vraiment en raison certainement des 20 ans
qui nous séparent du jour où Blaise Compaoré
a pris le pouvoir en marchant sur le sang de son frère
d’armes, Thomas Sankara. C’est aussi un crû
particulier parce que, cette fois-ci, le camp Compaoré
a décidé de célébrer en même
temps que le camp Sankara, l’évènement.
Voilà qui suffit à placer ce 20 ème
anniversaire dans un contexte conflictuel. Ce n’est
pas tout. Alors que de part et d’autre, on bat le
rappel de participations extérieures pour donner
plus d’amplitude au plan international à
l’évènement, il y a à côté
la révolte militaire, qui sourde, qui s’affirme
même, non sans une commisération réelle
d’une large partie de la population qui regarde
toute cette agitation autour du 15 sans toujours y trouver
véritablement son compte. Que dit-on, que fait-on
des deux côtés ? Quelles sont les réactions
?
I.
LA COMMEMORATION DU COTE COMPAORISTE
Du
côté de la galaxie présidentielle,
on a mis les petits plats dans les grands puisque les
festivités ont commencé le 10 octobre et
sont prévues jusqu’au 21 du mois. Voilà
le programme spécifique du 15 octobre qui déjà
en atteste, suivi d’un petit mot sur le FEDAP/BC,
Fédération des associations pour le progrès
et la paix avec Blaise Compaoré.
PROGRAMME
DU LUNDI 15 OCTOBRE
-
7 heures : Animation à l’aéroport
- 8 h : Rue marchande à la Maison du Peuple
- 8 h : Exposition photos à la Maison du Peuple
- 10 h : Travaux du Colloque International sur le thème
: Démocratie et
Développement en Afrique à la salle de conférence
de Ouaga 2000
- 15 h : Marche-Meeting à la Place de la Nation
_ Rond Point des Nations
Unies (toute la journée, marches meeting, animations
culturelles et activités sportives dans toutes
les régions et provinces)
- 20 h : Soirée culturelle en l’honneur des
invités au Complexe Présidentiel
de Ouaga 2000
FEDAP/BC
/ Un seul esprit : Coaliser toutes les associations qui
viennent en soutien au programme de Blaise Compaoré
Et
c’est fait : depuis deux semaines déjà,
étaient diffusés par les ondes des spots
relatifs à l’installation officielle des
membres du bureau de la Fédération des associations
pour le progrès et la paix avec Blaise Compaoré.
Depuis le mercredi passé, dans une salle des banquets
de Ouaga 2000, totalement comble, les différents
membres de cette fédération ont été
présentés.
Dans l’assistance, des militants du CDP venus des
4 coins du pays et bien de militants de la première
garde du parti au pouvoir, sans oublier les opérateurs
économiques qui soutiennent farouchement toute
initiative de soutien au chef de l’Etat.
Dans l’immense salle, on lisait par ci par là,
des slogans glorifiant Blaise Compaoré : «
Nous n’avons pas le pétrole mais nous avons
Blaise Compaoré ».
Un autre slogan non moins remarquable et qui a fait autant
de coins de sourire que le précédent, c’est
celui qui dit que « Les Notables et coutumiers soutiennent
Blaise Compaoré pour la paix et le progrès
».
C’est après une prestation d’un artiste
bien prisé de la place que Mr Assimi Koanda, Directeur
de cabinet du chef de l’Etat et initiateur de cette
fédération, a présenté le
procès-verbal de constitution du FEDAP/BC. C’est
aussi dans cette rengaine qu’il a officiellement
installé les membres du bureau.
Nous avons retenu ces six noms à l’intention
de nos lecteurs :
Président:
Soubeïga Gaston 1er Vice Président: Nayaoghin
Gérard 2ème Vice Président: Seydou
Traoré Secrétaire général:
Ernest Ilboudo Secrétaire général adjt:
Mariam Compaoré Chargés de la presse: Gnama Baco
Drabo et Ambroise Tapsoba
Les
principaux présidents d’honneur ont été
aussi présentés ainsi que (chose extraordinaire)
des présidents d’honneur régionaux.
Un
bureau qui devrait être fortement soutenu, au vu
de l’importance de la surface financière
des suscités.
Les lignes directives de la fédération seront
par la suite présentées à l’assistance.
Nous retiendrons qu’elle oeuvrera comme une instance
de veille des personnalités morales du pays et
dénoncera les intolérances de toutes natures
susceptibles de fractures sociales.
Voilà ainsi créée une association
sur la scène, qui vient encore solliciter auprès
de tous les nationaux, un droit de pérennisation
au pouvoir de Blaise Compaoré pour la paix et le
progrès.
II. LA COMMEMORATION DU COTE SANKARISTE
On
s’est aussi plié en quatre pour donner du
corps à cette 20 ème commémoration
tant à l’intérieur qu’à
l’extérieur. Ca n’a pas été
facile surtout que les salles retenues ont été
refusées, que la TNB a interdit la diffusion du
spot… Et évidemment, les moyens étaient
très très loin de ceux déployés
par le camp opposé mais on sentait une réelle
ferveur chez les organisateurs de cette commémoration.
Ils prévoyaient la projection des films «
Sankara, l'homme intègre » de Robin Shuffiel,
et « Fratricide au Burkina Faso » de Thuy-Tien
Ho. Les organisateurs ont également retenu des
concerts animés par des artistes comme Sam's K
le Jah, Smokey et le chanteur sénégalais
Awadi. Tout ceci sans compter avec la « cerise sur
le gâteau », la venue après toutes
ces années de la veuve de Thomas Sankara, Mariam,
prévue pour le dimanche 14 octobre. La Caravane
venue d’Europe devait arriver de Bobo à Ouagadougou
vers 14 heures ce dimanche 14.
Voici ci-dessous le planning de la journée du 15
Octobre, l’appel à partir de Dakar pour exiger
à nouveau la lumière sur l’assassinat
de Thomas Sankara et un résumé du Symposium
sur l’idéal sankariste qui se tient en ce
moment à Ouagadougou.
PROGRAMME
DU LUNDI 15 OCTOBRE
Point
sur le dossier judiciaire de Thomas Sankara par Me Dieudonné
Nkounko et Me Sankara à l’Atelier Théâtre
du Burkina (ATB) à 10 h
Panel
de la délégation espagnole à l’ATB
après le point de presse des avocats
Dépôt
de gerbes sur la tombe des suppliciés à
16 heures
Tombes
de Thomas Sankara et de ses compagnons
http://www.maliweb.net/news_images/sankara-tombe.jpg
Conférence
de presse à Dakar
On exige encore et toujours la lumière sur l’assassinat
La
Campagne internationale justice pour Sankara (Cijs) a
encore demandé vendredi dernier à l’Etat
burkinabé de respecter les décisions de
l’Organisation des Nations unies l’invitant
à faire la lumière sur l’assassinat
de Thomas Sankara. C’était à l’occasion
d’une conférence de presse donnée
par le coordonnateur de la Cijs, Aziz Salmone Fall qui
a rappelé qu’en 2001, l’Onu a estimé
que « la famille de Thomas Sankara a le droit de
connaître les circonstances de sa mort, considère
que le refus de mener une enquête sur la mort de
l’ancien président burkinabé, la non-reconnaissance
officielle du lieu de sa dépouille et la non rectification
de l’acte de décès, qui constituent
« un traitement inhumain à l’égard
de Mme Sankara et ses fils, contraire à l’article
7 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques et ses deux protocoles ».
De plus, le coordonnateur rappellera que « l’Etat-partie
n’a pu expliquer les retards en question sur ce
point ; le Comité considère que, contrairement
aux arguments de l’Etat-partie, aucune prescription
ne aurait rendre caduque l’action devant le juge
militaire, seul habilité à le faire ».
Symposium sur l’idéal sankariste
« Osons inventer l’avenir »
Le
Symposium qui se tient à l’Atelier de Théâtre
burkinabé (ATB) sur le thème « Osons
inventer l’avenir », connaît la participation
de centaines de personnes venues de Côte d’Ivoire,
de France, du Mali, d’Espagne…et bien sûr,
de très nombreux Burkinabé. L’objectif
de ces échanges, c’est, après avoir
passé en revue les idées défendues
par le président Thomas Sankara, de voir comment
en constituer une doctrine ou un référentiel
articulé pour la gouvernance.
Sont évidemment épluchées les différentes
interventions de Thomas Sankara affirmant sa position
anti-américaine sur la question palestinienne,
sa position sur le non-alignement, son vote pour l’indépendance
de la Nouvelle Calédonie. Sont aussi analysés
ses dénonciations sur les effets pervers de la
dette, son choix pour un développement autocentré
du pays..
Pour Me Benewende Sankara, avant même la tenue du
symposium, il dira qu’il s’agit, à
l’occasion de ce symposium, de « revisiter
les idées du Capitaine Thomas Isidore Sankara (selon
une dépêche d’Apanews du 11 octobre
2007).
III. LES REACTIONS AUTOUR DE LA DOUBLE COMMEMORATION
-
Du côté des militaires en protestation
L’armée
est entrée dans une autre phase de contestation.
Les militaires inscrits pour la retraite semblent avoir
entraîné à leur cause leurs camarades
en activité autour de revendications intéressant
leurs carrières. Le résultat, c’est
une menace d’empêcher les marches et autres
célébrations le 15 Octobre. Bien que leur
mécontentement s’adresse au pouvoir, il va
sans dire que si leur menace était mise à
exécution, cela ne pourrait que gêner aussi
la célébration sankariste. Iront-ils jusqu’au
bout ? Certains disent oui, d’autres en doutent
(voir notre rubrique Deux sons de cloche).
-
Du côté de l’opinion organisée
A
l’unique question suivante : « Auriez-vous
conseillé à la mouvance présidentielle
de commémorer le 15 Octobre en même temps
que les Sankaristes ? », nous avons obtenu les réponses
ci-après.
Docteur
Alain Zoubga, Président de « L’Autre
Burkina/Parti pour le Socialisme et la refondation »
: D’abord, je me demande si on peut donner des conseils
à ceux qui sont en face. Surtout venant de moi,
je crois que ce serait disqualifié à leurs
yeux. Tout au plus, mon avis sur justement les commentaires
et toutes les décisions prises notamment à
travers la presse. En réalité, pour apprécier
la situation, moi je vais m’appuyer sur deux paramètres
: la nature des évènements du 15 Octobre
et l’attitude de la République. Je finirai
par un élément, ce que vous appelez conseils.
Je
dois dire tout de suite qu’à l’époque,
nous avons été dans un état de choc
et ces évènements ont marqué la vie
de notre pays et continuent de le marquer parce que, plus
de 20 ans après, personne ne peut nier que l’effet
du 15 Octobre est toujours là. Les choses sont
même en train de s’amplifier, de prendre une
certains intensité. L’histoire semble se
décider dans le sens de ramener toujours au devant
de la scène ces évènements avec les
éléments horribles tels que les morts d’hommes
et autres. Si j’ai une comparaison historique à
faire, j’irai d’abord loin, au Chili pour
comparer l’assassinat de Allendé à
ce qui s’est passé ici, même si la
différence est que c’est un régime
fasciste qui a assassiné Allendé alors que
là, nous avons le malheur de remarquer que ce sont
des révolutionnaires entre eux qui ont retourné
les armes les uns contre les autres. Une autre comparaison,
c’est qui s’est passé à Lomé
où Eyadema à son arrivée au pouvoir
par un putsch violent, a tué Olympio.
Quand on compare ces deux faits, la situation au Togo
reste encore marquée par l’assassinat de
Olympio. La situation au Burkina, c’est la même
chose. Au niveau du Chili, c’est vrai que la junte
fasciste a été balayée mais la situation
reste toujours marquée par l’assassinat de
Allendé.
Quand je parle du 15 Octobre, pour moi c’est comme
si c’était hier. De mes yeux, je revois les
scènes, certains acteurs assis par ci par là,
et ma mémoire me rappelle l’attitude des
uns et des autres. C’était soit au «
Conseil » ou à certains endroits où
nous échangeons entre révolutionnaire face
à des évènements aussi douloureux
que ceux-là que nous avions vécu. J’ai
vécu les évènements de près
et je crois avoir été un des acteurs privilégiés
de ces évènements que j’ai connus
dès les premiers moments. Tout cela, pour moi,
c’est comme si c’était hier.
J’ai eu l’occasion en tant que membre de la
Coordination du Front Populaire que j’ai eu l’occasion
de diriger dès les premiers moments, d’aller
à l’étranger où nous avons
été accueillis avec beaucoup de haine, au
Mali, au Niger, au Nicaragua.
Aujourd’hui je revois les uns et les autres, le
chef de l’Etat en passant par les acteurs clé.
Nous avons vécu des moments difficiles parce que,
comme je l’ai dit, entre nous révolutionnaires,
on a retourné les armes les uns contre les autres.
Il y a eu beaucoup de mort d’hommes mais nous étions
persuadés que la révolution devait continuer.
J’avoue que me refusant ce que j’ai dit, quand
je vois des gens à la télévision
qui, de mon point de vue, ne sont pas véritablement
qualifiés pour évoquer ces éléments
parce qu’ils ignorent beaucoup de choses de l’essence
même du 15 Octobre, mais quand on a une mission,
il faut avoir un peu de retenue pour ne pas tenir des
discours fantaisistes sinon même farfelus, malhonnêtes.
Comment peut-on dire que tout le monde peut fêter
ce qu’il veut ? C’est digne d’une déclaration
que je qualifie de fantaisiste. Certains ont bénéficié
de notre protection dans la dure situation où il
fallait les envoyer en lieu sûr. Et je suis encore
plus surpris parce que ceux-là qui sont au-devant
de la scène pour organiser et fêter le 15
Octobre sont mal placés parce qu’il y a des
gens qui, historiquement, sont bien au fait du 15 Octobre
et sont à l’intérieur du régime.
Ceux-là, je ne les vois pas beaucoup.
Il y en a qui sont mieux placés pour expliquer
le 15 Octobre, ses fondements politiques et idéologiques.
Maintenant,
parlons du thème.
On est passé d’un thème qui, de mon
point de vue, correspondant à la réalité
de ce qu’ils veulent faire à un thème
qui ne traduit que le mensonge. Le thème du départ
était « 20 ans de pouvoir de Blaise Compaoré,
ce n’est pas rien » et c’est ça
la réalité de ce qu’ils veulent faire.
Il faut que Blaise reste là pendant 20 ans, 30
ans, 50 ans, pour que certaines personnes qui gravitent
autour de lui continuent à bouffer. Mais ce thème
était si gros et assez « bête »
qu’on a ramené le thème actuel «
20 ans de renaissance démocratique au Burkina ».
Le 15 Octobre n’a pas créé les conditions
d’une renaissance démocratique au Burkina
: ça je le dis parce que j’y étais.
Qu’on se réfère à la première
déclaration du 15 Octobre. C’est parce que
nous avions conscience que la révolution était
en train de faiblir et il fallait donc changer les choses.
Sur le terrain, les CDR avaient commis des actes qui nuisaient
à la révolution et c’est tout ça
qu’il fallait rectifier. Qu’on ne vienne pas
parler aujourd’hui de renaissance démocratique.
Qu’on consulte la déclaration du 15 Octobre,
le mémorandum que nous avions rédigé
au niveau de la Coordination du Front Populaire et le
discours du président du 19 Octobre qui appelait
les forces vives à appuyer l’action du Front
Populaire. One ne peut pas dire qu’à la naissance
du Front Populaire, l’objectif était de jeter
les bases d’une démocratie.
Quand
je constate aujourd’hui qu’on veut célébrer
cette date, je m’interroge parce que je me demande
si politiquement, la république fait quelque chose
d’utile. Ceux qui estiment que c’est la date
à laquelle ils ont perdu leur camarade, leur leader,
ils ont le droit de pleurer. En ce qui me concerne, je
crois que politiquement, il y a problème. Pour
quelle raison ? D’abord, le 15 Octobre a été
un coup d’Etat, et je ne pense pas que dans un Etat,
on veuille fêter l’avènement d’un
coup d’Etat. Cela ne me paraît pas être
une bonne chose, ça peut avoir des relents d’un
Etat d’exception.
Deuxième élément : nous sortons d’une
situation difficile, d’une situation à l’issue
de laquelle il y a eu la Journée du pardon. Je
pense que ce pardon vaut aussi pour les victimes du 15
Octobre. Les familles ont dû écouter et accepter
ce pardon. Si aujourd’hui vous organisez la fête,
cela voudrait dire que le pardon n’était
pas fait de façon sincère et honnête
; on remet en cause aujourd’hui les efforts qui
ont été déployés par l’ensemble
de la communauté notamment les autorités
religieuses, la société civile, les coutumiers..
On rallume alors les braises des haines et des rancoeurs.
Troisième élément : nous savons tous
que Sankara il n’y a pas longtemps était
considéré comme un héros national
et il a même été question de monument.
Qu’est-ce qu’on fait en fait si aujourd’hui
on veut fêter de cette manière là
la date de sa mort ?
Ce qui se passe n’a rien à voir avec 20 ans
de renouveau démocratique. C’est pas juste.
Autre élément qui politiquement m’inquiète
: c’est que dans cette période où
nous considérons que nous sommes dans un Etat de
droit, où ce pouvoir de mon point de vue doit être
au-devant de cette bataille pour les libertés,
on refuse aux Sankaristes les salles, les médias..
Cela me paraît être de l’anti-démocratie
!
Ousmane Nacro, Président de la LIDEJEL : Le 15
Octobre s’inscrit dans les annales historiques de
notre pays comme une date mémorable qui restera
à jamais gravée dans la mémoire de
nos populations. En ceci que cette date marque la fin
du Conseil national de la révolution (CNR) et donc
la rupture d’un processus, c’est-à-dire
la révolution, et c’est pourquoi elle pourrait
aussi marquer l’ère d’un changement
par rapport au système qui était déjà
en place.
Si on n’est pas d’avis avec ce préalable,
il sera difficile alors de parler de 20 ans de renaissance
démocratique avec le Président Blaise Compaoré.
Au-delà de cette polémique sur les périodes,
je voudrai en tant que défenseur de la liberté,
reconnaître aux uns et aux autres leur droit de
célébrer cette date en toute liberté,
selon leur opinion ; l’existence de cette liberté
pour les uns s’accommodant très bien avec
celle des autres.
Il reste tout de même que le 15 Octobre est la date
à laquelle celui qui, pendant qu’il présidait
aux destinées de notre chère Patrie, qui
a incontestablement avec ses camarades de l’époque,
réussi à faire du Faso un pôle d’attraction
et d’admiration pour les plus nombreux et les plus
faibles, c’est-à-dire les masses laborieuses,
est tombé, j’ai nommé le Président
Thomas Sankara.
Pour ma part, la célébration du 15 Octobre
comme espoir assassiné ou renaissance démocratique
est une journée de Souvenir avec d’énormes
enseignements à tirer dont le principal est : plus
jamais de prise de pouvoir comme le 15 Octobre 1987.
Et cela exige une prise de conscience de tous et la participation
effective de la société entière à
la construction d’une démocratie véritable,
seul gage d’un développement harmonieux au
profit de l’ensemble de nos populations.
Me Hermann Yaméogo, Président de l’UNDD
: Oh que non, sauf peut-être à suggérer
de procéder autrement. Je m’en explique.
Si le 15 Octobre a eu des résonances évoquant,
pour certains une victoire, pour d’autres une douloureuse
défaite, et pour d’autres encore (qui n’étaient
pas des révolutionnaires sous le CNR), l’enfantement
d’une délivrance malheureusement maculée
de sang, l’opinion générale relie
le 15 Octobre beaucoup plus à la douleur, à
la perte dans les conditions traumatisantes que vous savez,
d’un homme, et pas n’importe lequel : Thomas
Sankara et de ses 12 compagnons.
En général, la bienséance, les us
et coutumes commandent chez nous, en de pareilles occasions
de souvenir, de ne pas troubler par des réjouissances,
le recueillement de ceux qui sont en peine, surtout lorsqu’on
en est comptable. D’ailleurs, ce qui a toujours
dominé le 15 Octobre de la part des non-Sankaristes,
c’est sinon une compassion générale
au moins pour le plus grand nombre, une réserve,
et le pouvoir a lui-même contribué à
cette caractérisation du 15 Octobre de plusieurs
façons :
- En n’ayant pas su contrebalancer par un respect
scrupuleux des droits de l’homme, de l’indépendance
de la justice et des principes démocratiques, le
déficit enregistré sur ce plan par le CNR,
- En ne pratiquant pas une politique économique
et sociale tournée vers le peuple, ce qui fait
que les jeunes en particulier, qui n’ont pas connu
les côtés négatifs de la révolution,
l’idéalisent aujourd’hui ;
- En adoptant par ailleurs un profil bas à chaque
célébration, laissant ainsi comme un monopole
aux Sankaristes.
Pour ce 20 ème anniversaire, le pouvoir aurait
dû persister dans cette attitude de décence
d’autant que l’exigence de vérité
et de justice n’a pas pu se prescrire avec le temps
; enfin, nous vivons en cette période d’octobre,
d’autres évocations douloureuses qui tiennent
aux calamités multiples qui frappent nombre de
Burkinabé et pour lesquelles le pouvoir est loin
d’avoir fait ce qu’il fallait en termes de
manifestations diverses de solidarité. Plus que
jamais, il devait donc éviter de se laisser aller
à des commémorations grandioses, coûteuses,
opaques et pour nombre d’entre elles, festives.
Ceci dit, je comprends qu’avec la charge émotionnelle,
politique, médiatique, que renferme ce 15 Octobre
avec en particulier la participation des altermondialistes
dans un contexte au surplus énervé par le
mécontentement au niveau politique, social et surtout
militaire, le pouvoir puisse avoir le réflexe de
répliquer parce que se sentant menacé. J’aurais
alors conseillé de le faire autrement.
En choisissant une autre date : le 19 Octobre, jour de
l’Appel de Blaise Compaoré à la rectification
en 1987, le 2 juin, date d’adoption de la Constitution
en 1991 ou le 1er décembre, date de la première
élection présidentielle en 1991.
Faire autrement aussi en adoptant un autre concept, par
exemple celui d’évaluation démocratique
au lieu de renaissance démocratique, trop controversé
puisqu’on pourrait, à mon sens, lui opposer
celui d’avortement, de déconstruction ou
de dégénérescence démocratique
au vu des réalités.
Je trouve aussi qu’au lieu de se lancer dans ces
mobilisations tapageuses sur le dos de l’Etat (à
la façon « Junte birmane ») qui ne
trompent plus personne depuis les Mobutu et autres, et
de commander des célébrations par nature
apologétiques, il aurait fallu une démarche
plus courageuse, plus autocritique dans la perspective
de faire un véritable bilan qui nous permette d’en
finir avec les ambiguïtés, les mensonges pour
repartir sur des bases véritablement consensuelles
et pérennes qui nous ramènent dans la normalité
démocratique. Au change, une telle commémoration
sur fond de rupture, aurait pu susciter moins d’hostilité.