*
Juste avant la commémoration du 15 octobre
par le pouvoir, voici, à ce qu’on dit,
les paroles de vérité échappées
de la bouche de Simon Compaoré : si on donne
pas l’argent, les gens ne sortent pas ! Donc,
l’argent va sortir au moment où les sinistrés
des inondations ne comptent pratiquement que sur les
bonnes volontés individuelles ! A méditer
!
* A Taparko, le premier lingot d’or a été
coulé le 8 octobre dernier. On sait que le
groupe canadien High River Gold détient 90
% des actions contre 10 % pour l’Etat burkinabé
dans la société SOMITA qui exploite
l’or de ce site. Ce fut la fête, bien
sûr, mais il y eut comme un petit bémol.
Kader Cissé, ministre des Mines, des carrières
et de l’énergie, a dit être favorable
à la relecture de la politique minière
pour tenir compte des réalités. Est-ce
à dire que le Burkina Faso se fait rouler dans
la farine par les sociétés au vu de
textes trop avantageux pour elles au détriment
des intérêts du pays ? C’est ce
qu’on a cru comprendre et si c’était
le cas, le ministre serait dans le vrai. La question
qui se pose maintenant est celle de savoir si en haut
lieu, où on entend tout faire pour que le secteur
minier se développe (on l’a bien senti
à l’occasion de l’intervention
du PM devant l’Assemblée), on est prêt
à revoir ces textes attractifs qui justifient
cette ruée de sociétés étrangères
vers nos mines. Un vrai dilemme en perspective…
* Toujours à propos des orpailleurs, un reportage
de la chaîne France 24 diffusé ce 14
octobre, a révélé que malgré
les interdictions, les environs immédiats du
site de Poura connaissaient toujours une activité
d’orpaillage. Qu’on ne cherche pas encore
demain à situer les responsabilités,
s’il y a éboulement avec mort d’hommes
!
* Blaise Compaoré verrait un inconvénient
à ce que son frère et conseiller François
brigue sa succession : c’est ce qui ressort
de l’interview qu’il a accordée
à Jeune Afrique (n° 2439 du 7 au 13 Octobre
2007). Changement de langage par rapport à
sa conférence de presse de Kosyam du 6 septembre
dernier, au vu des commentaires négatifs ?
Ca se pourrait bien !
* Chez nous, le pouvoir a marqué un point,
il faut le reconnaître, en proposant l’idée
originale d’un timbre sur les bulletins de vote
au Togo puisque le parti au pouvoir et 3 autres petits
partis refusaient l’authentification des bulletins
par les signatures. Les timbres ont été
envoyés du Faso au Togo le jeudi passé
par un vol spécial. On n’a plus qu’à
croiser les doigts pour que tout se passe bien, et
le jour du vote et les lendemains.
* Il n’y a pas qu’en Europe qu’on
verrouille au niveau de l’immigration : en Afrique,
on n’échappe pas à cet impératif
et le dernier cas en date est celui de Madagascar.
Alors, quand on critique les conditions draconiennes
et jugées parfois racistes mises en place pour
endiguer l’immigration notamment en France,
on devrait aussi, pour faire juste mesure, ne pas
oublier que le phénomène est général
et qu’il s’applique paradoxalement même
à l’Afrique. Des pays comme le Nigeria,
le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Togo, la
Libye.. , à des degrés divers, nous
ont déjà donné des exemples où
la brutalité et l’humiliation dans les
expulsions de ressortissants de pays africains pouvaient
être plus fortes qu’à l’extérieur
du continent. C’est un peu l’exemple que
nous offre en ce moment Madagascar qui voit avec obsession,
son envahissement par des ressortissants étrangers
et notamment Comoriens. Ces derniers, notamment les
étudiants, viennent de vivre des expulsions
musclées parce qu’ils n’ont pas
été en mesure d’acquitter la somme
de plus de 100 euros réclamée au titre
de la carte de séjour.
* On parle beaucoup ces derniers temps de mouvements
au niveau de la TNB. Certaines sources qu’on
dit généralement bien informées
laissent même entendre que Pascal Thiombiano
pourrait être porté à la tête
de la « chaîne du plaisir partagé
». Si cela n’étonne pas outre mesure,
ce qui tout de même laisse dubitatif, ce sont
les raisons qu’on invoque pour justifier cette
promotion : la bourde qu’aurait commise l’actuel
patron en ne passant pas le spot des Sankaristes pour
la commémoration de leur 15 Octobre. Ca, ce
n’est pas nouveau : des partis comme le PDP/PS,
l’UNDD, le GDP.. , ont déjà eu
à requérir les services de la TNB soit
pour couvrir une manifestation soit pour passer des
spots et n’ont rencontré qu’indifférence
de leur part. Alors, on peut quelque part se dire
que si malgré tout cela (réclamations
auprès du CSC, plaintes formulées par
voie de presse), le pouvoir n’a jamais pensé
à quelque sanction que ce soit, c’est
que les services de la télé savaient
bien ce qu’ils faisaient. C’est vrai qu’il
n’est jamais trop tard de bien faire mais tout
de même !
* Les propos que Nicolas Sarkozy a tenus à
Moscou sur la justice, les droits de l’homme
et la démocratie ont fait sensation. Jugez-en
: un pays où la justice n'est pas indépendante
« n'est pas un pays libre (..).. Dans mon pays,
chaque pouvoir doit rendre des comptes, personne n'est
au-dessus des lois. C'est tellement mieux de vivre
dans une démocratie.(..) . Si la jeunesse le
veut, les droits de l'Homme seront respectés".
Ces propos viennent en droite ligne de ceux tenus
à l’Assemblée générale
des Nations Unies qui avaient déjà résonné
comme un coup de tonnerre notamment dans le ciel africain.
Il s’était écrié en effet
que la communauté internationale doit être
«"sans concession sur le respect des droits
de l'homme, la progression de l'Etat de droit, l'impératif
de la justice » et la poursuite des criminels
en Afrique. Pour lui, "Il ne s'agit pas de donner
des leçons à qui que cela soit. Il s'agit
simplement que l'on sache en Afrique, comme ailleurs,
que les assassins, un jour, seront rattrapés
et seront punis … Ceux qui assassinent en Afrique,
(...) au Liban, (...) partout dans le monde, notre
responsabilité collective est de leur dire
que nous irons les chercher là où ils
se trouvent pour rendre des comptes devant le seul
tribunal légitime, celui de l'ensemble de la
communauté internationale ». Aurait-il
de la suite dans les idées et l’Afrique
finirait-elle par reprendre le cours d’une démocratisation
plus réelle et plus durable ? C’est à
souhaiter pour lui surtout qu’en ce moment,
nombre de quotidiens français et internationaux
s’en donnent à cœur joie pour dire
qu’il n’a pas de convictions et qu’il
ne fait pas ce qu’il dit !
* Chez nous, alors que l’affaire des militaires
mécontents continue à empoisonner le
climat politique, les noms de deux Colonels reviennent
fréquemment dans les commentaires. Il s’agit
de Gilbert et de Dominique Diendéré
qui, semble-t-il, pourraient à la faveur de
cette crise, connaître quelque défaveur
parce que considérés comme gênants.
Vrai ou faux ? Nous verrons bien.
*
A deux ou trois jours de la commémoration du
15, les médias internationaux y sont allés
fort sur la bonne gouvernance compaoréenne.
La chaîne TV 5 n’a pas fait défaut
ce samedi 13 octobre, à cette campagne médiatique
générale. On peut relever deux tempéraments.
Celui du journaliste Jean-Baptiste Placca qui s’est
efforcé tant qu’il a pu de ne pas passer
aux pertes et profits, le lourd passif du régime
et celui du journaliste Antoine Glaser de La Lettre
du Continent, qui a nuancé quelque peu la peinture
en parlant de Blaise Compaoré comme d’un
« Docteur Jekyll et Mister Hyde », un
faiseur de paix comme un faiseur de guerre. Mais au
total, ce que l’on voulait faire ressortir est
ressorti : Blaise Compaoré peut et doit continuer
à conduire les Burkinabé, ces gens pragmatiques
qui n’aiment rien tant que l’ordre et
la gestion du pays telle qu’elle se pratique
! On n’a pas entendu un seul mot sur la pauvreté
croissante, l’insécurité, les
cités de l’impunité, la colère
plus qu’actuelle des militaires..
* Ce 15 Octobre sera manifestement férié
de fait. On se rend bien compte que tout a été
mobilisé pour qu’aux marches du pouvoir,
il y ait foule : l’administration sera requise
comme d’habitude, les responsables des écoles
accepteront de vider les classes pour permettre que
tout se passe comme prévu. Mais tout le monde
n’est pas dupe : on peut mobiliser sans aucun
problème les foules bien que le cœur du
peuple saigne !
*
Le ministre de l’Ecologie, du Développement
et de l’Aménagement durables en France,
Jean-Louis Borloo a dit courant septembre que le gouvernement
s’apprêtait à geler les cultures
OGM, car leur dissémination « ne peut
pas être contrôlée». Ca a
fait grand bruit. Aussitôt le ministre de l’Agriculture
Barnier, harcelé par des céréaliers
ogémistes menaçants, a recadré
les choses : rien n’est décidé,
il faudra attendre les conclusions du Grenelle sur
l’environnement et les décisions qui
s’en suivront au niveau gouvernemental. Si ça
continue, Borloo va claquer la porte ! En tout cas,
il a dit ce qu’il pense et il a l’opinion
avec lui car selon les sondages, une très grande
majorité de français sont contre les
cultures OGM.
* Justement sur le sujet, selon une dépêche
du 2 Octobre dernier de l’Agence Reuters, une
étude aurait fait ressortir ceci : «Le
seul maïs OGM autorisé en France est à
l'origine d'une ‘contamination généralisée’
du pollen et des maïs non transgéniques
». Au terme de l’étude menée
en Aquitaine, il est affirmé par Jon Harlouchet,
président de Bio d’Aquitaine que «
La coexistence entre les OGM et les cultures traditionnelles
est un mythe ». L’étude réalisée
sous contrôle d'huissier et avec l'appui de
deux laboratoires d'analyses génétiques
portait à la fois sur l'impact des OGM sur
les ruches et sur les autres cultures. Les ruches,
bien que situées dans un rayon pouvant aller
jusqu'à 3 kilomètres d'une parcelle
de maïs OGM, ont été contaminées
et les apiculteurs bio ont perdu leur label bio !
* Pour en finir sur le sujet, disons que ce n’est
pas en tout cas Jacques Attali qui sera ému
par les conclusions de Jon Harlouchet. Dans son rapport
sur les freins à la croissance française
commandé par Sarkozy, il ne passe pas par quatre
chemins pour incriminer ce sacré principe de
protection inscrit dans la constitution qui à
son sens, en viendrait même à entraver
le développement économique du pays.
Voilà qui fera plaisir aux Monsanto et autres
grandes sociétés de distribution et
qui pourrait, au moment où va s’ouvrir
le Grenelle de l’environnement, constituer une
référence autorisée pour tenter
de battre définitivement en brèche les
velléités de Borloo, applaudies par
les écologistes.
* Certains se plaignaient chez nous de la grandeur
des bulletins de vote. Eh bien, heureusement qu’ils
ne sont pas Bulgares. Là-bas, les bulletins
peuvent atteindre jusqu’à 2 mètres
de largeur ! On les verra certainement le 26 octobre
prochain lorsque les 90 partis du pays brigueront
les suffrages pour les municipales. Le Parlement dans
ce pays a décidé que tous les noms des
candidats devaient figurer sur un même bulletin,
ce qui explique ces bulletins monumentaux !
* Tertius Zongo a dit lors de sa déclaration
générale à l’Assemblée
nationale, quelque chose qui a dû quelque peu
décevoir les gens de sa région : que
la construction d’un pôle industriel textile
intégrant des unités de tricotage, de
confection et de finition se fera dans une zone franche
agro-industrielle à créer à Samendéni.
Quand on sait comment la région du Centre Ouest
a souffert avec la perte de Faso Fani, quand on se
remémore les promesses du chef de l’Etat
aux populations du Boulkiemdé pour faire revivre
comme à la belle époque, la grande usine,
c’aurait été normal que ce pôle
revienne à cette région, y laisse-t-on
entendre. Mais peut-être le PM ne voulait-il
pas qu’on l’accuse de régionalisme
après les critiques qu’on sait.
* Pascal Thiombiano, journaliste à la TNB,
semble bien avoir fait une bévue lors de son
émission Actu Hebdo, qui recevait Issa Tiendrébéogo,
et dernièrement rediffusée. Il aurait
prêté des mots pas tout à fait
exacts à Me Yaméogo, sans le citer,
en disant qu’un opposant bien connu avait comparé
Laurent Gbagbo à Kwamé N’Krumah,
Patrice Lumumba, Nelson Mandela… Dans l’entourage
de l’UNDD, on dit que si ça continue
comme ça, on finira par prêter à
Me Yaméogo l’affirmation d’avoir
comparé Gbagbo à Dieu. On dit aussi
que pour éviter que chacun étende à
son gré les comparaisons, Me Yaméogo
a saisi la TNB pour un rectificatif, avec ampliation
au CSC. Le patron de l’UNDD dit et re-confirme
qu’il compare Laurent Gbagbo à Kwamé
N’Krumah et à Patrice Lumumba pour son
patriotisme mais qu’il lui appartient à
lui seul d’allonger au besoin la liste.
* Selon le récent rapport des Nations Unies
sur la Guinée Bissau, le gouvernement et l’armée
de ce pays seraient impliqués dans le trafic
de drogue. Ce n’est pas sur ce plan le travail
qui manquera à la grande organisation ! Les
trafics dans lesquels sont mêlés les
dirigeants africains, on ne les compte plus : armes,
drogue, diamant, or, faux billets, bois.. Il faudra
plus que des rapports, du reste généralement
sans suite, pour combattre efficacement tous ces fléaux
!
* On l’a annoncé sur la « chaîne
du plaisir partagé » : Luther Ouali est
bien au Bénin. La délégation
béninoise venue au Faso pour parler entre autres
des cas « IB » et Ouali dira, concernant
ce dernier, qu’ils savent qu’il a un dossier
judiciaire sur les bras, concluant devant les caméras
: «On verra ». Qu’est-ce à
dire : qu’il pourrait bénéficier
de l’asile ou que cela sera exclu parce qu’un
jugement a été pris et est entré
en force de chose jugée ? On verra bien !
* Chez nous, on raconte que des délégués
des militaires en protestation se seraient laissés
convaincre par le pouvoir de ne pas manifester le
15 et d’attendre le mardi 16 pour être
reçus. Certaines voix même soutiennent
qu’on aurait graissé la patte de quelques-uns
pour les retourner. Toujours est-il qu’après
plusieurs rencontres, à ce qu’il paraît,
l’immense majorité des protestataires
tient ferme pour la marche du 15, remettant à
plus tard des négociations s’il y a lieu.
* Un biologiste américain, Craig Venter, vient
de réaliser un chromosome de synthèse
en laboratoire, ce qui est le « premier pas
vers la création d’une forme de vie artificielle
» selon le journal le Guardian. Cela ouvre des
possibilités extraordinaires positives comme
négatives. Si en effet, il peut en résulter
de nouveaux médicaments pour le service de
l’humanité, il peut aussi en découler
des menaces pour le monde avec la création
possible d’armes biologiques et de vies artificielles
incontrôlables.
* A Koudougou, il y aurait toujours un problème
par rapport aux tarifs des transports routiers. On
sait que les tarifs, jugés trop élevés,
avaient été revus à la baisse
: Koudougou/Ouaga par exemple était passé
de 2.000 f à 1.500 f. Mais attention, pour
s’y retrouver, les compagnies de transport ont
trouvé l’astuce : si avant, on ne payait
pas le transport d’une moto, maintenant ce sera
payant : ainsi, si quelqu’un se déplace
à Ouaga avec sa Yamaha ou JC, il payera 1.500
f pour lui-même et 1.000 f pour le transport
de sa mobylette ! Finalement, le prix sera plus élevé
pour ce genre de voyage puisqu’au lieu de payer
2.000 f, il faudra débourser 2.500 f. Les gens
ont dit « Niet » et ont marché
ce samedi 13 octobre au niveau du Théâtre
populaire ; on apprend que la police a dispersé
la foule en la menaçant avec gaz lacrymogènes
et armes au poing. Il semble que le maire était
de la partie et aurait même dit qu’au
lieu de demander la diminution du prix des billets,
les usagers devraient plutôt cotiser pour aider
les transporteurs à acquérir de nouveaux
cars. La réaction n’a pas tardé
: une déclaration a été immédiatement
rédigée qui se trouve au stade des signatures.
Une grève et marche sont annoncées.
* En attendant de revenir sur les conclusions des
différentes manifestations du 15, Ouaga résonne
déjà des extrapolations liées
à l’édiction des 12 engagements
pris par le chef de l’Etat et répercutées
à la Télé ce 14 octobre. On parle
notamment de son désir de mettre en adéquation
la constitution avec les aspirations populaires, comme
si la présente loi fondamentale n’était
pas issue du suffrage populaire. Il y a fort à
craindre qu’avec la maîtrise des procédures
électorales, la soumissions des instruments
électoraux et la bienveillance des partenaires,
la Constitution soit reprofilée, recadrée
au niveau de certaines dispositions gênantes
pour le pouvoir : limitation du mandat présidentiel,
désobéissance civile et résistance
à l’oppression…. Bref, beaucoup
en viennent à se dire que c’est un autre
coup d’Etat qui a été annoncé
à la veille de cette commémoration du
coup d’Etat du 15 Octobre 1987 par le chef de
l’Etat !