Mise à jour le 14/10/2007
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San Finna N°435 du 15 au 21 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

LA PROTESTATION DE L’ARMEE VA-T-ELLE OU NON
ALLER JUSQU’AU BOUT ?

Pour une énième fois, la grande Muette est gagnée par la grogne. Si contrairement à décembre 2006, les rues des grandes villes n’ont pas été prises d’assaut par des militaires faisant crépiter à tout va jusqu’à leurs armes lourdes, ils n’en sont pas moins sortis les mains nues, en guise d’avertissement, laissant présager des actions plus fortes au cas où leurs demandes ne recevraient pas satisfaction. Et voilà l’opinion encore une fois emballée par des controverses à n’en plus finir. Il y en a en effet qui soutiennent que cette nouvelle protestation n’ira pas plus loin que les autres, le pouvoir sachant comment calmer les aigreurs, mais il s’en trouve d’autres qui affirment au contraire que tout laisse à croire qu’il y a plus ici une question d’honneur et de principes que de sous, et que ça sera plus sérieux. Deux sons de cloche.

LA GROGNE DES MILITAIRES VA ENCORE SE TERMINER EN QUEUE DE POISSON

Depuis quelques jours, à Ouagadougou, à Bobo-Dioulasso (et nous annonce-t-on demain aussi à Ouahigouya, Kaya…) les militaires donnent encore de la voix et les imaginations s’enflamment. Ceux qui rêvent de coup d’Etat parce qu’incapables de s’affirmer politiquement par des élections, se mettent à rêver à des raccourcis mais ils risquent bien de se réveiller encore avec la gueule de bois. Cette colère n’est pas organisée ; elle n’est pas mobilisatrice ni au sein de l’armée dans son ensemble ni au sein de la population civile. Sous cet aspect en particulier, on sait d’ailleurs que les militaires de nos jours n’ont pas de relations de complicité avec les civils comme du temps des Joe Oueder (NDLR : Joseph Ouédraogo). Ils sont plutôt tournés vers leurs propres intérêts. Ils savent que pour avoir fait roi ceux qui gouvernent, pour avoir partagé leurs avantages, ils perdraient beaucoup en les mécontentant et ils savent surtout qu’ils seraient eux aussi appelés en cause en cas de reddition des comptes. Alors, à chaque fois qu’ils sont mécontents, ils se bougent, on les satisfait mais après, ils rentrent dans le rang. Ca a toujours été comme ça et il n’y a pas de raison que ça change. D’ailleurs, ils n’ont pas manqué de mettre les pendules à l’heure en précisant bien qu’ils n’ont rien à voir avec les civils, qu’ils n’ont rien contre le régime et encore moins contre Blaise Compaoré, lequel, ont-ils précisé, peut rester jusqu’à la fin de sa vie au pouvoir si ça lui chante ! C’est pour dire qu’il ne faut pas rêver. Ce dont il est question ici, ce sont uniquement des demandes catégorielles, sans plus. D’ailleurs, s’il venait même à l’esprit de ces militaires (qui ne sont déjà quasiment plus des militaires puisqu’à deux mois de la retraite) de vouloir protester plus vigoureusement comme en décembre 2006, ils ne pourraient plus sortir comme à la parade car on voit bien que les dispositions ont été prises pour que la discipline et l’ordre soient maintenus. Les protestataires en ont si conscients qu’ils sont sortis les mains nues. Alors, il faut se garder de prendre pour argent comptant ces mises en garde tonitruantes du genre « il n’y aura pas de fête le 15 Octobre si nous ne sommes pas satisfaits ». Tout ça, c’est du « bluff » : il y aura bel et bien le 15 commémoré non seulement du côté des Sankaristes mais aussi du côté du pouvoir. Il vaut mieux se le dire dès maintenant et ne pas croire au Père Noël.




TOMI.

LA GROGNE DES MILITAIRES EST VRAIMENT PARTIE POUR FAIRE MOUCHE

A ceux qui rigolent en ce moment, jurant que les militaires se feront une fois de plus acheter et qu’ils retourneront tranquillement dans leurs casernes dès que leur « gombo » leur sera distribué, on peut conseiller d’être moins assuré. Il y a de nombreux signes qui incitent plutôt à ne pas avoir de jugement définitif et méprisant. La demande principale sur laquelle se fonde actuellement la contestation des militaires est globale parce qu’elle s’attache à la carrière des militaires. Quand on parle de carrière, on ne vise pas un intérêt particulier mais l’intérêt de tous. Ceux qui sont à la porte de la retraite demandent qu’on prenne en considération le nombre total d’années qu’ils ont passées dans l’armée pour calculer leur retraite : 26 ans et non pas 23 ans. Ils demandent aussi à être catégorisés, à avoir un statut bien précis. Il s’agit ici, on le voit bien, d’une demande qui intéresse tout le monde, ceux qui sont déjà partis, ceux qui sont sur le point de partir et ceux qui partiront tôt ou tard. On comprend alors que la chose soit sérieuse, qu’elle mobilise. Il y a aussi l’expérience des actions passées qui ont tourné court et souvent fait passer les militaires pour des gens déconnectés du peuple, usant égoïstement de leurs armes pour satisfaire leurs exigences alors que les civils qui connaissent les mêmes problèmes, sont neutralisés. Pour une question de crédit et d’honneur, ils ne voudront pas cette fois-ci, jeter le manche après la cognée. Ils le feront d’autant moins qu’ils connaissent la situation de désespérance dans laquelle se trouve le peuple burkinabé et ses structures organisées. Rien ne peut venir des partis, des syndicats, des mouvements de droits de l’homme…, tout est verrouillé, d’autant plus verrouillé qu’avec les appuis politiques, diplomatiques, médiatiques, financiers, le pouvoir a forcé à partir de l’extérieur, une légitimité surfaite mais à toute épreuve. Seuls les militaires peuvent donner de la voix, faire peur, pour que les choses changent. Enfin, même si les contestataires sont sur le départ, il y a des militaires qui se sont identifiés comme leaders dénonçant haut et fort leurs conditions ; on peut dire qu’ils sont quasiment entrés en sédition. Et comme on dit ici, lorsque tu attrapes la queue du lion, il faut prendre garde à ne pas la lâcher sinon tu es mort. Enfin, le fait que le pouvoir, après avoir balancé un communiqué pour menacer les militaires en disant que rien ne serait concédé, négocie finalement et c’est donc qu’il a peur. Pour toutes ces raisons, on peut parier que la grogne ira crescendo.


TOZI.

Citation de la semaine

«Nicolas Sarkozy est un très bon avocat et il a une rhétorique extrêmement maîtrisée mais il me semble qu'il est menacé par une chose (....) la démesure - je vais employer un mot plus doux : la griserie.»

Lionel Jospin






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