San
Finna N°441 du
26 Novembre au 02 Décembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
LA
JUSTICE FRANÇAISE
RATTRAPE JACQUES CHIRAC
L’ancien
président de la République a été
mis en examen mercredi 21 novembre pour détournement
de fonds quand il était maire de Paris. Une première
dans l’histoire de la République française
qui pose la question de son maintien au Conseil constitutionnel.
Redevenu un justiciable
comme les autres depuis la levée de son immunité
diplomatique, Jacques Chirac a été convoqué
au pôle financier de Paris, entendu puis mis en
examen mercredi, pour détournement de fonds dans
le cadre de l’affaire des chargés de mission
de la Ville de Paris. La juge Xavière Siméoni
soupçonne l’ancien président d’avoir
recruté de 1977 à 1995 des chargés
de mission affectés à des tâches sans
rapport avec l’administration de la Ville de Paris,
dont il était maire à l’époque…
Le plus souvent des collaborateurs, des amis politiques,
des membres des familles d’élus chiraquiens
ou de proches. L’enquête devrait déboucher
sur un procès d’ici un ou deux ans. L’ex-chef
de l’Etat risquerait alors en théorie la
prison -du sursis au regard de la jurisprudence- et le
remboursement des sommes détournées. Une
vingtaine de personnes sont déjà poursuivies
dans le cadre de cette affaire.
Dans
une tribune publiée par le Monde, Jacques
Chirac ne conteste pas les faits qui lui sont reprochés,
tout en se défendant vigoureusement de tout
« enrichissement personnel ».
Il replace cette affaire dans le contexte de l’époque
et tente d’expliquer les raisons de ces embauches
successives. Il affirme que ces recrutements, «
je les ai souhaités ou autorisés parce
qu’ils
étaient légitimes autant que nécessaires
»… Y compris ceux du personnel employé
en Corrèze (département où il
était par ailleurs élu député)
qui était chargé explique-t-il, d’«
instruire sur place les « interventions »
adressées au maire de Paris.
« Cette pratique a un nom : le clientélisme
», s’insurge le journal le Monde, dans son
éditorial daté de vendredi. « C’est
de ce genre de méthode que les juges, forts de
la loi et du soutien de l’opinion publique, ont
entrepris dans les années 1990 de débarrasser
notre démocratie. Il est dommage que M. Chirac
refuse de le comprendre ».
La mise en examen de l’ex chef de l’Etat est
une première dans l’histoire de la République
française et pose la question du maintien de Jacques
Chirac dans son fauteuil de sage au Conseil constitutionnel.
Aucune règle ne le contraint à quitter le
Conseil, puisqu’il en est membre à vie et
de plein droit. Mais la pression judiciaire et médiatique
pourrait le contraindre à partir en « congé
» de l’institution ; solution choisie en 2000
par Roland Dumas, mis en cause dans l’affaire Elf.
Quelques chiraquiens comme Jean-Pierre Raffarin ont défendu
l’ex-président, soulignant notamment que
par plusieurs lois, Jacques Chirac avait contribué
à « assainir la vie politique ». Plus
frileux en revanche le gouvernement actuel. La garde des
Sceaux Rachida Dati, a estimé que la magistrate
qui a mis en examen Jacques Chirac était «
tout à fait responsable » et avait pris sa
décision car elle disposait « d’éléments
pour le mettre en examen », tout en rappelant le
principe de présomption d’innocence.
Le dossier des chargés de mission pourrait être
un précédent. Jacques Chirac est susceptible
d’être interrogé dans une demi-douzaine
d’autres affaires. Parmi elles : Clearstream ou
encore Euralair. L’ex-président fait son
grand retour, par la petite porte.