Mise à jour le 21/10/2007
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San Finna N°436 du 22 au 28 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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POINT DE VUE
LA FEMME EST-ELLE TOUJOURS L’AVENIR DE L’HOMME DANS UNE CHINE EN PLEIN BOULEVERSEMENT ?

C’est en Chine que les femmes se suicident le plus dans le monde. La femme, qui souffre aussi du chômage, peine à prendre ses marques dans la société chinoise contemporaine. Cette situation n’est pas sans risque pour la République Populaire de Chine et il serait bon de trouver une solution à ce problème rapidement afin d’éviter un drame démographique et culturel.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, le suicide fait 500 victimes féminines par jour en Chine et ce phénomène concerne aussi bien les femmes vivant en ville que celles vivant en milieu rural. Les statistiques sont sans appel : le suicide est la première cause de mortalité chez les femmes de 15-34 ans dans le pays.

La première cause de ce taux de suicide record est sans aucun doute les discriminations que subissent les femmes chinoises. Dès leur plus jeune âge, les femmes doivent se battre pour prouver qu’elles sont aussi capables que les hommes. Le résultat est que 60% des étudiants sont des étudiantes dans ce grand pays alors que le taux de chômage des femmes diplômées est beaucoup plus élevé que celui des hommes diplômés.

Hélas, l’Etat Chinois ne semble pas être conscient de l’ampleur du problème puisqu’il affiche clairement sa préférence pour les hommes. Illustrons ce propos par un exemple parmi tant d’autres. Lorsque les représentants de la sécurité nationale passent dans les classes universitaires de langues, ils affirment sans honte que les garçons auront un poste alors que les filles devront être sélectionnées sur dossiers puis subir des entretiens pour un emploi de fonctionnaire au sein de ce ministère.

Dans le secteur privé, il en va de même : les femmes sont victimes de discriminations sexuelles et il n’est pas rare de rencontrer des étudiantes possédant un diplôme universitaire très demandé qui s’inquiètent de leur avenir car elles ne trouvent pas d’emploi.

En ce qui concerne les femmes sans diplôme, la situation n’est guère plus glorieuse : les estimations font état de plus 100 millions de chômeuses en milieu rural. Cette situation précarise inévitablement la femme et, dans les salons de massage ou les karaokés, les prostituées se font de plus en plus nombreuses. Ces femmes voient la prostitution comme le seul moyen d’échapper à leur pauvreté et il y aurait 200 à 300 000 prostituées dans la seule ville de Pékin.

Autre cause de ce dramatique taux de suicide : la pression sociale. En campagne comme en ville, cette dernière est un facteur déterminant dans le suicide des femmes. Les femmes, qui ont la charge du foyer, se doivent d’être parfaites puisqu’elles mettront au monde l’unique représentant de la famille considéré comme un véritable trésor. De plus, elles seront tenues pour responsable de tous les échecs qui pourraient advenir dans la vie de cet enfant roi. En se suicidant, les femmes échappent à leurs problèmes et obtiennent la liberté à laquelle elles aspirent.

Pour comprendre l’énorme responsabilité que représente un enfant en Chine, il est bon de revenir sur l’une des politiques d’ouverture du Parti communiste intitulée «Politique de l’enfant unique ». Cette politique de 1979 visait à endiguer le fort accroissement naturel du pays. Elle ne permet aux familles chinoises de n’avoir qu’un seul enfant. Certaines familles sont cependant autorisées à avoir un deuxième enfant (en payant des taxes ou si leur premier enfant est atteint de maladie ; les paysans ont aussi le droit d’avoir un deuxième enfant si leur premier enfant est une fille) mais la règle reste très stricte et y déroger n’est pas sans complications.

Par ailleurs cette politique a de nombreux effets pervers et c’est, une fois encore, la femme qui en est la victime. Depuis 1979, le nombre d’infanticide des petites filles et d’avortements sélectifs a explosé. Puisque les familles ne sont autorisées à n’avoir qu’un enfant, elles choisissent d’avoir un garçon (qui portera le nom de la famille) plutôt qu’une fille qui partira lorsqu’elle sera en âge de se marier. Bien qu’il soit très difficile d’avoir des statistiques fiables à ce sujet (surtout quand on se trouve en Chine), on peut estimer qu’il y avait 118 garçons pour 100 filles en 2005 en Chine !

Le suicide des jeunes femmes et l’écart démographique entre hommes et femmes finiront immanquablement par porter préjudices à l’homme. En effet, il est estimé que, d’ici à 2020, l’excédent de jeunes hommes entre 20 et 30 ans en République Populaire de Chine sera supérieur à toute la population féminine de Taiwan (soit 30 millions d'hommes de plus que de femmes). Cette situation conduira inévitablement à la délinquance, à la dépression voire au suicide des hommes. Alors si l’homme chinois ne se rend pas très vite compte que son avenir dépend de la femme, la société chinoise pourrait finir par le payer très cher.

Pauline Renault
de Pékin
(et ayant résidé au Faso)






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