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AFFAIRE DU CV PAS « CLEAN » DE RACHIDA DATI
BEAUCOUP DE CHOSES A BALAYER D’ABORD DEVANT D’AUTRES PORTES

Rachida Dati, Ministre de la Justice, est l’une des personnalités les plus médiatiques en France. « Dati par ci, Dati par là », comme Figaro, on n’en a que pour elle ! Pour preuve, un tout récent sondage ne la plaçait-il pas comme la ministre femme chouchoute des Français, avec un score de 84 % ? Mais les médias sont capables du pire comme du meilleur. Ils nous propulsent aux cimes puis sans crier gare, nous ravalent plus bas que terre. Alors, il y a des moments où on en viendrait à dire que pour vivre mieux, il faut se cacher d’eux.

Actuellement par exemple, il ne fait pas bon de chausser les bottes de Dati car si elle a pu être enviée d’être nommée au ministère prestigieux de la Justice, d’être une amie proche de Nicolas et de Cécilia Sarkozy, par les temps qui courent, elle fait face à travers de multiples secousses, à un véritable sort du destin.

C’est la fronde contre elle dans la famille judiciaire ; ses collaborateurs l’attaquent, certains qui ne souffrent pas de travailler à ses côtés démissionnent, magistrats et auxiliaires de justice vont en guerre contre elle avec une grève qui s’annonce spectaculaire. Comme un malheur ne vient jamais seul, le couple Sarkozy se sépare, la laissant assise entre deux chaises. De tout ça, les journaux en parlent et reparlent, et comme s’ils n’en faisaient pas assez, les voilà qui la ramènent en dévoilant et essaimant aux quatre vents (comme pour la terminer) cette histoire d’ accommodement qu’elle aurait fait à son curriculum vitae (CV) pour lui donner plus de vernis.

Il faut reconnaître que si jusqu’à présent, elle s’efforçait de tirer au mieux son épingle du jeu avec tout de même un préjugé favorable parce qu’elle est femme, de la minorité un peu visible et issue des quartiers populaires, dans cette affaire de CV qui aurait subi un « lifting », la partie est un peu plus compliquée pour la « Beurette » nationale. Elle doit faire avec : c’est la dure rançon du dur métier de la politique. Il lui faut se préparer à des batailles très dures !

La justice, ce Temple de Thémis comme on dit, c’est le siège de la vertu par excellence. L’exemplarité y est une obligation fondamentale. Rachida Dati, en tant que Garde des Sceaux, se doit en tout point d’avoir une conduite irréprochable. Cela participe de la crédibilité de la justice. Si aujourd’hui, elle est convaincue de falsification, de magouille, alors elle risque de porter atteinte à l’image de la maison, apportant à ses adversaires des arguments de taille contre elle, et ni Sarkozy ni Cécilia, ni l’opinion française ne pourront garantir qu’elle reste à la tête de son ministère.

Pensez un peu : ce serait courir le risque de voir devant les tribunaux et cours de France, des contrefacteurs, des faussaires de tout acabit, invoquer la jurisprudence Dati pour faire échec à l’application de la loi pénale à leur encontre. Mais il faut éviter d’aller vite en besogne et de vendre la peau de la pauvre Dati avant qu’elle n’ait été réellement prise à défaut. Il y a en effet d’abord, à prendre avec des pincettes les accusations portées contre elle. Elles ressortent beaucoup plus d’allégations, de soupçons que de faits caractérisés. Dans nul organe de presse, on ne tombe sur le fameux corps du délit, sur le fait punissable qu’elle aurait commis. Ce qui ressort le plus souvent, c’est qu’elle aurait fait mention dans son CV d’un MBA européen du groupe HEC-ISA alors qu’elle ne l’aurait pas obtenu, même s’il est vrai qu’elle a suivi des cours à l’ISA.

A notre connaissance, il n’y a aucune qualification pénale concernant le fait d’ arranger de la sorte des diplômes sur un CV.

Ensuite, il y a que ce fameux MBA controversé de 1993, elle l’a porté dans la rubrique « Formation » et non « Diplômes obtenus » (ainsi que cela ressort du Canard Enchaîné qui a publié l’extrait de son CV). Ca affirme une chose : qu’elle a suivi la formation mais pas forcément qu’elle ait eu le diplôme. Jusqu’à plus informé, on peut lui reprocher d’avoir quelque peu joué avec les mots mais elle n’est pas passible d’usurpation caractérisée de titre, encore moins de falsification de diplôme. Et puis, c’est de notoriété publique, dans le domaine des Ressources Humaines, que la mention "ancien élève" signifie en règle générale que l’on n’a pas obtenu le diplôme. Sinon, il est clair qu’on écrit "diplômé de"….

Mais si l’on devait même passer outre pour dire que les faits sont constants, alors là on ouvrirait une véritable boîte de Pandore, et bonjour les dégâts.

Tenez, « rue89 », ce site qui se concentre sur les sujets qui font parler, jaser, débattre, dans tous les domaines, est allé regarder le CV officiel des ministres de l'actuel gouvernement Fillon : il a noté que sur les 9 qui ont mentionné Sciences Po sur leur CV, 3 n'en n'étaient pas diplômés (Hortefeux, Lagarde et Karoutchi). A signaler que certains ont, dès l’article de « rue89 » publié, retiré dare-dare leurs CV. Pourquoi alors traîner la seule Dati dans la boue ?

Mais ce n’est pas tout : on va même jusqu’à dire qu’à l’époque de la présidentielle, le bruit courait que Ségolène Royal, qui briguait rien moins que la magistrature suprême, avait arrangé son CV en parlant d’elle comme d’une magistrate chevronnée alors qu’elle n’aurait quasiment pas exercé puisque, très tôt remarquée par Jacques Attali, elle fut directement parachutée à l’Elysée auprès de Mitterrand. Elle aurait même prétendu dans un clip vidéo pendant la campagne qu’elle était en charge des dossiers internationaux sous Mitterrand alors qu’elle n’était que chargée de mission pour les questions de santé, d’environnement et de jeunesse ! (lu sur http://www.segolenades.com).

Que dire alors du CV du président en exercice lui-même ? Il aurait un peu amélioré son pedigree universitaire selon le site www.grioo.com : « Nicolas Sarkozy lui-même mentionnait sur son CV sa période sciences po, bien qu’il n’en soit pas diplômé ».

Du bas jusqu’en haut de l’échelle, cette tendance à améliorer le CV existe, et au-delà de l’Hexagone, dans le monde entier. Des études font ressortir qu’1/3 des CV comportent des informations fausses soit que les personnes aient donné une information inexacte ou aient menti par omission, en ne précisant pas ce qu’elles ont fait dans tel ou tel service ou société. A-t-on jamais entendu que toutes ces personnes aient été licenciées ou n’aient pas vu leurs contrats reconduits à cause de petits arrangements ?

C’est sans doute forte de cette conviction, des supporters qui l’encouragent (comme ces « blogueurs » qui écrivent presque tous la même chose : Rachida, tiens bon, tu es diablement efficace, on se moque de tes diplômes, tu es efficace, déterminée, ça nous suffit..) que Rachida Dati reste « zen », qu’elle s’est même lancée dans la rédaction d’un ouvrage destiné à river le clou à ceux qui pensaient ainsi l’abattre.

Alors, avant d’engager une telle bataille contre la ministre, il faudrait donc réfléchir par deux fois. La République pourrait sinon en ressentir quelques secousses.

CY






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