Mise à jour le 18/11/2007
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San Finna N°440 du 19 au 25 Novembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

LE PREMIER MINISTRE PENSE A LA JOURNEE CONTINUE :
POUR OU CONTRE ?


Le prix du pétrole a beaucoup flambé ces derniers temps. Chez nous, le premier Ministre rencontrant les syndicats pour un dialogue les 15 et 16 novembre passés, a annoncé que des propositions seraient faites pour faire face à la situation. Entre autres, les mots « journée continue » sont sortis de la bouche de Tertius Zongo. Tout de suite, les Burkinabé les ont commentés. Il y a évidemment deux camps : le camp de ceux qui applaudissent à cette mesure qu’on aurait dû, à leur sens, prendre depuis longtemps quand on sait que presque tous les fonctionnaires restent entre midi et 15 heures au service vu le prix de l’essence ; mais il y a aussi le camp de ceux qui pestent que c’est tout le pays qui va s’en ressentir au niveau du développement puisque déjà, les fonctionnaires ne travaillaient pas beaucoup : avec cette mesure adoptée, ce sera donc pire. Deux sons de cloche plus que d’actualité.

ABSOLUMENT POUR LA JOURNEE CONTINUE

Enfin, cette idée de journée continue revient sur le tapis. Il était temps. Elle est souhaitée par le plus grand nombre de personnes au Faso, compte tenu des réalités sociales du pays. Pour preuves, les gens à qui nous nous sommes adressés, nous ont ouvert leurs cœurs, en toute simplicité. Vous verrez à quel point ils sont convaincus. Par exemple, Madame Claudine Diallo, Restauratrice, que nous avons contactée, nous dira ceci : « La journée continue serait une bonne chose à cause des aléas climatiques. Pendant la période caniculaire, les travailleurs souffrent de la division du temps de travail dans notre pays. Ensuite le temps de travail le soir est très restreint et il est difficile de trouver les travailleurs à leurs postes à 15 heures ; donc si l’on veut bien voir, ceux-ci reprennent le boulot entre 15h30 et 16 heures. L’après midi est inutile la plupart du temps pour les usagers des services. Enfin il faut reconnaître que le carburant coûte très cher et que l’on retrouve de plus en plus les travailleurs dans les quartiers périphériques. Avec l’augmentation de la population dans les grandes villes, la circulation devient dense et très importante et on court toutes sortes de risques. S’il faut perdre 1h30 à 2 heures pour le trajet aller-retour, il est mieux d’instaurer une bonne fois pour toutes la journée continue ». Elle n’est pas la seule. Mr Ismaël Konaté, Cadre dans une société d’hydrocarbure, nous fait savoir ceci : «Au niveau du secteur privé, cela se ressentira comme un soulagement parce que nous travaillons au rendement et au volume d’heures. Il est vrai que le pris des hydrocarbures est élevé, mais cet état de semi journée continue que nous vivons aujourd’hui donne des charges supplémentaires, et à l’Etat et aux sociétés privées. En effet, beaucoup sont les travailleurs qui restent à leurs lieux de travail pour économiser le carburant et se reposer dans las bureaux afin de profiter de la climatisation et autres commodités qu’offrent certains bureaux de l’administration. Il est vrai que le problème des enfants qui vont à l’école peut se poser mais ça aussi c’est une question d’organisation dans la famille. Il y a aussi la possibilité de susciter la création de cantines scolaires dans les écoles et établissements. Aujourd’hui l’Etat et certaines sociétés dépensent beaucoup dans la consommation de l’énergie et du téléphone à cause de ceux qui, comme nous, restons au service à cause de la distance et de la vie chère. Instaurer la journée continue de 7h30 à 15h30 permettra aussi aux parents de mieux s’occuper de leurs progénitures et suivre correctement leur éducation sinon ce sont les bonnes qui vont éduquer nos enfants à notre place. Et si monsieur et madame travaillent ce n’est pas évident, avec la division du temps du travail qu’ ils puissent avoir une vie très normale et suivre la scolarité des enfants. Je soutiens à 100°/o l’idée d’instaurer la journée continue ». On le voit bien, cette mesure va aider bien de personnes qui jusque là récriminaient sur leur situation inconfortable à cause de ces va et vient pour aller au boulot. Bravo, Monsieur le Premier Ministre et mettez vite en application, cette mesure !




TOMI.

ABSOLUMENT CONTRE LA JOURNEE CONTINUE

Ils sont on ne peut plus nombreux à condamner cette proposition de journée continue et ils ont beaucoup d’arguments en appui. Pour Joachim Kaboré, étudiant en économie, cette solution est une fuite de responsabilité de la part du gouvernement, et il s’en explique : «Le travail est à la base de la production de la richesse, et je suis tout à fait d’accord avec le point de vue de Nicolas Sarkozy qui mise tout sur le travail pour gagner plus. On a vu en France ce que les 35 heures ont donné ! Quand les gens ont eu cette réduction du temps de travail, la croissance générale s’en est ressentie et aujourd’hui, même dans le rang des Socialistes, on ne trouve plus beaucoup de défenseurs de cette idée, si chère à Jospin. Alors, pour le Burkina Faso, qui est un pays pauvre, il ne manquerait plus qu’on vienne diminuer le temps de travail. C’est une solution de facilité pour le gouvernement qui ne veut pas mettre la main à la poche mais qui baissera le rendement de l’administration et de l’économie en général ». Ca, ce n’est pas un avis, vous le constaterez, que dément Adama Ouédraogo Damiss, Journaliste à l’Observateur Paalga. Pour lui également, il n’y a pas de doute à ce sujet et il s’en explique : « La journée continue aurait été l’idéal pour un pays pauvre comme le nôtre. En effet, les indicateurs dans notre pays nous poussent à explorer des pistes pour atténuer un tant soit peu la souffrance de la population. Mais même si je comprends que certains ont une contrainte de distance, je suis contre l’idée d’instaurer une journée continue au Burkina. Je motive ma position en partant du fait que les travailleurs burkinabé sont paresseux et que dans l’administration, il y a beaucoup de laxisme et de laisser aller. Si l’on prend l’exemple de ceux qui travaillent au sein des ministères, c’est alarmant. Ils ne viennent jamais à l’heure et à 10 heures déjà ils prennent la bière tranquillement dans les cafés sous la fenêtre quelquefois même de leur ministre, avec des jeunes filles venues des établissements scolaires voisins. Si jusqu’à présent, beaucoup n’attendent même pas 12 heures pour déserter leur bureau sous prétexte d’aller faire une course en ville, la journée continue va amener les travailleurs et les fonctionnaires à quitter les bureaux vers 11heures et ne revenir que le lendemain. Il faut apprendre d’abord aux travailleurs à être rigoureux et sérieux avant d’instaurer un tel régime. Prenez quelqu’un qui travaille la journée 3 heures et la soirée à peine 1 heure, la journée continue sera une aubaine pour celui-ci d’user de tous les stratagèmes possible pour faire ses affaires et délaisser le service. Il faut d’abord inculquer une conscience professionnelle et le sens de la responsabilité et du devoir avant de penser à instaurer une telle journée chez nous ». Voilà donc une position qui va grandir d’autant plus en puissance, et si le pouvoir pense vouloir ainsi par une pirouette, faire l’économie des demandes des travailleurs, il se trompe car ils pourraient non seulement prendre ce don mais continuer à exiger l’augmentation des salaires, une action plus vigoureuse sur la hausse des prix, etc..


TOZI.

Citation de la semaine

«Je déteste l’Iran. Je déteste le gouvernement iranien. C’est un gouvernement méchant et cruel.. Mais à cause du pétrole, personne ne le critique. Et notre cher gouvernement britannique lui cire les pompes à cause du pétrole »

Doris Lessing
Ecrivaine, Prix Nobel de littérature 2007






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