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LA
PROTESTATION DE L’ARMEE VA-T-ELLE OU NON
ALLER JUSQU’AU BOUT ?
Pour
une énième fois, la grande Muette
est gagnée par la grogne. Si contrairement
à décembre 2006, les rues des grandes
villes n’ont pas été prises
d’assaut par des militaires faisant crépiter
à tout va jusqu’à leurs armes
lourdes, ils n’en sont pas moins sortis les
mains nues, en guise d’avertissement, laissant
présager des actions plus fortes au cas où
leurs demandes ne recevraient pas satisfaction.
Et voilà l’opinion encore une fois
emballée par des controverses à n’en
plus finir. Il y en a en effet qui soutiennent que
cette nouvelle protestation n’ira pas plus
loin que les autres, le pouvoir sachant comment
calmer les aigreurs, mais il s’en trouve d’autres
qui affirment au contraire que tout laisse à
croire qu’il y a plus ici une question d’honneur
et de principes que de sous, et que ça sera
plus sérieux. Deux sons de cloche.
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| LA
GROGNE DES MILITAIRES VA ENCORE SE TERMINER EN QUEUE
DE POISSON
Depuis
quelques jours, à Ouagadougou, à Bobo-Dioulasso
(et nous annonce-t-on demain aussi à Ouahigouya,
Kaya…) les militaires donnent encore de la
voix et les imaginations s’enflamment. Ceux
qui rêvent de coup d’Etat parce qu’incapables
de s’affirmer politiquement par des élections,
se mettent à rêver à des raccourcis
mais ils risquent bien de se réveiller encore
avec la gueule de bois. Cette colère n’est
pas organisée ; elle n’est pas mobilisatrice
ni au sein de l’armée dans son ensemble
ni au sein de la population civile. Sous cet aspect
en particulier, on sait d’ailleurs que les
militaires de nos jours n’ont pas de relations
de complicité avec les civils comme du temps
des Joe Oueder (NDLR : Joseph Ouédraogo).
Ils sont plutôt tournés vers leurs
propres intérêts. Ils savent que pour
avoir fait roi ceux qui gouvernent, pour avoir partagé
leurs avantages, ils perdraient beaucoup en les
mécontentant et ils savent surtout qu’ils
seraient eux aussi appelés en cause en cas
de reddition des comptes. Alors, à chaque
fois qu’ils sont mécontents, ils se
bougent, on les satisfait mais après, ils
rentrent dans le rang. Ca a toujours été
comme ça et il n’y a pas de raison
que ça change. D’ailleurs, ils n’ont
pas manqué de mettre les pendules à
l’heure en précisant bien qu’ils
n’ont rien à voir avec les civils,
qu’ils n’ont rien contre le régime
et encore moins contre Blaise Compaoré, lequel,
ont-ils précisé, peut rester jusqu’à
la fin de sa vie au pouvoir si ça lui chante
! C’est pour dire qu’il ne faut pas
rêver. Ce dont il est question ici, ce sont
uniquement des demandes catégorielles, sans
plus. D’ailleurs, s’il venait même
à l’esprit de ces militaires (qui ne
sont déjà quasiment plus des militaires
puisqu’à deux mois de la retraite)
de vouloir protester plus vigoureusement comme en
décembre 2006, ils ne pourraient plus sortir
comme à la parade car on voit bien que les
dispositions ont été prises pour que
la discipline et l’ordre soient maintenus.
Les protestataires en ont si conscients qu’ils
sont sortis les mains nues. Alors, il faut se garder
de prendre pour argent comptant ces mises en garde
tonitruantes du genre « il n’y aura
pas de fête le 15 Octobre si nous ne sommes
pas satisfaits ». Tout ça, c’est
du « bluff » : il y aura bel et bien
le 15 commémoré non seulement du côté
des Sankaristes mais aussi du côté
du pouvoir. Il vaut mieux se le dire dès
maintenant et ne pas croire au Père Noël.
TOMI.
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LA
GROGNE DES MILITAIRES EST VRAIMENT PARTIE POUR FAIRE
MOUCHE
A
ceux qui rigolent en ce moment, jurant que les militaires
se feront une fois de plus acheter et qu’ils
retourneront tranquillement dans leurs casernes
dès que leur « gombo » leur sera
distribué, on peut conseiller d’être
moins assuré. Il y a de nombreux signes qui
incitent plutôt à ne pas avoir de jugement
définitif et méprisant. La demande
principale sur laquelle se fonde actuellement la
contestation des militaires est globale parce qu’elle
s’attache à la carrière des
militaires. Quand on parle de carrière, on
ne vise pas un intérêt particulier
mais l’intérêt de tous. Ceux
qui sont à la porte de la retraite demandent
qu’on prenne en considération le nombre
total d’années qu’ils ont passées
dans l’armée pour calculer leur retraite
: 26 ans et non pas 23 ans. Ils demandent aussi
à être catégorisés, à
avoir un statut bien précis. Il s’agit
ici, on le voit bien, d’une demande qui intéresse
tout le monde, ceux qui sont déjà
partis, ceux qui sont sur le point de partir et
ceux qui partiront tôt ou tard. On comprend
alors que la chose soit sérieuse, qu’elle
mobilise. Il y a aussi l’expérience
des actions passées qui ont tourné
court et souvent fait passer les militaires pour
des gens déconnectés du peuple, usant
égoïstement de leurs armes pour satisfaire
leurs exigences alors que les civils qui connaissent
les mêmes problèmes, sont neutralisés.
Pour une question de crédit et d’honneur,
ils ne voudront pas cette fois-ci, jeter le manche
après la cognée. Ils le feront d’autant
moins qu’ils connaissent la situation de désespérance
dans laquelle se trouve le peuple burkinabé
et ses structures organisées. Rien ne peut
venir des partis, des syndicats, des mouvements
de droits de l’homme…, tout est verrouillé,
d’autant plus verrouillé qu’avec
les appuis politiques, diplomatiques, médiatiques,
financiers, le pouvoir a forcé à partir
de l’extérieur, une légitimité
surfaite mais à toute épreuve. Seuls
les militaires peuvent donner de la voix, faire
peur, pour que les choses changent. Enfin, même
si les contestataires sont sur le départ,
il y a des militaires qui se sont identifiés
comme leaders dénonçant haut et fort
leurs conditions ; on peut dire qu’ils sont
quasiment entrés en sédition. Et comme
on dit ici, lorsque tu attrapes la queue du lion,
il faut prendre garde à ne pas la lâcher
sinon tu es mort. Enfin, le fait que le pouvoir,
après avoir balancé un communiqué
pour menacer les militaires en disant que rien ne
serait concédé, négocie finalement
et c’est donc qu’il a peur. Pour toutes
ces raisons, on peut parier que la grogne ira crescendo.
TOZI.
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