CEG
DE DASSA
UN CONFLIT QU’IL FAUT SOLUTIONNER AU PLUS VITE
Après avoir reçu un mail
comme un appel au secours, expliquant la difficile
situation que connaissait le Collège de Dassa
au Sanguié, nous recevions le 9 Octobre passé,
une lettre ouverte adressée au Directeur Régional
du Ministère de l’Enseignement secondaire,
supérieur et de la recherche scientifique (MESSRS)
du Centre Ouest, faisant état d’une «
pomme de discorde » et d’une mauvaise
gestion financière et académique dans
ledit CEG. Comme annoncé à nos lecteurs,
nous avions déjà décidé
de dépêcher une équipe de reportage
pour voir les réalités du terrain. Cette
visite a donc eu lieu le jeudi 11 Octobre passé.
Nous n’avons, hélas, pu rencontrer le
Directeur qui était absent et il nous faudra
repartir sur place pour avoir son point de vue ; à
moins qu’il ne nous contacte par courrier. Idem
pour le Directeur régional que nous avons cherché
à joindre mais qui devait être à
Ouagadougou. En attendant, voici ce que nous avons
concrètement vu et également ce que
nous avons entendu du côté des plaignants.
Comme vous le verrez, c’est triste et il urge
qu’une solution soit trouvée pour sauver
la scolarité de tous ces collégiens
de Dassa qui ne méritent pas ça.
A
11 heures, nous arrivons dans l’aire de bâtiments
inachevés, au milieu de buissons. Ils servent
de classes, de logements et abritent l’administration.
Deux professeurs sont sous un arbre et quelques élèves
(une dizaine) attendent comme pour implorer leur direction
fermée et leurs professeurs, de commencer les
cours.
Nous tendons alors notre micro au Surveillant général,
reconverti en professeur d’histoire-géographie,
Bayala Pierre, car nanti d’une licence ; au
professeur de français/anglais Mathieu Tenguéri
; et au délégué des élèves,
Firmin Bayané.
San
Finna : Que reprochez-vous exactement à votre
directeur ?
Pierre Bayala : Tout a commencé à
la rentrée scolaire 2005/2006 par rapport au
certificat de non logement. Les bâtiments sont
inachevés, raison pour laquelle ils n’ont
pas été pris en compte lors du recensement
des bâtiments administratifs en 2005. Nous avons
estimé qu’il était du devoir du
directeur de prendre attache avec le préfet
pour que nous puissions avoir des certificats de non
logement. Il a accepté puisqu’il se retrouve
dans la même situation. Grande fut notre surprise
lorsque nous apprenions par la suite que le directeur
s’est fait établir ce certificat à
la préfecture alors que, semble-t-il, de connivence
avec le préfet, nos dossiers ont été
rejetés.
Sur le plan académique et financier, le directeur
a une gestion opaque avec l’économe.
Depuis juin 2006, nous ne sommes plus associés
au recrutement des élèves pour complément
d’effectifs. Le directeur le fait à sa
guise.
San
Finna : A quelle date remonte la tenue de votre conseil
de rentrée 2007/2008 ?
Pierre Bayala : Nous n’avons pas tenu
de conseil d’abord. Le directeur nous évite.
Il n’y a pas de contact entre lui et les professeurs.
Chaque matin, nous venons à l’école
mais hélas !
San
Finna : Est-ce que le Directeur régional (DR)
du MESSRS du Centre Ouest est au courant du retard
?
Pierre Bayala : Je n’en sais rien car
il revient au directeur de faire le point de la rentrée
au DR.
San
Finna : Y a-t-il des voies de recours que vous ayez
emprunté pour résoudre vos différends
?
Pierre Bayala : Oui car l’an dernier,
avec les mouvements de grève des élèves,
2 délégations de la Direction régionale
sont venues au CEG. Premièrement, c’étaient
2 inspecteurs et deuxièmement, ce fut le DR.
Le problème clé, c’était
les absences répétées du directeur
en classe car il s’est accaparé de plusieurs
heures de vacation qu’il n’arrivait pas
à satisfaire alors qu’il touchait son
argent comme si le travail était fait.
San
Finna : Qui fait le constat avant de payer ?
Pierre Bayala : C’est l’économe
qui traite les états et qui paie. Il refuse
de communiquer avec nous ; c’est pourquoi nous
dénonçons les heures de cours payées
et non dispensées.
San
Finna : Quel appel lancez-vous à l’endroit
de la DR/MESSRS ?
Pierre Bayala : Nous estimons que si nous
sommes à la base des discordes au CEG, qu’on
nous affecte. Au cas contraire, que le directeur soit
remplacé.
San
Finna : Les fils et filles de Dassa sont-ils au courant
du blocage de la rentrée au CEG ?
Pierre Bayala : Depuis l’an passé,
ils suivent de près l’évolution
de l’école. C’est pour cette raison
que la population a pu ramasser des agrégats
afin qu’on achève les travaux à
l’intérieur de la 4ème classe.
Les cotisations des 274 élèves que compte
le CEG devaient suffire pour réaliser le gros
œuvre mais la gestion laisse à désirer.
San
Finna : Le mot de la fin ?
Pierre Bayala : Je vous remercie d’être
venu à Dassa vous imprégner des problèmes.
Je tiens à souligner aussi que lors d’une
assemblée générale, le directeur
a dit qu’un directeur est fait pour se déplacer
beaucoup. Et comme vous le constatez, il est encore
absent, incapable de nous communiquer ses absences.
ET comme jusque là, il n’y a pas de conseil
de professeurs, nous ne savons pas comment commencer
les cours. Nous ne voulons pas que la 1ère
promotion de l’école qui est en 3ème
échoue lamentablement au BEPC car nous ne voulons
pas être comptables devant l’histoire.
San
Finna : Parlez-nous de l’ouverture du CEG en
tant que professeur témoin.
Mathieu Tenguéri : C’est en
présence des parents d’élèves,
de Mme la Préfette et du DR du MESSRS que le
CEG a ouvert officiellement ses portes le 27 janvier
2005. Les cours ont début le 31 janvier 2005.
A cause du retard, nous avons majoré les heures
avec le soutien des parents d’élèves
et Zéphirin Bationo, en qualité de 1er
directeur du CEG. Les ressortissants de Dassa nous
ont compris et beaucoup de prix ont été
décernés aux meilleurs élèves
lors de la clôture en fin d’année.
Dès la 2ème année, Mr Bationo
était affecté au Lycée communal
de Réo et remplacé par Mr Serge Bicaba
(actuel directeur) le 13 novembre 2005.
En fin d’année, j’ai tenté
de lui faire comprendre le climat malsain qui commençait
à s’installer au sein de l’établissement
et du même coup réclamer les certificats
de non logement, mais le directeur ne m’a pas
écouté et a d’ailleurs enfoncé
le clou en organisant le recrutement des élèves
pour complément d’effectifs sans nous
aviser. A la rentrée scolaire 2006/2007, il
me dit de commencer les cours. Je lui ai tout simplement
dit qu’on ne pouvait commencer sans qu’il
y ait eu un conseil de classe puisque j’étais
d’ailleurs délégué du personnel.
Et en tant que délégué, je devais
avoir une idée sur le budget de l’école
et signer. Mais le directeur a pris quelqu’un
d’autre qui signait à ma place. J’ai
dit à Mr Bicaba que sa gestion académique
et financière n’était pas transparente
et il a alors décidé de se venger de
nous.
C’est ainsi que lors de la grève des
élèves le 6 novembre 2006, le préfet
s’est joint au directeur pour nous menacer d’être
à la base du mouvement des élèves.
J’ai seulement fait comprendre que je ne demandais
pas une faveur de l’Etat mais que je réclamerai
toujours mon droit. Nous avons organisé par
la suite une table ronde à la préfecture
avec le maire pour régler les litiges au sein
du CEG. Malheureusement, le 19 décembre, alors
que sans avoir fait de devoirs, le directeur voulait
coller des notes arbitraires aux élèves
pour calculer les moyennes ; ces derniers sont à
nouveau partis en grève.
Radio Palabre à Koudougou a fait écho
du problème à l’époque
mais la DR du MESSRS s’est plutôt solidarisée
avec le directeur pour nous incriminer.
San
Finna : Estimez-vous qu’il y a une gestion opaque
au sein du CEG et que reprochez-vous au préfet
?
Mathieu Tenguéri : Oui il y a une
véritable gestion opaque et le préfet
est complice. Car si le préfet voulait éteindre
le feu au CEG, il lui suffisait simplement de sensibiliser
Mr Serge Bicaba afin qu’il ait une attitude
plus sociable avec les professeurs au lieu de prendre
pour argent comptant tout ce que dit le directeur.
San
Finna : Qui est le principal bailleur dans la construction
du CEG ?
Mathieu Tenguéri : La source de financement
n’a pas été clairement définie.
C’est dans les coulisses qu’on entend.
Officiellement, on dit que c’est l’effort
de tous les fils et filles du village qui a contribué
à bâtir le CEG sinon l’état
du CEG est inquiétant.
San
Finna : Est-ce qu’il y a des financements extérieurs
?
Mathieu Tenguéri : Nous n’avons
pas d’écho. Au sein de l’établissement
même, nous ne savons rien des apports extérieurs.
San
Finna : Et la subvention de l’Etat ?
Mathieu Tenguéri : Elle vient tardivement
et en tant que délégué du personnel,
je ne suis jamais informé. Mais c’est
dommage qu’au lieu de jouer son rôle,
l’économe veuille s’ingérer
dans les affaires académiques. Il y a la cantine
à l’école mais nous n’avons
jamais demandé de nous servir. Cependant, les
boîtes de sardines, l’huile se vendent
à Dassa. Les constats de détournement
de sacs de riz sont clairs.
San
Finna : Reprochez-vous quelque chose à la DR
du MESSRS qui garderait un silence coupable ?
Mathieu Tenguéri : Je lui reproche
beaucoup de choses car le DR ne prend pas au sérieux
nos problèmes et préfère donner
raison chaque fois au directeur. C’est pourquoi
j’accuse la direction régionale. J’ai
même demandé une affectation car je ne
peux pas travailler avec quelqu’un qui me traite
comme un ennemi. Je ne cours pas derrière les
heures de vacation. Je suis contre l’octroi
discriminatoire des certificats de non logement au
directeur.
San
Finna : Quelles sont les personnalités qui
ont été remercié à l’inauguration
du CEG ?
Mathieu Tenguéri : Je ne saurais les
citer sans me tromper et ce n’est pas de la
mauvaise foi. Je me rappelle qu’il a dit qu’il
s’est battu pour la réalisation de ce
CEG supposé achevé sur papier. Alors
qu’on refuse de recenser les bâtiments
puisqu’ils sont inachevés, qu’on
nous donne nos certificats de non logement.
San
Finna : Un appel ?
Mathieu Tenguéri : Je souhaite que
la direction régionale dès aujourd’hui
prenne les problèmes du CEG au sérieux
et que l’élite de la commune jette un
regard sur l’évolution du CEG. Nous n’avons
pas baissé les bras mais si ça continue,
nous nous verserons dans le laxisme du directeur.
San
Finna : Le mot de la fin ?
Mathieu Tenguéri : Merci à
San Finna qui a effectué le déplacement
jusqu’à Dassa pour connaître nos
réalités.
Firmin
Bayané, délégué des élèves
: Nous sommes de la 1ère promotion.
C’est en 4ème que nous avons eu des problèmes
avec Mr Serge Bicaba, notre directeur, qui a remplacé
notre professeur en français/anglais, Mr Mathieu
Tenguéri. Comme il n’était pas
régulier, je suis allé le voir dans
son bureau pour lui faire part des inquiétudes
des élèves. Il m’a menacé
de sortir de son bureau. En 4ème, nous n’arrivions
pas à concevoir que les élèves
de la 5ème étaient mieux que nous en
français. J’ai entrepris des démarches
chez le préfet, le bureau APE, le maire. Sans
résultats. Nous sommes donc allés en
grève devant les menaces du directeur. Une
mission de la DR du MESSRS n’a pas servi à
grand-chose.
Pour cette rentrée, il est venu lui-même
faire l’appel une fois sans les professeurs.
Nous n’avons pas d’emploi du temps. D’abord,
chaque matin, les professeurs sont là mais
il n’ y a pas de communication entre eux et
le directeur.
San
Finna : Qu’est-ce que toi, en tant que délégué
des élèves, tu attends de la DR du MESSR
?
Firmin Bayané : Je voudrais que la
DR du MESSRS nous trouve un autre directeur car si
Mr Bicaba reste, il va vouloir donner des cours alors
qu’il s’absente beaucoup. Comme nous sommes
en classe d’examen, je crains fort que notre
promotion n’échoue.
Adama
Ouédraogo