L’ACCORD
DE OUAGADOUGOU
UN CONSENSUS DYNAMIQUE QUE MEPRISE L’ONU ?
Quand
la crise ivoirienne battait son plein, l’empêcheur
de tourner en rond pour ne pas dire plus, c’était
Laurent Gbagbo soutenu par le FPI. Lui et son camp étaient
les xénophobes, les « Ivoiritaires »,
les autocrates assoiffés de sang venus pour pomper
les richesses de leur pays et plonger la sous région
dans l’instabilité la plus totale. Ils
avaient contre eux la plupart des Etats, des organisations
internationales (CEDEAO, Union Africaine, Organisation
Internationale de la Francophonie, Union Européenne,
Nations Unies).
On leur imputait l’échec de tous les accords
conclus à l’étranger parce qu’ils
freinaient des quatre fers pour ne pas aller à
des élections qu’ils savaient perdues d’avance.
Et puis les choses ont changé du tout au tout
avec le déclic du dialogue direct qui a produit
l’Accord de Ouagadougou. Comme le vent du bannissement
de Laurent Gbagbo s’était levé,
il est tombé. Aujourd’hui, il y a un consensus
incontestable autour de l’Accord de Ouagadougou.
Par la vertu de cet acte, on voit des ententes se réaliser
entre des adversaires les plus irréductibles,
les plus divers, entre Laurent Gbagbo et Blaise Compaoré,
entre Forces Nouvelles et Loyalistes, entre opposition
institutionnelle ivoirienne et pouvoir.
Le 28 Octobre prochain, une grande rencontre symbole
aura lieu à Abidjan ; elle réunira autour
de Laurent Gbagbo, les Burkinabé dans toute leur
diversité, qui viennent lui exprimer leur soutien
à l’Accord de Ouagadougou quand on sait
que les refondateurs ont été accusés
d’avoir déclenché la crise en mettant
notamment en œuvre une espèce de nettoyage
ethnique à l’encontre des Burkinabé.
Aujourd’hui, ce sont les Burkinabé et les
Ivoiriens, hier encore en querelle, qui se donnent la
main, qui expriment leur commune adhésion à
l’Accord de Ouagadougou. N’est-ce pas alors
l’armistice par excellence ?
Ce consensus est également remarqué au
niveau des institutions internationales africaines.
La CEDEAO et l’Union Africaine n’ont pas
fait qu’endosser l’Accord de Ouagadougou,
elles ont pris acte des avancées qui en ont été
la conséquence pour demander la levée
immédiate des sanctions individuelles frappant
des acteurs de la crise ivoirienne et l’autorisation
pour la Côte d’Ivoire d’importer des
armements légers nécessaires au maintien
de l’ordre et de la sécurité publique
(Fraternité Matin, dans son édition du
26 Octobre 2007). Que de chemin parcouru, n’est-ce
pas ?
Mais alors qu’on devrait se confondre en encouragement,
en soutiens de toutes sortes aux frères ennemis
qui se sont réconciliés, et que pour cela
les Nations Unies devraient être les plus empressées,
voilà qu’elles nous offrent l’image
surprenante de bouder le processus. Incroyable !
Faut-il croire qu’effectivement, le Conseil de
Sécurité n’est pas satisfait que
les protagonistes aient marché sur ses platebandes
pour enclencher le processus de la pacification à
sa place ? Déjà, la rumeur se répand,
corroborant les accusations depuis longtemps portées
contre lui de vouloir mettre la Côte d’Ivoire
sous coupe réglée pour satisfaire aux
besoins de certains puissants qui gouvernent le monde.
Il ne lui reste plus qu’à se ressaisir.
A défaut d’avoir pu faire avancer par lui-même
les choses, que l’organisation des Nations Unies
fasse la partie du boulot qui lui incombe et que relevait
fort à propos en ces termes, le représentant
spécial du facilitateur Blaise Compaoré
en Côte d’Ivoire, Boureima Badini : «Je
pense qu’il que faut les Nations unies puissent
effectivement aider les acteurs de cet accord (Accord
politique de Ouagadougou. Ndlr) à pouvoir le
mettre en application, par les conseils et essentiellement
par la mise en place de logistiques et aussi des moyens
; parce que vous savez très bien que l’exécution
de ce genre d’accord exige beaucoup de moyens.
Nous attendons donc que les Nations unies donnent les
moyens nécessaires pour que la Côte d’Ivoire
puisse mettre en application cet accord-là»
(Fraternité Matin du 25/10/07).
Il faut espérer qu’il ne s’est agi
ici que d’une posture pour booster encore plus
les efforts en vue de sortir définitivement de
la crise. Pour autant, la CEDEAO et l’Union Africaine
devraient réitérer leurs demandes parce
que la position isolée du Conseil de Sécurité
est tout à fait anachronique, n’est pas
seulement indélicate vis-à-vis du peuple
ivoirien, de ses autorités, du facilitateur mais
aussi de ces organisations internationales africaines.
La Rédaction