San
Finna N°440 du
19 au 25 Novembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
ENTRETIEN
AVEC SON EXCELLENCE MONSIEUR LE CONSUL DE FRANCE AU BURKINA
FASO SUR LES TESTS ADN
« Le Burkina Faso, globalement pas concerné
»
La
question des tests ADN, même si en termes statistiques,
le Burkina Faso n’est pas véritablement interpellé,
a alimenté la polémique comme partout ailleurs
en France et en Afrique. Il y a sur la question de tels
problèmes intéressant notamment le droit,
l’éthique, la génétique, que
nul Etat africain en particulier ne saurait rester indifférent.
Si la loi a été votée, des questions
restent pendantes lors même que le texte initial
aurait été éludé de certains
de ses aspects.
Gérard
Ménard,
Consul de France au Burkina Faso
Pour éclairer nos lanternes, nous nous sommes
naturellement mis en chantier depuis un mois, d’obtenir
du Consulat de France, les éclairages nécessaires.
Nos démarches n’ont pas été
vaines puisqu’un entretien de plus d’une
heure nous aura été accordé
par son Excellence monsieur Gérard Menard,
Consul de France au Burkina Faso. Nous espérons
que beaucoup y trouveront des réponses à
quelques-unes de leurs questions.
1)
Bonjour Monsieur le Consul et merci de nous avoir accordé
cet entretien. Première question : pourquoi tout
d’abord ces tests ADN et si la loi est entrée
en vigueur, comment opère-t-on concrètement
?
Le
test ADN, c’est une des composantes de la nouvelle
loi sur l’intégration et l’asile qui
a été approuvée, votée par
les deux Chambres le 23 octobre de cette année.
C’est tout récent. Le projet de loi a été
voté mais évidemment, la loi n’est
pas encore en vigueur car il y a un certain nombre de
formalités à accomplir pour qu’elle
soit mise en œuvre.
La nécessité des tests ADN est apparue tout
simplement parce qu’il y a certaines personnes dans
certains pays qui ont des difficultés pour prouver
la filiation de leurs enfants par rapport à eux
et qui se trouvent démunies, soit parce qu’elles
n’ont aucun document ou soit parce que ce sont des
documents d’état-civil peu ou pas du tout
fiables.
L’exemple qui vient évidemment à l’esprit
en premier lieu, c’est comme vous pouvez imaginer,
le cas des réfugiés. Les réfugiés
qui ont fui un conflit armé par exemple. Ce n’est
pas sûr qu’on prenne son livret de famille
et tous ses documents ; et quand on revient dans sa ville
ou son village et que la mairie a brûlé avec
toutes ses archives, et dans ces cas-là, il n’y
a plus rien.
Apparemment, il y a quand même dans le monde des
centaines voire des milliers de personnes qui ont du mal
à apporter la preuve qu’ils sont les parents
d’un enfant. Comme nouvelle possibilité en
des textes, des documents écrits que constitue
un acte d’état-civil, on a pensé à
utiliser des moyens plus modernes comme beaucoup de pays
dans le monde parfaitement démocratiques comme
le Canada ou en Europe, tous les pays qui entourent la
France : en Grande-Bretagne, en Belgique.., pour ne nommer
que ceux-ci. On utilise les moyens modernes que sont les
tests ADN qui permettent, comme vous le savez, d’établir
un lien, d’apporter la preuve de la filiation biologique
entre un enfant et l’un ou l’autre de ses
parents. Le but ultime, c’était de donner
une nouvelle possibilité fiable à 100 %
qu’il existe un lien direct entre un enfant et un
parent. Mais évidemment, comme toutes ces mesures
touchent au plus intime des gens, ça doit être
entouré de garanties extrêmement précises.
2)
Comment réagissez-vous aux nombreuses critiques
faites par rapport à cette pratique jugée
indigne pour l’être humain ?
C’est
l’article 13 de la loi qui parle de test ADN. Vous
allez voir qu’il y a relativement peu de place pour
que ces textes soient pratiqués au Burkina Faso
parce que les conditions qui rendent nécessaires
ces tests AND ne sont pas réunies ici.
La première, comme je vous le disais, c’est
qu’il faut que les parents qui veulent faire venir
leur enfant, n’aient pas de documents d’état-civil
ou des documents qui ne sont pas authentiques. Soit ils
sont douteux, soit ils ont été falsifiés
ou ils n’ont pas le caractère d’authenticité
que l’on réclame dans un état-civil.
Alors ici, l’état-civil est très correctement
tenu. Il est fiable.
Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que nous
donnons à peu près 900 visas par mois et
environ, 10, 11 ou 12.000 dans l’année. Ca
ne concerne que les gens qui veulent venir en long séjour,
donc un visa de plus de trois mois et cela représente
moins de 10 % des demandes. Donc, il y a très peu
de visas de long séjour et ensuite, ça ne
pourrait concerner que les cas de regroupement familial
d’enfants voulant rejoindre leur père ou
mère qui se trouve en France, et dans ce cas les
statistiques des dernières années sont assez
éloquentes puisque ces cas concernent entre 165
et 200 personnes par an. C’est très peu.
En plus, comme je vous l’ai dit, il faudrait que
ce soit des enfants dont l’état-civil est
douteux ou inexistant. Apparemment, à ce que je
sache, tous ceux que j’ai vus avaient un état-civil,
un passeport qui ne laissaient pas d’ambiguïté.
Troisième chose, c’est que quand même
il y aurait ça, il faut que la mère de l’enfant
demande à passer le test (puisque pour ne pas poser
de problèmes conjugaux, les tests ne sont faits
que sur la mère et l’enfant).
Moi, je peux lui dire qu’il y a un aspect douteux
mais c’est à elle de demander à passer
le test. Il n’y a aucune obligation ; on ne l’impose
pas. C’est une possibilité qui existe, que
les savent et s’ils n’ont pas d’autres
moyens d’apporter la preuve, ils peuvent solliciter
le test, et ça ne suffit pas. Il faut qu’en
plus, si la personne demande le test parce qu’elle
n’a pas un acte d’état-civil fiable,
que le juge du tribunal de grande instance de Nantes autorise
ce test.
C’est comme ça en France : l’administration
n’a pas le droit de demander à pratiquer
un test ADN sur une personne sauf le juge. Ca doit être
encadré dans un processus judiciaire pour sauvegarder
les libertés de tout un chacun.
Vous voyez, quand on regarde les conditions qui seront
mises en œuvre pour ce test ADN, on s’aperçoit
très bien (on va dire globalement) que le Burkina
Faso n’est pas concerné.
3)
On entend dire …
Attendez,
je voudrais encore apporter deux précisions. La
loi actuelle qui a introduit ces tests prévoit
qu’une mise en œuvre dans certains pays dont
la liste n’est pas encore communiquée, qui
sera une liste arrêtée par le Conseil d’Etat,
sans doute 4 ou 5 pays. De toutes les façons, ce
sera un test d’une durée de 18 mois. Au bout
de 18 mois, l’opération sera interrompue.
Un bilan sera tiré et on verra si c’est renouvelé
ou si c’est pérennisé. Mais pour l’instant,
il n’est prévu qu’une expérimentation
d’une durée maximale de 18 mois.
4)
On entend dire que des partis politiques d’opposition
en France, vont demander à la justice internationale
de rejeter cette mesure. Pouvez-vous nous dire si c’est
vrai et auquel cas, où en est la procédure
?
Toute
nouvelle loi est peut-être soumise (et c’est
le cas au Conseil constitutionnel en France pour vérifier
si toute la loi ou partie de la loi est conforme à
la constitution. Donc, ça c’est une possibilité
qui est couverte par la constitution et qui est mise en
place.
On verra bien ce que nous dira le conseil constitutionnel
; s’il estime que les diverses dispositions de cette
loi sont conformes à la constitution, auquel cas
elles seront applicables, sinon elles seront censurées
bien entendu.
Si je n’ai pas d’informations particulières
sur le fait que certains partis souhaiteraient soumettre
le texte à une juridiction internationale, je ne
sais pas très bien comment ça peut se faire.
5)
Commet ces tests ADN peuvent-ils être pratiqués
si dans certains pays, le matériel nécessaire
n’est pas sur place ?
Si
on devait mettre les textes en vigueur en place au Burkina,
comme je l’ai dit tout à l’heure, je
pense qu’on serait vraiment dans l’exceptionnel
puisque les conditions qui sont prévues par la
loi ne justifient pas à mon avis, l’introduction
de cette nouvelle mesure au Burkina. Je ne vois pas actuellement,
et je n’ai pas vu depuis que je suis ici, des cas
où je pourrais légalement demander ou accepter
de pratiquer un test ADN.
Je ne dis pas qu’à l’avenir, ça
ne se fera pas mais encore une fois, il faudrait dans
les deux ans qui viennent que le Burkina soit un des pays
choisis pour cette expérimentation, et rien n’indique
que ça le sera. Je dirai même au contraire.
Encore une fois, ce sera sans doute de préférence
dans des pays où l’état civil est
un tout petit peu défaillante.
6)
Combien y a-t-il de Burkinabé en France et avez-vous
une idée du nombre approximatif de sans papiers
burkinabé ?
Le
nombre de Burkinabé en France est de l’ordre
de 3.000 environ. Je pense que c’est plutôt
les autorités burkinabé qui pourraient répondre
mieux que moi à cette question. Le nombre de sans
papiers est évidemment inconnu (rires). Je n’ai
pas l’impression qu’ils soient très
nombreux en tous les cas.
Il y en a, il y en a probablement. Mais si vous voulez,
un sans papier, c’est quelqu’un qui dépasse
la durée accordée par son visa. On peut
être sans papier depuis un jour ou depuis 10 ans.
De toutes les façons, ce n’est vraiment pas
du Burkina que partent beaucoup de personnes en situation
irrégulière.
7)
Qu’avez-vous à dire à l’adresse
de tous ceux qui craignent l’application de cette
mesure au Burkina ?
Pour
résumer, je pense que les textes sont clairs et
à partir du moment où on a un état-civil
fiable comme c’est le cas du Burkina (je pense que
tout le monde s’accorde à le reconnaître),
je ne vois pas pourquoi des tests seraient imposés.
Pour le Burkina, je pense que c’est une mesure qui
n’aura, sinon pas d’effet, du moins très
peu. Je n’imagine pas qu’on puisse nous présenter
ici des actes falsifiés.
8) Qu’est-ce qu’un acte fiable ?
Un
acte est fiable quand il a été délivré
par une seule autorité compétente qui le
reconnaît comme tel.
9)
Comment se fait la vérification si tous ces actes
ne sont pas informatisés ?
Effectivement,
tous les actes ne le sont pas, surtout dans les petites
communes rurales, ce qui fait que lorsque nous recevons
un acte, quand on le vérifie, on demande à
l’officier d’état-civil qui l’a
délivré de nous dire s’il a bien délivré
cet acte, et jusqu’à présent, les
réponses ont toujours été bonnes.
TN
NDLR
: Le jeudi 15 novembre 2007, c’est-à-dire
après notre entretien avec Mr le Consul de France
au Burkina Faso, le Conseil constitutionnel français,
s’il a rejeté la loi sur les statistiques
ethniques, a validé la loi sur les tests ADN. Avec
quelques réserves cependant. Le Parti socialiste
a estimé pour sa part qu’avec les réserves
apportées, la loi est de fait vidée de son
sens (donc qu’il y a vu une victoire) mais l’UMP
s’est félicitée de la décision
du conseil qui a entériné sa proposition.
(Voir aussi l’article de notre collaborateur, Matthieu
Hérault, en page 11, sur les tests ADN).