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San Finna N°439 du 12 au 18 Novembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Tribune de la femme

POINT DE VUE
REVENDICATION DES MILITAIRES
LES IMPLICATIONS DE LA ENIEME MANIFESTATION

Ce lundi 12 novembre verra certainement, et pour la quatrième fois depuis les évènements tragiques de Sapouy qui ont connu l’assassinat odieux de notre confrère Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune, les militaires manifester pour la revendication de leurs droits. Mais cette fois, les militaires sont semble-t-il déterminés, à travers cette manifestation pacifique, à se faire entendre.

Les revendications des hommes en tenue portent notamment sur le recul de l’âge de la retraite dans l’armée, qui est de 45 ans pour le soldat et de 53 ans pour le sous officier supérieur alors que dans la Fonction publique, il va de 53 à 60 ans voire plus. Outre la restitution des retenues sur leurs salaires durant 4 années, les mutins d’un type nouveau réclament également des indemnités de départ à la retraite des militaires parce que celle-ci devraient être payées en 2006 au lieu de 2007 comme annoncé dans le décret d’application en conseil des ministres. Il y a aussi le point concernant la décision de délocalisation des camps militaires de la ville de Ouagadougou ainsi que l’octroi de meilleures conditions de travail au soldat qui, actuellement, n’a plus –semble-t-il- de tenue neuve.


Ecole militaire technique de Ouagadougou
En renouant le dialogue avec les autorités par l’entremise d’un nouveau comité ad hoc mis en place après l’échec des négociations avec le précédent, on était loin de s’imaginer que celle-ci (la négociation) allait piétiner suscitant ainsi la tenue d’une assemblée général de militaires le week-end du 3-4 novembre dernier à Ouagadougou. On apprend ainsi qu’à l’issue de l’AG, une manifestation devrait se dérouler ce
lundi matin. S’il y a bien des interrogations que nombre de citoyens se posent, c’est à quoi on doit s’attendre avec cette crise qui frappe de plein fouet l’armée burkinabé. On apprend aussi de source généralement bien informée qu’à l’issue d’une rencontre de gendarmes à Ouagadougou, qui se serait tenue pour harmoniser leur plateforme et dont d’ailleurs la presse s’en est fait l’écho, ceux-ci se seraient radicalisés. Et du côté de l’avenue Thomas Sankara, maintenant une grogne s’élèverait aussi comme une traînée de fumée. Selon les mêmes sources, il

L’entrée de la Gendarmerie à Ouagadougou

semblerait qu’une importante rencontre se serait déroulée le 8 novembre passé à l’Etat Major pour y faire face.

Comme en fin d’année 2006, les Burkinabé devraient s’apprêter à subir les humeurs de la soldatesque qui joue un jeu de cache-cache avec les autorités. S’il en est qui disent que le Sergent Clément Ouédraogo, le Porte parole de ces muets bruyants, foule au pied la sacro-sainte discipline chère à l’armée pour manifester, il en est aussi qui disent que notre armée est malade et que cela risque de nous entraîner dans une escalade d’où l’issue est incertaine.

Au-delà du malaise qui secoue ce corps et qui se répand comme une mauvaise odeur à d’autres corps, il faut avoir le courage de porter son péché et dire que c’est tout le système de gouvernance qui est malade, et cela risque de gangrener d’autres composantes de notre société. En menaçant le 8 octobre passé d’user de tous les moyens et même de perturber les « bamboulas, danses et autres fêtes » si leurs problèmes ne sont pas résolus, une partie de la grande Muette a franchi la ligne rouge, ce qui risque de secouer profondément les fondements de la république que nous avons chèrement acquise au prix de sacrifices et de luttes. Devant les revendications légitimes des militaires, nous ne pouvons que craindre l’incapacité des autorités militaires et politiques à mener de façon diligente ces négociations afin d’aboutir à des résultats probants. Selon certaines confidences, le frère du président monsieur François Compaoré, devrait s’impliquer comme médiateur (une fonction en vogue actuellement) dans la crise. Là aussi, si cette information se vérifiait, on devrait se poser nombre de questions légitimes. Comment se peut-il que, dans une république démocratique où les institutions sont en place et fonctionnent, de telles initiatives soient prises ?

Nous vous laissons à votre soif. Mais toujours est-il que cela nous conforte dans notre analyse que la crise est plus profonde que ce qu’on nous laisse voir.

Nous sommes tentés de croire que le chef de l’Etat Blaise Compaoré ne prend pas la mesure du risque qu’il court et fait courir au pays, lui qui est plutôt préoccupé par les habits de médiateur qu’il arbore ces temps-ci, retranché dans son château de verre. Il a intérêt à s’impliquer personnellement dans la résolution de cette crise pour éviter qu’allant de Charybde en Sylla, notre démocratie nous ramène tout droit finalement au temps chaud de l’intolérance aveugle. S’il continue d’écouter les hommes lige qui squattent son palais, à l’impossible nul n’est tenu, ce sera tant pis.

Aristide Ouédraogo






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