Mise à jour le 28/10/2007
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San Finna N°437 du 29 Octobre au 04 Novembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

FAUT-IL OU NON ETRE CHOQUE QUE LE JOURNALISTE NIGERIEN,
MOUSSA KAKA, SOIT INCARCERE ?

Le journaliste nigérien Moussa Kaka, correspondant de RFI au Niger, est incarcéré depuis plus d’un mois, et cela fait grand bruit. Rarement, on aura vu une telle mobilisation autour d’une arrestation de journaliste dans les médias et les opinions. Il reste cependant qu’une polémique commence à prendre corps autour de l’affaire. En effet, s’il en est qui crient de façon audible à l’arbitraire, à la dictature, il en est aussi qui commencent, avec la même vigueur, à soutenir que Moussa Kaka n’a pas vraiment démérité le sort qui lui est fait. Deux sons de cloche.

L’ARRESTATION DE MOUSSA KAKA EST SANS BASE LEGALE


Pour arrêter quelqu’un et le jeter en prison comme on l’a fait de Moussa Kaka, il faut en premier lieu qu’existe une loi qui punisse un fait et que celui qu’on arrête ait enfreint cette loi. Dans le cas de Moussa Kaka, on a beau fouiller, refouiller, on ne voit pas (même s’il existe une loi qui réprime les faits qui lui sont reprochés) une quelconque trace qui montre que ce journaliste s’est rendu effectivement coupable du crime de complicité de complot contre l'autorité de l'Etat qu’on lui reproche et pour lequel il encourt rien moins que 30 ans de prison. Si, comme on le laisse entendre, il avait été pris la main dans le sac, c’est immédiatement qu’on l’aurait jugé, et depuis longtemps, l’affaire aurait révélé ses dessous cachés et tout le monde serait en mesure d’apprécier si oui ou non, il était fautif. Mais on n’en a rien fait alors qu’on sait que le régime nigérien, habituellement ne s’embarrasse pas de procédure et de tralala, surtout lorsqu’il a raison. On a préféré adopter la longue voie de l’instruction. Pour gagner du temps mais aussi pour fouiller et trouver quelque chose à lui mettre sur le dos. C’est le constat auquel on est arrivé après un mois d’incarcération. En effet, depuis que Moussa Kaka est sous main de justice, il a pu constituer un avocat qui a eu accès à la procédure. Eh bien, ce dernier le dit haut et fort : il n’y a aucun élément à charge crédible dans le dossier, à l’encontre de son client. Celui-ci n’a fait que son travail. Un journaliste, un vrai de vrai, va à la source, au contact avec les acteurs ; il lui arrive même d’essuyer le feu avec eux, et d’y perdre la vie. « La chronique du jour », via Jérôme Carlos, l’a bien expliqué : « L’arrestation et le maintien en prison de Moussa Kaka sont ainsi à mettre sur le compte d’un coup de colère, d’une subite décharge d’adrénaline face à des actes professionnels d’un journaliste à la quête de la vérité et qui, respectueux du droit du public de s’informer et d’être informé, se trouve dans l’obligation éthique et déontologique de ne négliger aucune source, d’explorer toutes les pistes, de dîner, s’il le faut, avec le diable ». Moussa Kaka n’a rien fait de plus que de converser avec les Touarègues nigériens, de les enregistrer, d’essayer de comprendre leurs revendications pour en faire une relation fidèle à RFI. Voilà le seul péché qu’il a commis. Et la bonne preuve qu’il n’y a que cela, c’est que le pouvoir se garde bien de montrer ce qu’il a sous la main, de convaincant. Des bandes magnétiques incriminant le journaliste vont être présentées à la justice, avait assuré lundi 1er octobre à Paris le ministre nigérien de la Communication, Mohamed Ben Omar. Depuis, c’est silence radio. Ca veut dire ce que ça veut dire. Ce silence ne s’explique pas par la connaissance que le pouvoir a de l’illégalité des moyens utilisés pour obtenir ces preuves ainsi que le soulignait le conseil du journaliste ; c’est certainement aussi parce que ces bandes magnétiques sont loin d’être probantes. Alors que la protestation augmente dans le monde entier, que les condamnations contre cette arrestation arbitraire viennent de tous les niveaux (médiatique, diplomatique..), Niamey devrait comprendre au plus vite qu’il a fait fausse route et que d’y persister porte atteinte non seulement à l’image du pays mais aussi à celle de l’Afrique.




TOMI.

MOUSSA KAKA, JOURNALISTE DE RFI, N’A PAS ETE MIS AU FRAIS POUR RIEN !

Pour avancer que Moussa Kaka, le patron de Radio Saraouiniya et correspondant de RFI, a été injustement écroué, on tente de salir à fond l’image du Niger. On a déjà vu ça avec la Côte d’Ivoire. Il se trouve que le Niger n’est pas seulement un pays où la liberté de presse existe, c’est aussi un pays qui se distingue par le respect et la pratique des libertés démocratiques, le respect de la séparation des pouvoirs. Combien sont-ils ces pays africains où on voit actionner, et avec succès, des motions de censure, où les droits de l’opposition sont respectés au point qu’elle soit dotée d’un cadre avec un chef de file reconnu, où les contre-pouvoirs tant publics que de l’opposition et de la société civile sont aussi opérationnels ? Pas beaucoup, à la vérité. Même dans les pays comme le Bénin ou l’Afrique du Sud qui sont des exemples, la démocratie n’est pas aussi dynamique et vivante qu’au Niger. Voilà pourquoi on peine à salir l’image de ce pays qui se distingue comme une autre Côte d’Ivoire par son souci de dignité et d’indépendance. On ne peut pas non plus confondre les dirigeants nigériens par rapport à la culpabilité de Moussa Kaka parce que celui-ci n’a pas été arrêté pour rien. De cela, les autorités sont sûres, et une grande partie de l’opinion (qui ne s’empresse pas du reste pour répondre aux appels à manifestations lancées ici et là). Même au niveau de l’opposition, on ne sent pas beaucoup de gens se bousculer pour battre le macadam : c’est qu’il y a quelque chose. Il n’est jusqu’à ces journalistes comme Abdoulaye Tiémogoh du « Canard déchaîné », qui ne déclarent que le pouvoir nigérien est dans son bon droit par rapport à l’affaire Moussa Kaka, affirmant à Agnan Kayorgo de l’Observateur Paalga, ceci : « Aujourd’hui, si Moussa Kaka est en prison ce n’est pas dans le cadre de son métier de journaliste. Si c’était pour cela, nous allions tous compatir et essayer de déployer des efforts pour qu’il soit libre ». Il s’interroge en effet : «Comment comprendre, à l’heure où il y a une situation dans le Nord du Niger, qui touche à l’intégrité du pays et qui mobilise l’armée, qu’un journaliste arrive à vendre des informations à l’ennemi » ?. Pour Tiémogoh, c’est clair : Moussa Kaka «n’a jamais caché sa connivence avec les mouvements rebelles et aujourd’hui avec les bandits armés. Il l’a fait avant 95, tout le monde le savait». Et bien d’autres éléments concourent à donner du corps à sa conviction, souligne par ailleurs le patron du « Canard déchaîné » qui agite les instrumentalisations dans cette révolte touarègue. En effet, que la Libye, qui a tenté d’occuper dans le passé, la bande d’Aozou au Tchad ait des visées sur le Nord nigérien (et que pour cela, elle active des Touarègues), il n’y a vraiment pas de quoi étonner, surtout dirions-nous lorsque par la voix de ses autorités, ses prétentions sur le Nord ont déjà été exprimées officiellement ; que des Nigériens touarègues soient tentés par l’aventure ne peut non plus surprendre puisqu’il y a des précédents avec ces Nigériens qui ont pu, par ce canal, se faire des fortunes ; que d’autre part, des soupçons pèsent sur AREVA, qui s’en étonnera ? Alors, toute cette campagne menée tambour battant en faveur du journaliste ne vise qu’à faire pression sur la justice nigérienne. Aucune justice digne de ce nom au monde n’accepte de fonder ses décisions sur des pressions et chantages d’où qu’ils viennent.



TOZI.

Citation de la semaine

«Ce pétrole cher aujourd’hui est l'occasion ou jamais de changer notre monde.
Vive le pétrole cher, donc ! »

Denis Delbecq et Vittorio de Filippis
(Journalistes)






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