San
Finna N°438 du
05 au 11 Novembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
AFFAIRE
DU CV PAS « CLEAN » DE RACHIDA DATI
BEAUCOUP DE CHOSES A BALAYER D’ABORD DEVANT D’AUTRES
PORTES
Rachida
Dati, Ministre de la Justice, est l’une des personnalités
les plus médiatiques en France. « Dati
par ci, Dati par là », comme Figaro, on
n’en a que pour elle ! Pour preuve, un tout récent
sondage ne la plaçait-il pas comme la ministre
femme chouchoute des Français, avec un score
de 84 % ? Mais les médias sont capables du pire
comme du meilleur. Ils nous propulsent aux cimes puis
sans crier gare, nous ravalent plus bas que terre. Alors,
il y a des moments où on en viendrait à
dire que pour vivre mieux, il faut se cacher d’eux.
Actuellement par exemple, il ne fait pas bon de chausser
les bottes de Dati car si elle a pu être enviée
d’être nommée au ministère
prestigieux de la Justice, d’être une amie
proche de Nicolas et de Cécilia Sarkozy, par
les temps qui courent, elle fait face à travers
de multiples secousses, à un véritable
sort du destin.
C’est la fronde contre elle dans la famille judiciaire
; ses collaborateurs l’attaquent, certains qui
ne souffrent pas de travailler à ses côtés
démissionnent, magistrats et auxiliaires de justice
vont en guerre contre elle avec une grève qui
s’annonce spectaculaire. Comme un malheur ne vient
jamais seul, le couple Sarkozy se sépare, la
laissant assise entre deux chaises. De tout ça,
les journaux en parlent et reparlent, et comme s’ils
n’en faisaient pas assez, les voilà qui
la ramènent en dévoilant et essaimant
aux quatre vents (comme pour la terminer) cette histoire
d’ accommodement qu’elle aurait fait à
son curriculum vitae (CV) pour lui donner plus de vernis.
Il faut reconnaître que si jusqu’à
présent, elle s’efforçait de tirer
au mieux son épingle du jeu avec tout de même
un préjugé favorable parce qu’elle
est femme, de la minorité un peu visible et issue
des quartiers populaires, dans cette affaire de CV qui
aurait subi un « lifting », la partie est
un peu plus compliquée pour la « Beurette
» nationale. Elle doit faire avec : c’est
la dure rançon du dur métier de la politique.
Il lui faut se préparer à des batailles
très dures !
La justice, ce Temple de Thémis comme on dit,
c’est le siège de la vertu par excellence.
L’exemplarité y est une obligation fondamentale.
Rachida Dati, en tant que Garde des Sceaux, se doit
en tout point d’avoir une conduite irréprochable.
Cela participe de la crédibilité de la
justice. Si aujourd’hui, elle est convaincue de
falsification, de magouille, alors elle risque de porter
atteinte à l’image de la maison, apportant
à ses adversaires des arguments de taille contre
elle, et ni Sarkozy ni Cécilia, ni l’opinion
française ne pourront garantir qu’elle
reste à la tête de son ministère.
Pensez un peu : ce serait courir le risque de voir devant
les tribunaux et cours de France, des contrefacteurs,
des faussaires de tout acabit, invoquer la jurisprudence
Dati pour faire échec à l’application
de la loi pénale à leur encontre. Mais
il faut éviter d’aller vite en besogne
et de vendre la peau de la pauvre Dati avant qu’elle
n’ait été réellement prise
à défaut. Il y a en effet d’abord,
à prendre avec des pincettes les accusations
portées contre elle. Elles ressortent beaucoup
plus d’allégations, de soupçons
que de faits caractérisés. Dans nul organe
de presse, on ne tombe sur le fameux corps du délit,
sur le fait punissable qu’elle aurait commis.
Ce qui ressort le plus souvent, c’est qu’elle
aurait fait mention dans son CV d’un MBA européen
du groupe HEC-ISA alors qu’elle ne l’aurait
pas obtenu, même s’il est vrai qu’elle
a suivi des cours à l’ISA.
A notre connaissance, il n’y a aucune qualification
pénale concernant le fait d’ arranger de
la sorte des diplômes sur un CV.
Ensuite, il y a que ce fameux MBA controversé
de 1993, elle l’a porté dans la rubrique
« Formation » et non « Diplômes
obtenus » (ainsi que cela ressort du Canard Enchaîné
qui a publié l’extrait de son CV). Ca affirme
une chose : qu’elle a suivi la formation mais
pas forcément qu’elle ait eu le diplôme.
Jusqu’à plus informé, on peut lui
reprocher d’avoir quelque peu joué avec
les mots mais elle n’est pas passible d’usurpation
caractérisée de titre, encore moins de
falsification de diplôme. Et puis, c’est
de notoriété publique, dans le domaine
des Ressources Humaines, que la mention "ancien
élève" signifie en règle générale
que l’on n’a pas obtenu le diplôme.
Sinon, il est clair qu’on écrit "diplômé
de"….
Mais si l’on devait même passer outre pour
dire que les faits sont constants, alors là on
ouvrirait une véritable boîte de Pandore,
et bonjour les dégâts.
Tenez, « rue89 », ce site qui se concentre
sur les sujets qui font parler, jaser, débattre,
dans tous les domaines, est allé regarder le
CV officiel des ministres de l'actuel gouvernement Fillon
: il a noté que sur les 9 qui ont mentionné
Sciences Po sur leur CV, 3 n'en n'étaient pas
diplômés (Hortefeux, Lagarde et Karoutchi).
A signaler que certains ont, dès l’article
de « rue89 » publié, retiré
dare-dare leurs CV. Pourquoi alors traîner la
seule Dati dans la boue ?
Mais ce n’est pas tout : on va même jusqu’à
dire qu’à l’époque de la présidentielle,
le bruit courait que Ségolène Royal, qui
briguait rien moins que la magistrature suprême,
avait arrangé son CV en parlant d’elle
comme d’une magistrate chevronnée alors
qu’elle n’aurait quasiment pas exercé
puisque, très tôt remarquée par
Jacques Attali, elle fut directement parachutée
à l’Elysée auprès de Mitterrand.
Elle aurait même prétendu dans un clip
vidéo pendant la campagne qu’elle était
en charge des dossiers internationaux sous Mitterrand
alors qu’elle n’était que chargée
de mission pour les questions de santé, d’environnement
et de jeunesse ! (lu sur
http://www.segolenades.com).
Que dire alors du CV du président en exercice
lui-même ? Il aurait un peu amélioré
son pedigree universitaire selon le site www.grioo.com
: « Nicolas Sarkozy lui-même mentionnait
sur son CV sa période sciences po, bien qu’il
n’en soit pas diplômé ».
Du bas jusqu’en haut de l’échelle,
cette tendance à améliorer le CV existe,
et au-delà de l’Hexagone, dans le monde
entier. Des études font ressortir qu’1/3
des CV comportent des informations fausses soit que
les personnes aient donné une information inexacte
ou aient menti par omission, en ne précisant
pas ce qu’elles ont fait dans tel ou tel service
ou société. A-t-on jamais entendu que
toutes ces personnes aient été licenciées
ou n’aient pas vu leurs contrats reconduits à
cause de petits arrangements ?
C’est sans doute forte de cette conviction, des
supporters qui l’encouragent (comme ces «
blogueurs » qui écrivent presque tous la
même chose : Rachida, tiens bon, tu es diablement
efficace, on se moque de tes diplômes, tu es efficace,
déterminée, ça nous suffit..) que
Rachida Dati reste « zen », qu’elle
s’est même lancée dans la rédaction
d’un ouvrage destiné à river le
clou à ceux qui pensaient ainsi l’abattre.
Alors, avant d’engager une telle bataille contre
la ministre, il faudrait donc réfléchir
par deux fois. La République pourrait sinon en
ressentir quelques secousses.