CUBA/USA
QUAND GEORGE W. BUSH JOUE LES DROITS DE L’HOMME
ET LA DEMOCRATIE A L’ACCORDEON
A
entendre George W. Bush par rapport à la succession
de Fidèle Castro, et surtout à en juger
par les décisions concrètes qu’il
vient de prendre (création d’un Fonds doté
de plus d’un milliard de dollars pour aider la
transition démocratique à Cuba), on pourrait
s’écrier : « Sacré nom de
Dieu, quel mécène de la démocratie
!».
En effet, voilà qui aiderait bien de démocrates
en butte à de féroces dictatures de par
le monde.
Là, il dame le pion à Nicolas Sarkozy
qui parle de rupture avec les dictateurs, la politique
des réseaux, la Françafrique, qui déclame
aux Nations Unies le même couplet et duquel jusqu’à
présent, on ne voit rien venir de concret. Mais
attendez, il ne faut pas s’emballer : avec George
W. Bush, il faut toujours prendre le temps de regarder
les cartes avant de les distribuer pour ne pas se faire
avoir !
Souvenons-nous : lorsque, après les attentats
contre les «Twin Towers», il avait lancé
le « djihad » contre le mal et appelé
à la mobilisation mondiale pour faire le carré
afin de défendre les droits de l’homme
et la démocratie, combien de soldats n’a-t-il
pas enrôlés ? En ce temps-là, nous
étions tous Américains. L’immensité
de l’horreur partagée et la crainte de
son expansion mondiale avaient en un seul jour, détruit
les fortifications de plus de 60 ans d’anti-américanisme
; une solidarité d’autant plus active qu’il
se dégageait des circonstances, une chance de
mondialiser, même par nécessité,
la démocratie. La logique était qu’après
avoir débarrassé le peuple irakien de
Saddam Hussein, on en fasse de même pour les autres
peuples en Asie, en Afrique, en Amérique Latine…,
en les débarrassant de leurs dictateurs.
Mais le réveil sera douloureux. Une fois le Raïs
mis hors d’état de nuire, George W. Bush
a montré que sa croisade démocratique
s’arrêtait aux portes de l’Irak. Finies
les cibles de l’Axe du mal qui, comme dans la
théorie des dominos, devaient suivre Saddam Hussein.
Et l’on assista, ébaubi, à la remise
en selle de al Béchir, de Kadhafi.. Dès
lors, les dictateurs pouvaient crier un grand «
ouf » ! Il y a eu plus de peur que de mal.
C’est que l’expédition irakienne
n’a été qu’un prétexte
tendant à protéger les intérêts
stratégiques, énergétiques des
USA. Une fois le plan débusqué, il se
reconstitua immédiatement un mur de méfiance,
peut-être pas contre les Américains mais
sûrement contre l’administration Bush, et
les manifestations se feront même sentir jusque
dans les rangs de la Coalition qui se délitent
de plus en plus.
Qu’aujourd’hui, le premier Américain
lance une nouvelle croisade pour instaurer la démocratie
à Cuba et éviter que les crimes qui y
ont été commis ne passent aux pertes et
profits à tout jamais dans l’impunité,
cela n’a pas de chances de convaincre grand monde.
Le passé récent est là qui reste
édifiant. L’a-t-on entendu après
l’émoussement de sa furia démocratique
en Irak, aller en guerre contre les crimes horribles
qui ont été commis en Libye, en Sierra
Leone, en Côte d’Ivoire, en RDC… ?
L’a-t-on même entendu exiger qu’on
ne passe au broyeur les faits résultant de l’attentat
contre la PANAM et la TWA ? Oh que non ! Contre des
espèces sonnantes et trébuchantes, contre
des marchés et d’autres avantages, on a
passé l’éponge sur tout cela et
validé les transactions civiles sur les procédures
pénales ressortissant de la compétence
de juridictions internationales en raison de la gravité
des faits incriminés. Du jamais vu !
| Alors,
s’agissant de Fidèle Castro, on peut
bien ne pas aimer le leader vieillissant atteint
de maladie, qui a maintenu son pays dans cette
situation de pauvreté et de dictature extrêmes
ayant contraint nombre de Cubains à l’errance
de par le monde, souvent au péril de leurs
vies. George W. Bush aura du mal à convaincre.
S’il peut espérer, à la limite,
entamer ce mur de méfiance qui se reconstruit
contre lui, qu’il accepte de tirer profit
de ce constat de Ronald Godard, conseiller au
département d'Etat pour les affaires latino-américaines
: « Les problèmes de Cuba ne découlent
pas d'une quelconque décision des Etats-Unis,
mais de l'embargo sur les libertés imposé
par le régime cubain à son peuple
», |
Fidèle
CASTRO |
constat matérialisé par l’adoption,
le 30 Octobre 2007 par les Nations Unies, de la seizième
résolution condamnant le blocus économique,
commercial et financier imposé à Cuba
par les Etats-Unis. George W. Bush convaincra surtout
de ses bonnes intentions s’il convertissait sa
croisade cubaine en croisade générale,
s’appliquant à tous les cas de par le monde
où il existe des entraves lourdes aux droits
de l’homme, à la démocratie et où
le passé des dirigeants cache des crimes impunis
connus de tous !
La Rédaction