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"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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LE REN-LAC
QUE PENSER DE SON APPEL A UNE SOUSCRIPTION NATIONALE
POUR CLOTURER SON BUDGET ?


Le financement exclusif par les partenaires de certaines structures qui oeuvrent dans le domaine des droits de l’homme, de la promotion de la démocratie, de la corruption.. comme le CGD, le RENLAC, le Centre de presse Norbert Zongo, le GERDESS…, ne rencontre pas toujours la pleine adhésion des Burkinabé. S’il y en a parmi ces structures pour lesquelles ces subventions se justifient pleinement, il en est d’autres pour lesquelles on demande à voir ; c’est finalement comme ces ONG qui officient dans l’humanitaire. Ce n’est donc pas étonnant que le sujet accroche, qu’il crée même la polémique, et justement, l’appel à souscription nationale lancée par le REN-LAC pour boucler son budget, est venu confirmer les positions contrastées des Burkinabé sur la question. Les réactions ci-dessous ne laissent pas de doute à ce sujet.

Konsimbo F. Evariste, Président du CEDEV : « Le prestige dont jouit le RENLAC auprès des opinions nationale et internationale tient essentiellement à son indépendance, laquelle indépendance lui confère une grande objectivité dans la conduite de ses travaux notamment en matière de dénonciation et de lutte contre la corruption. Il est vrai que le niveau élevé de la corruption dans un pays pauvre, démocratiquement en construction, nécessite la contribution et l’apport de tous les citoyens. Une telle mission est à la fois noble et capitale pour la survie de l’Etat et à ce titre, on ne devrait exclure aucune forme devant permettre de collecter des fonds. Cependant, la formule quasi atypique –à savoir la souscription nationale- choisie par le RENLAC pour lever des fonds afin de pourvoir à ses besoins financiers non moins importants (663.095.360 fcfa) soit environ un million d’euros, suscite des inquiétudes citoyennes tant sur le montant que sur le principe :

- le montant : il pourrait sembler surprenant qu’une institution comme le RENLAC qui fait du bénévolat son leitmotiv, ait un si grand besoin financier

- le principe : l’appel à souscription nationale (ouvert à tous) pour financer sa présente campagne, tel que décrit et voulu par le RENLAC, est porteur de germes à même d’entacher l’indépendance et l’objectivité qui ont jusque là caractérisé les travaux du RENLAC.

En conclusion, nous pensons que le RENLAC devrait revoir la formule de financement ainsi que le coût estimé de ses activités ».

Abdoul Karim Sango, professeur permanent à l’ENAM, Chargé des questions politiques du PAREN : « Je pense que le Réseau national de lutte anti-corruption, qui est une organisation de la société civile, joue un rôle majeur dans le processus de quête de bonne gouvernance pour coller un peu avec les concepts qui sont à la mode dans notre pays aujourd’hui. Les différents rapports du RENLAC nous ont permis quand même d’avoir une idée exacte sur les secteurs tant publics que privés de notre pays qui sont sérieusement minés par la corruption.

Je me dois quand même de reconnaître que c’est une structure qui doit vivre dans l’aventure institutionnelle non formelle, au sens où il s’agit d’une structure qui n’est pas créée par l’Etat. A la fois, il me semble que le travail du RENLAC n’est pas toujours bien perçu notamment par les gouvernants. On a vu la dernière sortie du chef de l’Etat lors de l’entretient qu’il a accordé aux journalistes où, à la limite, on a l’impression qu’il était en train de dire que tout ce qui ressortait des rapports du RENLAC n’était pas toujours des choses exactes.

Je pense aussi que c’est une structure qui n’est même pas suffisamment connue des Burkinabé. C’est un peu le problème de pas mal de structures d’un point de vue de la fonctionnalité. Leur connaissance se situe au niveau d’une certaine élite. Je me demande combien de Burkinabé ont déjà vu un rapport du RENLAC, l’ont déjà parcouru. Il peut donc se poser la question de la légitimité d’une telle institution.

Au-delà de ce que je viens de dire, je peux dire que c’est une structure qui reste importante. Mais elle l’est pour qui ? C’est pourquoi quand elle lance un appel à souscription pour son programme évalué à plus de 600 millions f, on peut se poser un certain nombre de questions.

D’abord, pourquoi aujourd’hui ? Parce qu’évidemment, c’est la première fois que cette structure fait appel à des fonds autres que les fonds des bailleurs. Or, sur ce point, il m’a semblé que cette structure, à un moment donné, souffrait d’un déficit de bonne gouvernance. Je l’ai lu comme ça dans les médias. Evidemment, lorsqu’on se met dans la position du donneur de leçons, il faut évidemment faire très attention. En réalité, c’est ce déficit de bonne gouvernance dans la gestion de cette structure qui a rendu un peu réticente l’intervention financière des bailleurs de fonds. Mais vraiment je ne le dis pas avec certitude mais c’est ce que j’ai lu. Je ne me suis pas vraiment intéressé à la question.

Par ailleurs, je me pose la question de savoir si dans notre contexte, il y a encore grand-chose à faire contre la corruption. Notre pays est passé de la 65 ème à la 107 ème place, je crois, ce qui veut dire que le phénomène corruptif est réel. Pour résoudre cette question, l’Etat lui-même a multiplié les institutions. On a entendu différents rapports. Les médias ont joué un grand rôle. Je me demande alors si aujourd’hui il faut rester dans la dénonciation ou réfléchir aux mécanismes pour lutter pour freiner la corruption. Parce qu’on sait où se situe le problème. C’est à cela que je crois que l’appel à souscription nationale du RENLAC (sans avoir lu dans les détails le programme d’activités du réseau) est destiné à poursuivre dans la dénonciation. On ne peut pas poursuivre ainsi parce que les citoyens et les populations burkinabé ont beaucoup entendu parler de tout cela. Ce qu’ils attendent aujourd’hui, c’est vraiment un train de mesures dans le sens de réprimer véritablement la corruption.

Un autre aspect sur la question de la corruption, c’est qui a intérêt à ce qu’il y ait la corruption ? Qui ? Est-ce le citoyen ordinaire ? En réalité, ceux qui ont intérêt à ce qu’il y ait de la corruption, c’est ceux qui ont de l’argent, qui veulent faire des affaires.

Dans notre contexte, c’est eux qui profitent de ce système corruptif. J’aimerais bien voir un opérateur économique qui veut plus de transparence dans les marchés publics parce que lui, il est compétent. Il doit donc être prêt à payer une association qui va faire dans la dénonciation. Apparemment, ce que nous constatons, c’est que la grande majorité de nos opérateurs économiques se plaisent dans le système actuel .Or, c’est eux qui peuvent contribuer dans les 600 millions de Fr que veut le RENLAC. Evidemment, on ne peut demander au commun des Burkinabé qui a du mal à manger chaque jour, de donner de l’argent, surtout quand il se demande depuis toujours où va l’argent du contribuable. Je pense donc que de ce point de vue, il y a très peu de chance que cet appel à fonds aboutisse.

On fait appel aux députés. Les députés vous diront qu’ils n’ont pas fini de remettre de l’argent à leurs militants, ainsi de suite.., encore que les députés sont les mieux placés pour dénoncer la corruption à travers le contrôle de l’action gouvernementale. Ils peuvent commanditer des enquêter avec les moyens de l’Etat pour ce faire. Ils comprendraient alors difficilement pourquoi ils donneraient de l’argent à une telle structure. De mon point de vue, ce n’est pas évident, d’abord de par la pertinence de la question de savoir s’il faut rester dans la dénonciation ou pas.

Ensuite, je vais vous donner un exemple : mon parti a proposé à l’Assemblée nationale depuis 2002, une proposition de loi relative au délit d’apparence mais je n’ai jamais entendu qu’une structure dite de lutte contre la corruption ait soutenu cette proposition.

Voilà à mon sens, une mesure concrète qui condamne un fonctionnaire qui mène une vie largement au-dessus de ses moyens. On voit des gens dans ce pays qui s’achètent de très grandes maisons, de très belles voitures. C’est très bien, on est d’accord mais quand c’est des fonctionnaires, il y a problème. Aucune organisation de ce pays, y compris le RENLAC, n’a applaudi à cette proposition de loi. Là maintenant, je suis passé de Chercheur à l’homme politique. Il faut toujours à mon sens être cohérent et dire que dans un Etat de droit, les structures doivent travailler de façon complémentaire.

Je crois donc que ce sera difficile pour cette affaire de fonds. On n’a pas cette culture. D’abord, il y a la pertinence et le fait que le commun des Burkinabé n’a pas les moyens et il y a que ceux qui ont les moyens sont ceux qui vivent de la corruption.

Voilà un peu l’analyse que je fais par rapport à cet appel à souscription nationale du RENLAC
».

Mathieu Tapsoba, Enseignant : « Moi, je suis dans un parti politique qui a beaucoup de problèmes pour aller même rencontrer ses militants (je parle même pas des conférences et autres). Les moyens manquent vraiment. On sait bien que les militants, en dehors de ceux du CDP (qui sont obligés de cotiser) ne payent pas de cotisations et qu’au contraire, ils exigent du parti de l’argent. Et quand on regarde ce que l’Etat donne aux partis qui courent partout dans le pays, c’est une misère ! Alors, je vais le reconnaître : je suis un peu jaloux quand je vois que des organisations comme par exemple le RENLAC, le CGD.., croulent sous l’argent pour faire le boulot que nous dans les partis, on est censé faire. S’il manque au RENLAC 10 % de son plus de milliard déjà engrangé (on ne sait pour faire quoi, au juste), qu’il serre la ceinture. Ca me fait mal car ce sont les partis qui doivent être mis en avant, qui ont un rôle constitutionnel, qu’on laisse sur le bas côté de la route. On leur demande d’aller au-devant des masses. Mais avec quoi ? Je pense plutôt qu’on veut les nuire. Alors, je propose que si on veut continuer à aider les associations, qu’on réduise le nombre de partis pour qu’ils soient aidés correctement comme ces associations pour faire correctement leur boulot ».

Jean-Pierre Ouédraogo, Enseignant à Ouagadougou : « Je suis loin d’être contre cet appel mais ce qui m’a tiqué, c’est quand le RENLAC a dit que « Les contributions importantes dont l’identité du donateur n’est pas connue ne seront pas acceptées ; mais pour ceux ou celles qui le souhaitent, le REN-LAC donne l’assurance que l’anonymat sera garanti ». Pour moi, ça signifie que si l’anonymat est garanti (puisque je comprends qu’il le sera), des gens et/ou des structures mal intentionnés qui voudraient par exemple influencer le REN-LAC pourraient donner de l’argent et personne ne le saura, en dehors des responsables de l’organisation. La question que je me pose alors, c’est celle de savoir si effectivement, il n’y aura pas une espèce d’autocensure de la part du REN-LAC vis-à-vis de ces souscripteurs généreux dont seule l’organisation connaîtrait les noms ! Ne dit-on pas que bouche qui a mangé ne peut parler librement ? Pour moi, le REN-LAC aurait dû solliciter uniquement les ambassades surtout que le reliquat manquant pour son budget n’est pas très élevé, et elles auraient agi en plein jour. C’est ça la transparence. En tout cas, il faut que le RENLAC soit plus clair dans ses propos, sur ce point ! ».

Maxime Ouédraogo, Etudiant : «Le REN-LAC fait un travail fantastique chez nous. C’est la seule organisation indépendante qui, chaque jour, nous édifie par son travail sérieux, avec des exemples bien concrets. Si aujourd’hui, elle a besoin de fonds pour boucler son budget et qu’elle le dit, je ne vois pas où est le problème. Elle mérite bien cela. Moi j’ai totalement confiance au REN-LAC que si je peux, je vais lui remettre un petit quelque chose, histoire de contribuer. Bonne continuation au REN-LAC, c’est tout ce que j’ai à dire, je vous remercie».

TN






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