San
Finna N°441 du
26 Novembre au 02 Décembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
ADDUCTION
D’EAU POTABLE
DU RIFIFI A ZONGO
Le
village de Zongo, à la sortie ouest de Ouagadougou,
connaît des remous particuliers. A l’origine,
une volonté de la commune d’installer une
adduction d’eau potable pour le village. Une initiative
qui aurait été salutaire si certains facteurs
n’avaient pas été ignorés par
les responsables communaux. Le 19 novembre au soir, c’est
un Simon (le maire de Ouagadougou) très remonté
qui est allé s’adresser à la population
avant que le 20 au matin, le maire de l’arrondissement
obtienne, il semblerait par des voies détournées,
le quitus de la population.
«Si
vous ne voulez pas que nous vous apportions l’eau
potable à Zongo, dites-le et c’est terminé.
Mais ne venez plus me supplier pour une telle requête
». C’est avec ces mots que le maire de
l’arrondissement de Boulmiougou, Madame Séraphine
Ouédraogo, nous a accueillis sur le site de la
rencontre, l’école primaire de Zongo.
Pour y accéder, nous avons fait des pieds et des
mains tellement les voies sont dégradées.
Etaient présents à la rencontre, le chef
de Zongo et ses notables, le maire de l’arrondissement
et une partie de la population. En effet, la brouille
surviendrait du fait que des habitations devraient être
détruites afin de permettre l’installation
des raccordements. Le refus des concernés est catégorique
si certaines conditions ne sont pas prises en compte.
Porgo Hamidou, le leader du collectif, qui refuse que
l’on touche à leur maison, demande un dédommagement
ou un relogement sur un autre site avant que lui et les
concernés ne libèrent leurs anciennes maisons.
Refus du maire qui estime que ceux-ci auront des parcelles
pendant les attributions et en priorité.
Le 20 novembre, pendant que le maire de l’arrondissement
s’entretenait avec la population avec un agacement
assez perceptible, Hamidou Porgo et ses lieutenants dont
Ferdinand P. Ouédraogo, un sexagénaire qui
a accepté nous rencontrer le 21 novembre (voir
Encadré) étaient en conciliabules à
la mairie avec le maire de la commune. Les 4 mousquetaires
ont eu maille à partir avec le maire Simon Compaoré
qu’accuse le groupe et en particulier Ferdinand
P. Ouédraogo, de vouloir saboter son projet.
Pour Sawadogo Romaric, un jeune que nous avons rencontré
sur place, c’est un « faux problème
». Et de préciser que « depuis
que nous vivons ici, personne n’est jamais venu
s’inquiéter du comment nous faisons pour
rentrer chez nous pendant la saison pluvieuse. Nous n’avons
pas ni voie ni pont ». Et Guiguemdé
Justin d’ajouter que « l’eau ne
vient pas ici pour les animaux sauvages mais pour nous.
Alors il faut nous laisser décider ce qui est bon
pour nous parce que si l’on doit faire partir des
gens ici pour faire venir de l’eau, c’est
à quel dessein ? »
Pendant que nous étions en train d’échanger
avec les jeunes visiblement remontés, un petit
comité vint à notre rencontre pour s’informer
de l’objet de notre présence sur le site
avant de nous demander gentiment, mais néanmoins
sous l’effet dissuasif de leurs muscles de boxeur,
notre adresse. Et comme nous faisons notre travail, nous
n’avons pas trouvé d’inconvénient.
Quand cela se passait, le maire de l’arrondissement,
accompagné de sa forte garde, était déjà
parti.
Après cet échange amical et aigre-doux avec
ces « gros bras », le conseiller Moussa Nikiéma,
connu particulièrement sous le sobriquet de «
Zong Moussa », vint à notre rencontre. En
effet, c’est celui-là même qui nous
a indiqué le lieu de la rencontre après
que nous ayons longtemps cherché l’endroit
où devait se tenir la rencontre.
Nous avons pu avoir son contact à la mairie de
l’arrondissement avant de le joindre.
El Hadj Moussa Nikiéma s’est exprimé
sur le sujet (voir encadré). A la lumière
de ce qui ressort des échanges entre les responsables
communaux et la population, il y a méprise à
travers des propos désobligeants, inconvenants
et affligeants. A commencer par le Maire Simon Compaoré
qui, à travers ses maximes et dictons, n’est
pas allé du dos de la cuillère pour déverser
son venin sur les plus récalcitrants. « Simon
s’est énervé parce qu’à
chaque fois qu’il y a des problèmes, les
populations interpellent les bailleurs de fonds. Et sur
ce chapitre, il a été très discourtois
envers nous », nous a confié Sawadogo
Issaka.
Les jeunes ne comprennent pas pourquoi il est opposé
à ce que les populations interpellent les bailleurs
de fonds sur leur choix de financement si cela met en
péril leur existence.
Nous avons cherché à savoir ce que dit la
mairie, mais malgré le coup de fil passé
au maire adjoint, Monsieur Johanny Ouédraogo, rien.
Nous attendons toujours un signe du côté
de la mairie.
Avant de quitter Zongo, nous avons eu la conviction que
certains sont prêts à en découdre
avec la commune si un terrain d’entente raisonnable
n’est pas trouvé, même si comme le
dit Mr Jean-Paul Somda, « des élections
nocturnes se sont déroulées et on a appris
que c’est plus de 3.600 personnes qui sont favorables,
nous ne pensons pas qu’ils peuvent venir nous assassiner
pour bénéficier de nos maisons ».
Que peut nous réserver l’avenir dans ce bras
de fer ?
El
Hadj Moussa NIKIEMA
Conseiller de Zongo
(Retranscrit du mooré au français)
San
Finna : En tant que conseiller municipal de Zongo, est-ce
que vous pouvez nous toucher un mot sur la rencontre de
ce matin ?
El
Hadj Moussa Nikiéma :
C’est
seulement une rencontre avec les autorités
municipales sur le projet d’adduction en eau
potable pour Zongo. En effet, nous rencontrons d’énormes
problèmes en ce qui concerne l’eau.
Dans nombre de quartiers, les femmes ont des problèmes
pour accéder à l’eau potable,
certaines sont même contraintes d’aller
jusqu’au secteur 18 pour se servir.
Donc
aujourd’hui, le projet vient comme un soulagement
pour de nombreuses familles et cela nous ravit.
Tout ce qui peut être fait pour rendre ce
projet réalité sera pour nous, salutaire.
San
Finna : Mais savez-vous qu’un collectif de personnes
a été constitué afin qu’on
prenne en compte certaines réalités avant
la mise en place du projet. Qu’en savez-vous exactement
?
M.N. : En effet, certaines maisons doivent être
détruites pour permettre au projet de se mettre
en place. En demandant une certaine compréhension
des concernés mais sans une volonté de les
déguerpir de là où ils sont. Il n’a
pas été question de les déguerpir,
je vous le répète, mais simplement qu’ils
facilitent les travaux en libérant les axes repérés.
San
Finna : Il est aussi dit que les problèmes de Zongo
sont multiples mais que les autorités municipales
préfèrent se focaliser sur ce projet-ci.
Qu’en dites-vous ?
M.N. : Pour le moment, nous ne parlons que du
problème d’eau. Pour les préoccupations
secondaires, il faut aller par paliers. Quand il sera
temps de s’attaquer au lotissement, on va s’y
mettre de même que les autres aspects concernant
le développement de Zongo. Donc, aujourd’hui,
notre préoccupation première, c’est
comment apporter de l’eau potable à la population.
San
Finna : Quelle était la substance du message du
maire de l’arrondissement de Boulmiougou à
cette rencontre ?
M.N. : Nous lui avons dit qu’il a notre
bénédiction pour entreprendre toute action
salvatrice pour nous permettre d’avoir de l’eau
potable. Je profite conseiller la tolérance et
la sagesse. Personne ne lutte contre les intérêts
de Zongo ou de qui que ce soit. Nous voulons tous la même
chose et nous redisons que nous acceptons tout le monde
et nous ne sommes surtout pas contre les étrangers.
Je souhaite que nous puissions instaurer le dialogue,
un dialogue constructif et c’est de cette façon
solidaire que nous arriverons à quelque chose.
FERDINAND
P. OUEDRAOGO
ANCIEN DIRECTEUR DE L’ECOLE PRIMAIRE DE ZONGO,
EN RETRAITE DEPUIS 2000
San
Finna : Qu’est-ce qui est sorti de vos échanges
avec le maire de la commune, Simon Compaoré ?
Ferdinand P. Ouédraogo (F.P.O.) : Le maire
nous a demandé de la retenue afin qu’il voit
avec le maire de l’arrondissement pour qu’on
obtienne des parcelles avant notre déguerpissement
sur les axes du projet.
San
Finna : Mais selon certaines indiscrétions, il
y a eu des écarts de langage ; qu’en est-il
exactement ?
F.P.O.
:
A
la rencontre avec Simon Compaoré dans son
bureau, les concernés par le déguerpissement
ont délégué 4 personnes dont
moi. J’y suis parce que je suis vieux et assez
ancien à Zongo Alors, après que le
maire ait tergiversé pendant près
de 30 mn, il a enfin demandé à tout
un chacun de donner son avis. Mais je précise
qu’il a passé son temps à nous
tenir des promesses, comme d’habitude. Et
quand le
président
de notre collectif m’a demandé de prendre
la parole au nom de tous, j’ai voulu attirer
l’attention du maire sur le fait que la majorité
des déguerpis étaient des chefs de
famille et qu’avec la pauvreté, il
était difficile de croire à des promesses.
Mais si nous avions des parcelles, cela ne nous
dérangerait pas d’aller sur un site
définitif sans encore un risque de devoir
partir. C’est là qu’il s’est
emporté, me traitant de vieil irresponsable
et allant jusqu’à dire que j’instrumentalise
les gens, et ainsi de suite. J’ai alors répliqué
et il a profité me dire de sortir de son
bureau. C’est après que les autres
(ceux qui sont restés) sont venus me dire
ce que je vous ai dit plus haut. Je ne sais pas
si c’est la vérité.
San
Finna : Comment voyez-vous la suite des évènements
à Zongo ?
F.P.O : La suite, tout le monde peut l’imaginer
parce que les autorités municipales de Boulmiougou
sont descendues à Zongo pendant que nous étions
chez le maire central en train de négocier. Les
autorités sont venues réunir la population
du village et leur dire que nous sommes contre la venue
de l’eau mais de signer une pétition en faveur
de l’eau. Comme ça, ils auront carte blanche
pour nous déguerpir de force.
San
Finna : Est-ce que le collectif a déjà pris
langue avec les autorités avant que les choses
ne dégénèrent ?
F.P.O : Nous avons eu des rencontres publiques
soit avec Madame le Maire, soit avec les conseillers.
C’est une seule fois que nous avons (le collectif)
pu rencontrer les conseillers en aparté. Ils nous
ont fait savoir que nous n’avions pas le choix et
si les négociations n’évoluent pas,
ils feront venir les bulldozers pour raser les maisons.
Ils affirment avoir fait cela partout et rien ne se serait
passé. Dernièrement, notre bureau a eu une
rencontre avec madame le Maire. Le samedi 17 novembre,
à notre rencontre, nos camarades nous ont dit que
le maire menaçait de raser les concessions comme
cela s’est fait à Bogodogo et à Kouritenga.
San
Finna : Mais voulez-vous réellement que l’eau
vienne à Zongo ?
F.P.O. : Ce n’est pas ça. C’est
le comportement qui est irresponsable sinon nous-mêmes,
nous voulons que l’eau vienne. Mais au lieu que
les autorités municipales se positionnement comme
des conciliateurs et aussi des catalyseurs du développement,
c’est eux-mêmes qui jettent le trouble et
la confusion entre nous. C’est à ne rien
comprendre. Il y en a même qui ont commencé
à nous traiter de rebelles alors que nous aussi,
nous ne pouvons pas vivre sans eau. Mais il faut que Simon
et les autres sachent que j’ai fait honnêtement
mes états de service jusqu’à la retraite
en décembre 2000. Même si je ne peux pas
être son père, je suis de loin son grand
frère. J’ai même été
décoré le 11 décembre 1987 Chevalier
de l’Ordre du mérite burkinabé avec
agrafe enseignement. Nous voulons seulement que l’on
nous trouve des parcelles avant le démarrage du
projet. Ce n’est pas compliqué, ça
!
Aristide
Ouédraogo
Dernière
minute : Au moment de boucler, nous apprenons par Mme
le maire, Séraphine Ouédraogo, qu’une
solution aurait été trouvée en dernière
minute à Zongo. Nous en avons profité pour
lui demander une interview pour la semaine prochaine,
ce qu’elle a aimablement accepté.