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San Finna N°436 du 22 au 28 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

ELECTIONS DISPUTEES AU TOGO
ENTRE CEUX QUI PLEURENT ET CEUX QUI RIENT,
CEUX QUI RESTENT INTERROGATIFS SUR L’AVENIR

Ces fameuses élections togolaises ont eu lieu la semaine dernière. Il y a comme à l’issue de toute consultation électorale, ceux qui se réjouissent et ceux qui se lamentent, sauf qu’ici il s’agit du Togo. De ce Togo qui depuis 17 ans, n’a pas connu véritablement d’élections disputées engageant tous les protagonistes et selon des modalités acceptées par tous ; ce Togo qui pendant 17 ans, fait exceptionnel, a subi de la part de la communauté internationale et spécifiquement de l’Union européenne, des sanctions pour déficit démocratique ; ce Togo qui a connu il y a deux ans des élections sanglantes à la suite d’une succession au pouvoir cabalistique qui a posé des problèmes de conscience au-delà du pays, à la communauté internationale ; ce Togo enfin qui a bénéficié de la facilitation de Blaise Compaoré avec l’accord de tous les protagonistes et de toute la communauté internationale qui a pu faciliter des élections menées jusqu’à leur conclusion sans anicroches avec la compétition de toutes les parties.

Mais voilà : ce qui était annoncé comme le grand nouveau départ devant mettre fin à la quarantaine du pays, soulève quelques craintes qui ne sont pas à négliger.

Soulignons d’abord que le contexte a quelque peu évolué au plan national, sous régional comme international et qu’il est surtout marqué par la lassitude de la confrontation, par le désir général d’apaisement et de désengagement de la communauté internationale de la politique de sanctions. Mais soulignons aussi qu’ayant estimé devoir monter au créneau pour déclarer que les élections ont été transparentes, consensuelles, bien organisées avant même la proclamation provisoire et partielle des résultats, avant même la réaction des parties prenantes (majorité/opposition), les observateurs internationaux n’ont pas été bien avisés. Le Pays l’a relevé : « Il y a comme une logique non écrite selon laquelle le RPT doit remporter les législatives aujourd'hui et, demain, la présidentielle, pour assurer la continuité – gage, selon certains, de stabilité ». La communauté internationale a joué de précipitation et s’expose à des suspicions d’autant que l’opinion reste partagée après ce scrutin.

CEUX QUI RIENT

Le RPT a fêté avec force sa victoire, avant même la proclamation définitive des résultats, au vu de sa majorité absolue déjà obtenue. Les tamtams étaient de la partie dans les rues de Lomé et ailleurs.

Et les commentaires vont bon train. « Enseignant dans un lycée de Lomé, M. Grégoire Pally trouve que le RPT n'a jamais fraudé, même au cours des élections précédentes. "Face au satisfecit général des observateurs, moi je comprends qu'il y a eu transparence et équité. Mon analyse est que le RPT a toujours remporté les scrutins même par le passé et dire que ce parti a toujours fraudé est une accusation gratuite", affirme-t-il » (Intelink du 19/10/07).

Pascal Bodjona, le Directeur de cabinet de Faure Gnassingbé, membre du bureau politique du RPT, dira à la Radio mondiale : «Tous les observateurs du scrutin ont eu une appréciation positive... Et tout le monde sait que les membres de la Cour constitutionnelle sont des personnalités respectables, qui ont une notoriété dans le pays.»

Les partisans du pouvoir, allant même jusqu’à moquer l’opposition en général et l’UFC en particulier d’avoir eu le tort de sous estimer la portée du mode de scrutin qui a aidé le RPT mais ceci dans la légalité. Pour eux, l’opposition devait se plaindre au facilitateur et autres de ce mode de scrutin qui permettait par exemple que la région de Kara ait 16 sièges avec 368. 867 électeurs alors que la région maritime n’en aurait seulement que 21 avec 1.277.253 électeurs. Certains d’entre eux, pince sans rire, vont même jusqu’à dire que l’opposition aurait dû exiger le report des élections d’une semaine pour permettre de transmettre les timbres dans tout le pays. Bref, l’opposition n’a qu’à s’en prendre à elle-même !

Le RPT est appuyé par la communauté internationale qui, dans son ensemble, s’est félicitée du bon déroulement de la campagne, de la transparence et de la loyauté du scrutin. Ainsi, la CEDEAO affirme dans un communiqué que « Les élections législatives de dimanche au Togo ont été "libres" et "transparentes", l’Organisation de la Francophonie qui dit que tout s’est bien passé, appuyé dans ce sens par l’Union européenne.

CEUX QUI PLEURENT

Mais il y en a qui, reprenant la formule, disent « tout ça pour rien » !

Par exemple, le Groupe de Réflexion et d’Action pour le Dialogue, la Démocratie et le Développement (GRAD), qui a suivi toute l’organisation des élections, le déroulement du scrutin et la proclamation des résultats partiels et provisoires, a émis un doute sur les résultats : «Vu le mode de scrutin adopté, la proportionnelle des restes à la plus forte moyenne, le GRAD est surpris qu’une majorité plus qu’absolue soit dégagée en faveur d’un seul parti ». Il s’interroge aussi «sur le nombre élevé de bulletins de vote annulés » et « interpelle la CENI afin qu’elle trouve rapidement une solution à ce problème »

La Diaspora togolaise en France a sorti une déclaration dont voici quelques extraits : « Avec près de 95% de participation et plus de quatre jours pour sortir des résultats fabriqués grâce à un système bien rôdé avec le Burkina-Faso agissant en sous-traitance pour le compte d’intérêts privés connaissant les arcanes de l’Union européenne et certains réseaux peu recommandables français, le Gouvernement togolais a réussi pour la ènième fois le tour de force d’inverser les résultats des élections ». (sur le site www.togolais.com, le 20/10/07).

Mr Dahuku Péré, ancien président de l’Assemblée nationale togolais, est allé plus loin en déclarant tout de go à l’agence APA : « A l’allure des résultats, nous sommes obligés de dire que la communauté internationale nous a trompés.. (..) Nous croyions qu’il y avait une vraie volonté de la communauté internationale d’aider le Togo et les Togolais mais ce n’est pas vrai », a déplore M. Péré qui dit douter de la qualité des élections…(..) Je sais maintenant qu’elle a été mal faite, piégée et téléguidée vers un résultat ».

Quant au Mouvement patriotique du 5 octobre (MO 5), il conteste vigoureusement, les résultats provisoires du scrutin législatif du 14 octobre et appelle à la contestation par des marches et autres manifestations : « Ces résultats sortis du laboratoire du parti au pouvoir RPT sont inacceptables, et constituent une insulte au peuple togolais. En effet, contrairement à ces résultats, le grand vainqueur de ce scrutin est l’UFC ! »

A l’UFC aussi bien sûr, on stigmatise notamment ceci les « achats massifs des cartes d’électeurs avant le scrutin, les urnes non scellées, la pénurie de timbres d’authentification des bulletins de vote par rétention et soustraction, l’usage abusif de procuration surtout dans la partie septentrionale du pays, la rétention des procès-verbaux, le dépouillement à huis clos dans certains bureaux de vote, les annulations intentionnelles, injustifiées et massives de bulletins votés UFC sur toute l’étendue du territoire », pour ne citer que cela.

Le patron du parti n’est pas non plus loin de soupçonner, comme Péré, la communauté internationale de ne pas être franche du collier : «Je ne sais pas ce qu’ils ont en tête », dira Gilchrist Olympio sur la position des patrons de la communauté internationale !

Si avec 23 élus (il reste 5 sièges non encore répartis) que le parti a obtenus pour le moment, on comptait emporter son adhésion à l’élection, apparemment ce n’est pas gagné. Le parti s’estime déjà lésé de 10 ou 12 sièges, en réclame la restitution mais aussi le recomptage, un audit sur tout le scrutin et pour cela, en appelle à les marches, des dénonciations..

CEUX QUI RESTENT INTERROGATIFS

La situation en amène beaucoup, au-dedans comme au dehors du pays, à se poser des questions. Touchons du bois pour que les choses ne se gâtent pas ! Ils se demandent : le RPT va-t-il, avec l’aide de la facilitation, trouver des formules de compromis ultimes (large ouverture du gouvernement, premier Ministère à l’UFC, reprise des élections dans certaines circonscriptions ..) ? Le RPT va-t-il continuer seul avec le CAR et la CDPA.., puisque ces partis d’opposition ont apparemment reconnu le scrutin même en assortissant leur reconnaissance de quelques critiques ? Ou bien va-t-on finalement, d’intransigeance en intransigeance, se retrouver malgré les postures pacifiques, dans les affrontements violents du passé avec les cohortes de morts, de réfugiés au Bénin, au Ghana.. ?

Que va décider Gilchrist Olympio, dont on sent ici qu’il joue comme dans un drame, toute une vie mise au service d’une cause ? Acceptera-t-il à la faveur d’un recomptage des voix, qui favorise une redistribution des cartes, d’enterrer la hache de guerre, surtout si à l’issue du nouveau décomptage, aucune des deux formations n’ayant la majorité absolue se trouve obligée de compter avec les autres partis ?

Les marges sont trop étroites pour lui. Dira-t-il « pouce » pour accepter un poste de premier Ministre comme pis-aller ? Va-t-il entrer à moitié dans le jeu en laissant le premier Ministère à un de ses lieutenants et se tenir toujours en réserve, avec dignité ou bien, restera-t-il sur la ligne dure en décidant d’engager son parti et tous les élus, dans la résistance absolue ?

Même si au niveau médiatique et diplomatique, on sent manifestement une volonté de ne pas donner d’ampleur au mécontentement interne, ce sont là des questions qui préoccupent en interne comme en externe.

VT






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