San
Finna N°438 du
05 au 11 Novembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de
Liberté sans capacité de refus"
ARCHE
DE ZOE
MALAISE DIPLOMATIQUE EN FRANCE
Arrêtés
pour enlèvements de mineurs et escroquerie, sept membres
de l’association l’Arche de Zoé et deux journalistes
ont créé un léger
incident diplomatique, que les autorités françaises
tentent de gérer au mieux.
L’inculpation par un juge d’instruction
d’Abéché de sept membres de l’association
française L’Arche de Zoé et de deux journalistes
en réalisation d’un reportage, pour enlèvements
de mineurs et escroquerie, tombe au plus mal pour les autorités
françaises, qui s’apprêtaient à déployer
l’Eufor, une force de commandement européenne destinée
à sécuriser la frontière entre le Darfour et
l’Est du Tchad.
La diplomatie française a condamné fermement le geste
des membres de l’Association. Soupçonnés d’avoir
subtilisés à leurs parents tchadiens et fait passés
pour orphelins victimes du conflit du Darfour, 103 enfants âgés
de 1 à 12 ans. Les membres de l’Association ont été
arrêtées par les autorités tchadiennes, tandis
qu’ils étaient sur le point d’embarquer à
Abéché pour rapatrier les enfants en France et les placer
dans des familles d’accueil.
En jugeant illégale et irresponsable l’action de l’Arche
de Zoé, le gouvernement s’est « désolidarisé
» de ses ressortissants. Au grand dam de l’opinion publique
et des membres de l’Arche de Zoé restés en France,
qui réclament, comme la presse, que les membres de l’association
incriminée soient jugés en France.
L’affaire a également pris une tournure politique. Puisque
François Hollande, premier secrétaire du parti socialiste,
est monté au créneau pour demander le rapatriement des
membres de l’Arche de Zoé. Et a rappelé que le
gouvernement français avait eu connaissance en juillet dernier
des activités de l’association, mais qu’il n’avait
rien fait pour empêcher l’Arche de Zoé de parvenir
à ses fins.
Rama Yade a donc déclaré mercredi que le gouvernement
et elle même apporteraient tout leur soutien aux ressortissants
français. A commencer par les deux journalistes arrêtés.
Nicolas Sarkozy, le président français, a réclamé
la libération dans les plus brefs délais des deux reporters.
Mais la situation est compliquée par la présence d’une
troisième journaliste, Marie-Agnès Peleran, de France
3 Marseille, dont le rôle dans l’affaire est plus ambigu.
Selon Robert Ménard, secrétaire général
de Reporters sans frontières, elle serait partie au Tchad en
tant que militante de l’Arche de Zoë et souhaitait accueillir
chez elle un enfant du Darfour.
Pour mettre fin à la polémique, Rachida Dati, garde
des sceaux, a évoqué l’existence d’une convention
liant le Tchad et la France, autorisant l’Hexagone à
juger des gens coupables de méfaits au Tchad. Mais le président
Déby ne semble pas enclin pour le moment à cautionner
le rapatriement des membres de l’Arche de Zoé. Ces derniers
jours, il a multiplié les accusations de tous ordres à
l’intention des européens arrêtés, avant
même que justice soit faite. Faisant ainsi grimper le sentiment
anti-français. A ce titre, Nicolas Sarkozy a téléphoné
à son homologue tchadien pour le « sensibiliser à
la présomption d’innocence » : principe selon lequel,
tout individu est présumé innocent tant qu’il
n’a pas été jugé.
Au regard de l’attitude française, certains analystes
pensent que les membres de l’association pourraient être
jugés au Tchad, puis rapatriés en France pour effectuer
leur peine dans l’hexagone. Cela paraît en tout cas être
la seule issue probable pour éviter le conflit diplomatique.
Matthieu
Hérault
NICOLAS CHEZ IDRISS
VOYAGE À LA PECHE MIRACULEUSE ?
Nicolas
Sarkozy, en ce premier dimanche de novembre, se rendant toutes affaires
dominicales cessantes, au Tchad pour conférer avec Idriss Déby
sur le sort des mis en cause dans l’affaire Arche de Zoé,
voilà qui à première vue pourrait surprendre
mais qui, à la réflexion, est totalement typique de
l’homme. Il y a dans ce dossier à profusion, matière
à rehausser ou à consolider son image, à préserver
les intérêts de la France, de l’Europe, bref à
aider à la construction de ce leadership dont il rêve.
Au moment où il y a des crispations, des mobilisations autour
de cette question que l’on marche dans les communes françaises,
que l’opposition en fait son cheval de bataille, chauffant à
blanc l’atmosphère à l’Assemblée
par ses critiques, il suffirait au président français
de ramener quelques interpellés notamment les journalistes
dans ses bagages, comme Cécilia l’a fait des otages bulgares,
pour que tout de suite, un vent de soulagement et de félicitation
tout azimut se lève sur le premier Français et sur sa
diplomatie efficace. Finies les accusations de mépriser le
sort des Français en les laissant dans cet univers cauchemardesque
! Mais il n’y a pas que des retombées au niveau de la
France. L’homme a toujours vu Europe autant qu’International
: il creuserait encore plus son sillon à ce niveau surtout
après ces signatures sur le Traité simplifié
sur l’Europe en retirant l’équipage espagnol des
griffes de la justice tchadienne. Et tout indique que ça risque
de marcher comme sur des roulettes. Le filet a déjà
été lancé et la pêche peut être fructueuse.
Le terrain a été préparé et bien préparé
par des entretiens téléphoniques avenants entre les
deux présidents ; il l’a été par la multiplication
de gestes ménageant la susceptibilité des Tchadiens,
reconnaissant la compétence de leurs juridictions. On est même
allé jusqu’à tenir (au risque de choquer l’opinion
française) des propos du genre « c’est bien fait
pour ces aventuriers de l’Arche de Zoé". C’est
bien connu en Afrique, l’acte d’humilité, de repentance
exprimé publiquement, surtout lorsqu’il émane
de plus puissants que soi, a la vertu de conquérir les cœurs
les plus endurcis. Du respect, Nicolas Sarkozy leur en a servi jusqu’à
plus soif.
Mais le terrain était aussi préparé car il ne
faut pas croire : si la France a besoin du Tchad, le Tchad d’Idriss
Déby en tout cas, a encore plus besoin de la France.
Voilà donc un autre voyage commando médiatico-diplomatique
qu’on va suivre avec le plus grand intérêt comme
on le ferait d’un feuilleton à rebondissements. Sarko,
chapeau !
Dernière minute :
On vient de l’apprendre : Nicolas Sarkozy a effectivement ramené
les journalistes et les hôtesses de l'air dans ses bagages