POINT
DE VUE
LA FEMME EST-ELLE TOUJOURS L’AVENIR DE L’HOMME
DANS UNE CHINE EN PLEIN BOULEVERSEMENT ?
C’est
en Chine que les femmes se suicident le plus dans
le monde. La femme, qui souffre aussi du chômage,
peine à prendre ses marques dans la société
chinoise contemporaine. Cette situation n’est
pas sans risque pour la République Populaire
de Chine et il serait bon de trouver une solution
à ce problème rapidement afin d’éviter
un drame démographique et culturel.
Selon
l’Organisation Mondiale de la Santé,
le suicide fait 500 victimes féminines
par jour en Chine et ce phénomène
concerne aussi bien les femmes vivant en ville
que celles vivant en milieu rural. Les statistiques
sont sans appel : le suicide est la première
cause de mortalité chez les femmes de 15-34
ans dans le pays.
La première cause de ce taux de suicide
record est sans aucun doute les discriminations
que subissent les femmes chinoises. Dès
leur plus jeune âge, les femmes doivent
se battre pour prouver qu’elles sont aussi
capables que les hommes. Le résultat est
que 60% des étudiants sont des étudiantes
dans ce grand pays alors que le taux de chômage
des femmes diplômées est beaucoup
plus élevé que celui des hommes
diplômés.
Hélas, l’Etat Chinois ne semble pas
être conscient de l’ampleur du problème
puisqu’il affiche clairement sa préférence
pour les hommes. Illustrons ce propos par un exemple
parmi tant d’autres. Lorsque les représentants
de la sécurité nationale passent
dans les classes universitaires de langues, ils
affirment sans honte que les garçons auront
un poste alors que les filles devront être
sélectionnées sur dossiers puis
subir des entretiens pour un emploi de fonctionnaire
au sein de ce ministère.
Dans le secteur privé, il en va de même
: les femmes sont victimes de discriminations
sexuelles et il n’est pas rare de rencontrer
des étudiantes possédant un diplôme
universitaire très demandé qui s’inquiètent
de leur avenir car elles ne trouvent pas d’emploi.
En ce qui concerne les femmes sans diplôme,
la situation n’est guère plus glorieuse
: les estimations font état de plus 100
millions de chômeuses en milieu rural. Cette
situation précarise inévitablement
la femme et, dans les salons de massage ou les
karaokés, les prostituées se font
de plus en plus nombreuses. Ces femmes voient
la prostitution comme le seul moyen d’échapper
à leur pauvreté et il y aurait 200
à 300 000 prostituées dans la seule
ville de Pékin.
Autre cause de ce dramatique taux de suicide :
la pression sociale. En campagne comme en ville,
cette dernière est un facteur déterminant
dans le suicide des femmes. Les femmes, qui ont
la charge du foyer, se doivent d’être
parfaites puisqu’elles mettront au monde
l’unique représentant de la famille
considéré comme un véritable
trésor. De plus, elles seront tenues pour
responsable de tous les échecs qui pourraient
advenir dans la vie de cet enfant roi. En se suicidant,
les femmes échappent à leurs problèmes
et obtiennent la liberté à laquelle
elles aspirent.
Pour comprendre l’énorme responsabilité
que représente un enfant en Chine, il est
bon de revenir sur l’une des politiques
d’ouverture du Parti communiste intitulée
«Politique de l’enfant unique ».
Cette politique de 1979 visait à endiguer
le fort accroissement naturel du pays. Elle ne
permet aux familles chinoises de n’avoir
qu’un seul enfant. Certaines familles sont
cependant autorisées à avoir un
deuxième enfant (en payant des taxes ou
si leur premier enfant est atteint de maladie
; les paysans ont aussi le droit d’avoir
un deuxième enfant si leur premier enfant
est une fille) mais la règle reste très
stricte et y déroger n’est pas sans
complications.
Par ailleurs cette politique a de nombreux effets
pervers et c’est, une fois encore, la femme
qui en est la victime. Depuis 1979, le nombre
d’infanticide des petites filles et d’avortements
sélectifs a explosé. Puisque les
familles ne sont autorisées à n’avoir
qu’un enfant, elles choisissent d’avoir
un garçon (qui portera le nom de la famille)
plutôt qu’une fille qui partira lorsqu’elle
sera en âge de se marier. Bien qu’il
soit très difficile d’avoir des statistiques
fiables à ce sujet (surtout quand on se
trouve en Chine), on peut estimer qu’il
y avait 118 garçons pour 100 filles en
2005 en Chine !
Le suicide des jeunes femmes et l’écart
démographique entre hommes et femmes finiront
immanquablement par porter préjudices à
l’homme. En effet, il est estimé
que, d’ici à 2020, l’excédent
de jeunes hommes entre 20 et 30 ans en République
Populaire de Chine sera supérieur à
toute la population féminine de Taiwan
(soit 30 millions d'hommes de plus que de femmes).
Cette situation conduira inévitablement
à la délinquance, à la dépression
voire au suicide des hommes. Alors si l’homme
chinois ne se rend pas très vite compte
que son avenir dépend de la femme, la société
chinoise pourrait finir par le payer très
cher.
Pauline
Renault
de Pékin
(et ayant résidé au Faso)