MARIAM
SANKARA DE RETOUR AU PAYS
L’ESPERANCE RESSUSCITEE POUR TOUS ?
Il
y a comme un consensus au lendemain de la double célébration
du 15 octobre : Mariam Sankara a ravi la vedette à
tous. Nous évoquions par avance, dans notre édition
du 1er au 7 Octobre 2007, l’impact que pourrait
produire sa venue ou celle de ses enfants : "Quel
formidable pied de nez à l’histoire si
en effet, en venant ce 15 octobre, ils (NDLR : les héritiers
de Thomas Sankara) allumaient la mèche. Voilà
qui rétablirait en quelque sorte les héritiers
légitimes dans leurs droits, voilà qui
aurait la vertu de mettre un terme à la dispersion
du mouvement sankariste et qui pourrait préparer,
sinon un retour de l’Ile d’Elbe, une sorte
de répétition à la Peron".
On ne pensait pas si bien dire !
Si on sentait bien que quelque chose se produirait si
elle et/ou ses fils foulaient le sol national dans l’ambiance
surexcitée du moment où les duellistes
Sankaristes et Compaoristes s’apprêtaient
à s’affronter, la participation finalement
confirmée de Mariam Sankara n’était
pas vraiment perçue dans toute sa dimension,
par tous. On voyait la venue de cette dernière
surtout comme un accommodement, comme la « cerise
sur le gâteau » alors qu’elle était,
et la cerise, et le gâteau !
Voilà trois jours qu’elle est partie du
Burkina et la forte impression qu’elle a produit
n’en finit pas de répandre ses ondes et
de poser bien de questions existentielles, ici et là.
On réalise qu’elle était en vérité,
l’âme ignorée d’une résurgence
du sankarisme, le foyer incandescent d’une conversion
du mouvement de protestation du 15 Octobre en nouvelle
révolution. Elle a donné du corps au rêve
par l’essai réussi de sa venue, et naturellement
on se met à rêver qu’elle transforme
cet essai.
En la voyant faire l’unanimité autour de
sa personne et endosser si naturellement le leadership,
beaucoup ont succombé à des évocations.
Il y avait en elle quelque chose de Thomas Sankara dans
sa façon de lever le poing, de remettre au goût
du jour l’appellation « camarade »
; et cette cohue autour d’elle, toute vêtue
de Faso Dan Fani qu’elle portait altière
comme à la « belle époque »,
renvoyait fortement à son icône de mari.
Pour dire vrai, la plus célèbre veuve
du Faso a senti le déclic.
A Jeune Afrique, qui lui a posé la question de
savoir si le sankarisme est toujours une force, elle
répond : « C’est un modèle
de société. Beaucoup de gens regrettent
Sankara et se disent que s’il était là,
les choses iraient mieux » (JA du 14 Octobre 2007).
Cette force de ralliement et d’espérance
qui émane d’elle, l’Observateur Paalga,
à sa façon, le reconnaît, avec ce
titre évocateur « Standing ovation pour
Mariam » à la Une de son édition
du mardi 16 Octobre passé.
Le Journal du jeudi du 18 Octobre 2007, sous le titre
évocateur pour tous « Mariam Sankara ravit
la vedette à tous », est plus explicite,
qui relève ceci : « Mariam Sankara
semble être la seule à faire l’unanimité
sur son nom et elle peut, de ce fait, songer à
un destin politique au Faso. L’accueil triomphal
qui lui a été réservé en
dit long sur le capital de confiance que certaines couches
de la société lui accordent. La jeunesse,
en particulier, semble prête à la suivre.
Aux yeux de celle-ci, elle est l’incarnation du
mythe Thomas Sankara. Il n’est donc pas exagéré
d’affirmer que Mariam Sankara a effectué
un séjour fructueux au Faso ».
C’est le même sentiment partagé jusque
dans les cercles de la mouvance présidentielle
même si on se garde bien de le dire haut et fort.
En venant au Burkina Faso, Mariam Sankara était
loin de réaliser ce qu’elle trouverait,
ce qu’elle provoquerait. Elle l’avouera
plusieurs fois. Ainsi à RFI, elle confie, très
émue : « Je ne m'attendais pas à
une telle mobilisation, j'étais vraiment surprise
et agréablement ». Pour dire vrai, elle
a ébranlé l’assurance tranquille
d’un pouvoir qui a toujours misé sur l’antagonisme
des forces de l’opposition, sur la satellisation
du mouvement sankariste, les querelles intestines et
les inimitiés lourdes entre leaders, pour tirer
son épingle du jeu. Mariam Sankara a changé
la perspective en montrant qu’il est possible
de transcender les clivages dans l’opposition,
les fractionnements dans le mouvement sankariste. Avec
elle, la politique de « diviser pour régner
» peut prendre de l’eau si elle mesure à
sa juste valeur la nature et les implications de la
mobilisation qu’elle a suscitées.
Il y avait, pour la recevoir, la famille sankariste.
Parce qu’elle représente avec ses enfants,
l’héritage incontestable qu’ils ont
su préserver en s’imposant une certaine
discipline, elle peut si elle le veut vraiment, réunir
les Sankaristes, mettre fin aux manipulations dont on
les accusait, à leurs sempiternelles querelles
qui tendaient à tourner le sankarisme en caricature.
Il y avait aussi pour la recevoir, des militants de
bien d’autres partis d’opposition, des mécontents,
des « sans-culottes », des oubliés
de la croissance, qui ont trouvé dans l’évènement,
une occasion de crier leur ras le bol.
Il y avait, pour l’accueillir, l’escorter
jusqu’au cimetière, une jeunesse sans partis,
sans expérience, gorgée de la légende
de celui qui a lutté contre l’oppression
et qui a su porter haut ses rêves.
Mariam Sankara, au bout du compte, n’a pas seulement
occupé la scène et ravi la vedette aux
différents leaders sankaristes ; elle a surtout
volé la tête d’affiche aux Compaoristes.
Comment ? Par la qualité de la mobilisation qu’elle
a provoquée et par l’incarnation incontestable
du symbole de la renaissance, qui était beaucoup
plus visible du côté de Dagnoen que du
côté de Kosyam.
Si elle sait, à la lumière de cette donne,
revisiter le sankarisme comme les communistes l’ont
fait du marxisme-léninisme à la chute
du Mur de Berlin pour l’inscrire dans la temporalité
démocratique respectueuse des libertés
individuelles et fondamentales, elle provoquera un «
tsunami » politique. Plus encore, elle provoquera
les conditions, non pas d’une révolution
démocratique et populaire, mais d’une révolution
nationale refondatrice de la démocratie !
La Rédaction