Mise à jour le 18/11/2007
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San Finna N°440 du 19 au 25 Novembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

CONTRE LE RACISME AU LUXEMBOURG,
MAGGY DELVAUX-MUFU S’IMMOLE PAR LE FEU
EN PURE PERTE

Le Nord de l’Europe devient de plus en plus xénophobe pour ne pas dire raciste. Ca, c’est indiscutable. Des pays comme le Danemark, la Suède, hier mondialement connus pour être « peace and cool » en matière d’immigration, ferment leurs frontières.


Tentative de sauvetage de Mme Delvaux-Mufu
Par humanisme, ils avaient laissé rentrer beaucoup d’étrangers mais la situation économique devenant problématique, leur sentiment a beaucoup évolué ils ne les regardent plus avec les mêmes yeux qu’hier. Avec ces seuils de tolérance qui ont crevé les plafonds, les citoyens se mettent à changer d’attitude vis-à-vis des étrangers, notamment des Africains (bien visibles) et à virer dans des partis d’extrême droite. Ca fait mal, ça fait peur. Les conséquences sont souvent si difficiles à vivre pour

 

 

 

 

les étrangers que quelquefois, il en découle des malheurs. Et c’est précisément ce qui est arrivé à Maggy Delvaux-Mufu.

Voilà une dame congolaise devenue Belge par mariage et mère de 3 enfants, âgée de 44 ans, qui travaillait au Luxembourg où elle résidait avec époux et enfants.

Là-bas, dans le petit Duché logé au cœur de l’Europe acquise à l’idée de l’intégration européenne, le racisme se développe à grande vitesse, et à son travail, la pauvre dame connaît de plus en plus des réflexions désagréables, des brimades. Même ses enfants métis ne sont pas épargnés : on se moque d’eux à l’école, ils ont droit à des insultes : "sale Noir", « quelle est cette étrange couleur ?» se demande-t-on régulièrement en les voyant, tout en partant d’éclats de rire à fendre le cœur de la fillette à la belle peau dorée. Le car de ramassage oubliait souvent sur le bord de la route, les enfants du couple mixte. A l’école, on faisait tout pour les placer dans les classes les plus faibles, sous prétexte qu'ils parlaient mal l'allemand, la deuxième langue du pays.

Olivier Delvaux, ingénieur belge qui veut se reconvertir en patron de garage grâce à leurs économies, ne le pourra pas car la haine l’atteint lui-même, bien que Blanc, pour avoir accepté d’abâtardir sa race. On se croirait en plein Reich, en pleine sélection aryenne ! Il lui devint impossible de faire vivre ce garage tant on lui mettait les bâtons dans les roues.

Et ce qui devait arriver, arriva : les dettes, une situation de plus en plus intolérable pour la famille. Dans ce petit pays, on a le cœur sec, on n’y va pas avec le dos de la cuillère pour vous le faire sentir quand on ne vous avait pas à la bonne : le couple est mis sur la liste noire de l'administration. Obtenir le moindre renseignement devient impossible car on leur raccroche au nez et surtout on leur dit sans cesse que s’ils ne sont pas contents, qu’ils s’en retournent chez eux !

La dame tentera de sensibiliser l’opinion. Voilà à l’occasion, ce qu’elle a pu dire : « chaque fois que je vois dans les journaux que le Grand-duché de Luxembourg est un bon élève de l'Union européenne, que M. Juncker est le premier Ministre Euro, que je vois ce pays se préparer à présider à destinée de l'UE, je deviens positivement malade. Je suis contre toute forme de violence mais chaque jour, ma famille et moi subissons cette violence morale de la part de l'administration de M. Juncker, harcèlement, injures et j'en passe. Dans quelques jours, nous allons probablement devoir déposer le bilan et toute notre dignité simplement pour avoir voulu travailler au Luxembourg(...).Doit-on en arriver à s'immoler sur la place publique ou à prendre en otage des enfants innocents pour se faire entendre en plein cœur de l'Europe? Les miens sont en otages depuis décembre 2002 et seront bientôt des SDF.. » (NDLR : Sans Domicile Fixe).

Alors, la pauvre dame, qui n’en peut plus, s’arrose d'essence en plein cœur de la capitale, ce 5 octobre, avant de craquer une allumette. Elle part en flammes comme une torche, devant son mari estomaqué qui pensait qu’elle allait simplement mettre le feu à quelques couvertures en signe de énième protestation, en face du ministère où elle connut tant de vexations. Mais elle avait très certainement décidé, ce satané jour, d’aller plus loin : de s’immoler.

Les cris désespérés ameutent les passants, les journalistes ; son mari tente d’intervenir mais le feu a fait de terribles ravages sur son épouse. On emmène la très grande brûlée dans un hôpital à Metz : elle y mourra le 9 octobre.

Ce qui fait très mal, et qui doit donner le plus à réfléchir, c’est cette plume du journaliste Jean-Pierre Stroobants, qui vous prend aux entrailles tant elle est tristement pleine d’un cynique réalisme : «Au-dessus du village, les pales de trois éoliennes battent l'air. Leur chuintement n'étouffe pas de pleurs : A Oberwampach, on ne pleure pas pour la famille Delvaux-Mufu Mpia » (http://www.camer.be/index1.php?art=643). C’est tout simplement renversant, cette inhumaine indifférence !

Mais le plus renversant, c’est que le signal de désespoir et de courage que cette femme a voulu donner par sa mort ne semble pas avoir eu l’impact désiré chez les gens bien pensants. Ils ne sont pas nombreux dans cette Europe berceau des droits de l’homme, qui s’indignent de cette affaire. C’est que les temps difficiles et l’explosion du phénomène de l’immigration étant passés par là, elle n’est pas politiquement vendable. Il n’est même pas de grands mouvements de droits de l’homme, de mouvements féministes, qui s’en soient saisis pour réclamer, selon la formule rituelle le « Plus jamais ça ! ». Dans les médias, ce fut un service plutôt minimum. Pire même, de l’Afrique, terre de la sensibilité comme disait le Poète immortel, ne sont pas venus les condamnations et les témoignages de révolte attendus contre le sacrifice extrême de la fille perdue du bout du monde.

Faire don de sa vie dans de si horribles souffrances pour dénoncer l’intolérance, le racisme et faire face à une telle indifférence, voilà qui nous amènerait à rendre grâce à Dieu que l’infortunée ne puisse pas voir le peu de cas qui est fait de son sacrifice.

La Rédaction






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