San
Finna N°438 du
05 au 11 Novembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
ENTRETIEN
AVEC LES PREMIERS RESPONSABLES DU SYNDICAT AUTONOME DES
AGENTS DU MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES
1)
Pouvez-vous vous présenter sommairement à
nos lecteurs ?
Je
suis Somé Désiré Boniface, Secrétaire
général du Syndicat autonome des agents
du ministère des Affaires Etrangères (SAMAE).
Je suis accompagné de mon vice Secrétaire
général.
Moi, c’est Mamadou Ilboudo, vice Secrétaire
général du SAMAE, Conseiller des Affaires
étrangères.
2) Comment a été constitué
le syndicat que vous dirigez et combien de membres compte-t-il
?
Somé
Désiré Boniface (S.D.B.) :
Le
SAMAE a vu le jour le 21 avril 2006 et a obtenu
son récépissé le 30 août
2006, et depuis lors, ce syndicat fonctionne. Il
regroupe en son sein environ 160 membres et c’est
essentiellement l’ensemble des travailleurs
du ministère des Affaires étrangères.
Désiré
Boniface Somé
3)
Rappelez-nous l’objet du litige que vous avez eu
avec le ministère et quelles en ont été
les suites ?
S.D.B.
:
Ce que nous pouvons dire aujourd’hui sur ce qui
oppose le SAMAE à l’administration publique,
c’est qu’il s’agit d’une manifestation
qui s’est déroulée le 10 avril 2007.
Cette activité a été menée
en vue d’appuyer une de nos revendications majeures
qui est tout simplement l’obtention d’indemnités
liées à notre profession. C’est ce
qui nous oppose aujourd’hui à notre administration
mais disons qu’après le 10 avril, l’Etat
a pris un certain nombre de mesures punitives contre les
agents qui ont pris part à la manifestation du
10 avril.
4)
Quelles sont ces sanctions ?
S.D.B.
:
La première sanction que nous avons observée
est tombée immédiatement le 11 avril : il
s’agit de la fermeture de l’IDRI. Les autres
sanctions qui ont suivi sont d’une part l’interdiction
d’effectuer des missions à l’étranger
à tous ceux qui ont pris part à la manifestation
et d’autre part, interdiction à ces mêmes
camarades de désormais assumer les fonctions d’intérim
et interdiction d’aller en stage à l’étranger.
Il y a certains de nos camarades mêmes qui ont été
rattrapés en justice qui étaient sur le
point d’aller en stage. On les a rattrapés
pendant qu’ils étaient déjà
en possession de leurs billets. Les billets ont été
retirés et ces derniers ont été convoqués
pour remettre les frais de mission.
5)
Combien de personnes sont concernées par cette
mesure ?
S.D.B.
:
Au jour d’aujourd’hui, il y a la décision
du Conseil des ministres du 23 mai qui a frappé
105 agents qui ont été reversés dans
les autres institutions de l’administration publique
et 35 que le Conseil a qualifié de repentis et
qui ont été maintenus au ministère
des Affaires étrangères. Il faut dire que
plus de 160 agents ont pris part à la manifestation
du 10 avril.
Si vous enlevez 160 agents du ministère des Affaires
étrangères, vous voyez bien ce qui peut
rester. La manifestation était populaire, elle
était attendue, et tout le monde au niveau du ministère,
y a pris part.
6)
Mais tantôt on parlait d’affectation, qu’en
est-il exactement ?
S.D.B.
:
Il faut dire que c’est depuis le 1er juin 2007 qu’est
rentrée en action la décision du Conseil
des ministres du 23 mai. Cela veut dire concrètement
que le ministère de la Fonction publique, par une
décision, a effectivement reversé (c’est
le terme comme ça) les 105 agents restés
au ministère. Les 35 sont restés au ministère.
Une fois dehors, dans les différents ministères,
certains ont été affectés à
Ouagadougou. Cependant, deux autres ministères
(le MESSRS et le MATD) ont au mois de septembre dernier,
affecté les agents en province.
7)
Pourquoi un tel braquage contre votre syndicat ?
Mamadou
Ilboudo (M.I.) :
Mamadou
Ilboudo
Ce
braquage est intervenu après la sortie du
chef de l’Etat sur les ondes où il
s’est prononcé sur ce qui s’est
passé le 10 avril. C’est en ce moment
que des agents zélés (je dis bien
zélés, parce que c’est le Directeur
des ressources humaines et de la recherche scientifique
et celui du ministère de l’Administration
territoriale et de la décentralisation) nous
ont approché et ont opéré des
affectations de nos militants en province.
Cela veut dire exactement que la plupart, y compris les
membres du bureau, sont affectés en province. Ces
Directeurs des ressources humaines (DRH) disent que comme
le chef de l’Etat a parlé, alors il faut
faire des affectations aveugles, quand bien même
on sait que les responsables syndicaux doivent toujours
être maintenus là où se trouve le
siège du syndicat.
On a des camarades qui aujourd’hui ont des enfants
malades, des épouses malades, qui sont eux-mêmes
malades, mais il n’y a même pas un esprit
de discernement pour qu’ils restent à Ouagadougou
afin de suivre leur santé.
Ce braquage, je dirai qu’il vient de petits directeurs
de ressources humaines, pour ne pas dire d’esprits
rabougris (je parle en terme intellectuel) qui ont pensé
qu parce que le chef de l’Etat a parlé, ils
avaient l’occasion d’en finir avec le SAMAE.
8)
Quelles sont les actions et démarches que vous
avez pu mettre en œuvre en réaction à
ces sanctions et croyez-vous qu’elles puissent aboutir
?
M.I.
:
Rien qu’hier (NDLR : l’interview a été
réalisée le samedi 3 novembre), nous avons
approché le secrétaire général
du Ministère de l’administration territoriale
et le Directeur des ressources humaines pour qu’ils
voient ces cas. Nous avons aussi approché le DRH
du MESSRS, et là c’est beaucoup plus grave
qu’ailleurs parce qu’on envoie des conseillers
des Affaires étrangères, pour ne pas dire
des diplomates, pour assumer les tâches d’enseignants.
On se demande ce que ça peut être. Donc,
son intention a été attirée, et pire,
la décision d’affectation qu’ils ont
opérée après l’intervention
du chef de l’Etat ne prend pas en compte les diplômes
des conseillers des Affaires étrangères
ou autres. Ils ont donné plutôt nos diplômes
d’il y a 10 ans, 20 ans. La confusion est telle
qu’il y a des gens qui ont des maîtrises en
droit qu’on dit être titulaires de maîtrises
en histoire.
Nous ne comprenons pas ce qui se passe mais nous pensons
que ce n’est pas le chef de l’Etat qui a di
d’affecter le bureau du SAMAE, y compris ceux-là
qui sont en difficulté sociale, dans les provinces,
et le chef de l’Etat, à notre avis, n’a
pas dit à Paré ni à son DRH de muter
les militants du SAMAE dans les Directions régionales
pour assumer l’enseignement.
Sur le terrain, nous avons dit à nos militants
de rejoindre en attendant parce que nous sommes des responsables.
9)
Comment appréciez-vous la solidarité entre
tous les membres sanctionnés que vous êtes
: est-elle toujours au beau fixe ou y a-t-il des fissures
?
S.D.B.
:
Concrètement, les 105 qui ont été
reversés à la Fonction publique ont une
méthodologie d’ordre organisationnelle qui
fait en sorte que nous arrivons à nous retrouver.
Nous avons un piquet à la Bourse du travail qui
monte de 9 h à 14 h et ensuite nous tenons hebdomadairement
les vendredis, une assemblée générale.
Ca fait que ceux qui sont à Ouagadougou et ceux-là
même qui sont de retour à Ouagadougou, gardent
le contact.
Voilà comment nous sommes organisés de sorte
à ne pas émietter le moral.
10)
Votre coopération avec les autres Centrales syndicales
est-elle au beau fixe ?
S.D.B.
:
Je peux dire que c’est grâce à cette
coopération que le mouvement syndical le 18 juillet
dernier a défendu les libertés collectives
lorsqu’il avait annoncé par un préavis
de grève d’aller en grève à
cause de deux points essentiellement : l’augmentation
du prix des hydrocarbures et la question des libertés
collectives syndicales. Je pense qu’il y a eu un
petit acquis en ce qui concerne les hydrocarbures en ce
sens que le pouvoir a bien voulu revoir à la baisse
ces prix mais sur les questions syndicales, nous n’avons
pas eu un point d’entente, et le mouvement syndical
dans son ensemble, a décidé d’être
solidaire et en considérant en premier lieu la
question du SAMAE, a décidé d’aller
en grève.
11)
Deux questions successives : comment voyez-vous votre
situation en relation avec l’état général
de la justice et de la bonne gouvernance et que vous inspirent
les propos du chef de l’Etat du 6 septembre dernier
par rapport à vos revendications ?
S.D.B.
:
Je pense que l’accoutrement n’est pas à
relier avec l’état d’esprit ou la compétence
d’une personne (NDLR : on se souvient que Blaise
Compaoré avait parlé des marcheurs habillés
en ‘jean’). Moi je pense que le chef de l’Etat
a juste utilisé un symbole. Mais pouvez-vous imaginer
que ce jour-là, le jour de la marche, les diplomates
soient venus en costumes, bien cravatés, pour demander
des indemnités ou en train de dire qu’ils
ont faim ? Cela n collerait pas. Je pense que ce jour,
les gens sont venus, ils ont manifesté avec leurs
accoutrements habituels. Il n’y a pas eu ce jour-là
un habillement excentrique du genre. D’ailleurs,
si des gens ont porté des « jeans »
ce jour-là, aucun mot d’ordre ne leur avait
été signifié pour qu’ils le
fassent.
Du reste, je pense que tous ceux qui portent des jeans
au Faso peuvent apprécier la question. Est-ce à
dire qu’on n’a aucune compétence quand
on porte un jean ? Je pense que ce que le chef de l’Etat
a dit est peut-être un symbole. Nous ne pensons
pas être liés à ce symbole qu’il
a pu donner.
12)
Comment avez-vous également réagi après
l’évocation de votre problème à
la grande rencontre du chef de l’Etat à Pô
?
S.D.B.
:
C’est aussi par le biais des médias que nous
avons appris qu’un membre des 105 a posé
le problème au chef de l’Etat. Nous pensons
que c’est une démarche tout à fait
individuelle.
Chez nous, chacun a sa chapelle, confessionnelle ou politique.
Si un des nôtres a pu se rendre à cette rencontre
là pour parler de notre problème au chef
de l’Etat, il a fait œuvre utile.
Nous pensons véritablement que le chef de l’Etat
ne connaît pas la profondeur des problèmes
que nous avons traversés et qui nous ont amenés
à la manifestation du 10 avril. Je pense que si
ce camarade-là a pu expliquer ça et lui
faire tenir ça de vive voix, c’est une œuvre
utile et j’espère que le chef de l’Etat
va mieux comprendre.
M.I.
(sur la même question) : Je crois qu’il
est le président de tous les Burkinabé et
à ce titre, nous pensons que notre problème
aujourd’hui est entre ses mains. Il détient
la clé de la solution. Nous sommes avant tout aussi
ses agents, c’est-à-dire qu’il est
notre supérieur hiérarchique.
13)
Un appel à lui lancer ?
M.I.
: Je
n’ai pas d’appel particulier à lui
lancer mais je vais dire que si nous sommes sortis le
10 avril, c’est parce que le ministre d’Etat
à l’époque, ne nous a jamais écoutés.
Il n’y a jamais eu de points d’écoute
au niveau du ministère des Affaires étrangères..
14)
Vous lui reprochez beaucoup ? Nous parlons bien sûr
du ministre Youssouf Ouédraogo ?
M.I.
: Non,
je pense que nous n’avons rien à lui reprocher.
Il lui a manqué peut-être de la vigilance
dans sa gouvernance. Nous n’allons pas lui reprocher
quoi que ce soit parce que nous ne savons pas quelle est
la lettre de mission qu’il a. Le chef de l’Etat
aimerait savoir quand même, par rapport à
son programme de développement, ce que chaque ministre
met tout en œuvre pour que ses agents soient à
l’aise, et ce n’est pas à lui de descendre
jusqu’à un certain niveau pour savoir comment
on travaille au niveau de chaque ministère ? Je
dis aussi que pour notre problème, nous avons même
cherché à voir le chef de l’Etat par
deux fois de suite. Nous avons demandé des audiences.
Je ne sais pas si oui ou non il a été informé
mais je pense que s’il l’était, il
nous aurait reçus. Ca veut dire qu’il y a
un maillon de la chaîne quelque part qui fait tout
pour qu’on ne rencontre pas le chef de l’Etat.
Je n’ai pas de message particulier à lui
transmettre mais je profite aussi dire que votre journal
est aussi une tribune (avec les autres médias)
qui nous a permis de dire nos problème, et je pense
que le chef de l’Etat aujourd’hui, a les éléments
pour apprécier.
Je crois que l’image du Burkina lui tient à
cœur ; il ne souhaiterait pas quand même voir
des diplomates comme des clochards. Je pense qu’il
va s’auto saisir et à ce niveau, nous avons
un très grand espoir.
15)
Etes-vous confiant pour l’avenir pour votre syndicat
en particulier et le pays en général ?
S.D.B.
:
Je pense qu’il y a déjà une chose
très positive au Burkina Faso : tout le monde parle
de démocratie. Récemment, on a vu des manifestations
qui se sont déroulées dans ce pays pour
la démocratie et les libertés. Nous, nous
avons dans le sens des libertés collectives et
individuelles, posé des actes légaux. Nous
sommes sortis appuyer notre revendication indemnitaire
par une marche légale. Nous avons obtenu une autorisation
de manifester. Nous avons manifesté. Nous avons
foi en l’avenir, si tous les Burkinabé sont
convaincus qu’il nous faut la démocratie,
le peuple va se donner les moyens pour la démocratie
véritable au Faso. La démocratie ne s’offre
pas, elle se conquiert et je pense que c’est le
peuple qui a toujours le dernier mot.
Nous avons confiance, nous sommes sur le juste, nous sommes
sur le bon. Quoi qu’il en soit, le temps emmène
toujours la vérité, et l’histoire
en la matière, ne trébuche pas.