LE
CAS ABDOULAYE WADE
ATTENTION A LA GENERALISATION CALCULEE !
Aujourd’hui,
on en trouve à la pelle qui attaquent
Abdoulaye Wade pour la manière dont il
gère son pays, qui rivalisent d’analyses,
de détails pour montrer combien cet opposant
historique, véritable modèle pour
les démocrates et les |

Président Abdoulaye
WADE
(Photo Nouvel Observateur) |
panafricanistes
africains, a trahi leur espoir en se convertissant
une fois au pouvoir en accapareur comme ne l’auraient
pas mieux fait les dictateurs qu’hier
il combattait, en exposant sa liberté
et même sa vie. Mais ce n’est pas
tout : on prend aussi insidieusement ce cas
comme exemple pour faire comprendre aux Africains
qu’ils doivent sortir de l’illusion
que l’opposition a une vocation naturelle
à faire mieux que la majorité
en la remplaçant, bref qu’ils doivent
arrêter de sacraliser l’alternance. |
GARANTIES
NATIONALES DES DICTATEURS
Il y en a certainement qui développent cette
opinion par conviction ou par dépit mais il y
en a, tout autant sinon plus, qui le font par calcul,
parce que l’intention ici, c’est de servir
indirectement la cause des dictateurs africains qui
veulent étouffer jusque dans l’œuf,
toute espérance en la possibilité pour
un opposant, de faire mieux qu’eux au pouvoir.
Ce jeu-là est très subtil ; c’est
pour cela qu’il ne se voit pas à l’œil
nu.
Il faut savoir en effet que dans notre chère
Afrique d’aujourd’hui, il n’y a pas
que le cercle immédiat des dictateurs qui profitent
de leur système de gouvernance et qui aspirent
à sa pérennisation. Non, ce serait se
mettre le doigt dans l’œil que de croire
ça ! Les dictateurs africains ont vu loin, très
loin même. Ils ne se sont pas contentés,
comme leurs devanciers de l’immédiat après
indépendance, d’accaparer brutalement les
pouvoirs et de régner par le fer et par le sang.
L’époque des N’Guema Mathias, des
Idi Amin, Bokassa et autres, ça c’est bien
révolu. Aujourd’hui, tout se fait en finesse
: on rentre dans le jeu démocratique, on adopte
sur le papier, les institutions les plus policées
mais on mise sur des techniques contondantes, des manipulations
informatiques, pour détourner sans traces, les
institutions de leur finalité. A ce jeu-là,
on en arrive à endormir les opinions nationales
et internationale en offrant l’image de pays ayant
une pratique démocratique parfaite et des institutions
rodées par un usage sans rupture.
Déjà, en Europe et même aux USA,
malgré l’avance technologique et le haut
niveau de culture démocratique, ils ne sont pas
nombreux qui s’y retrouvent dans toutes les recettes
qui permettent de fausser un scrutin et de dénaturer
la démocratie : emplois fictifs, délits
d’initiés, marchés arrangés,
fraudes informatiques, instrumentalisation de l’opinion
via les médias, etc. Rapporté à
l’Afrique, on voit des possibilités abyssales
qui s’offrent aux dictateurs pour berner les opinions
et travestir les votes. Même au niveau des prisons,
pourquoi s’embarrasser maintenant avec des prisonniers
politiques pour avoir des mouvements de droits de l’homme,
des médias, sur le dos ? On peut les éliminer
de plusieurs façons sans laisser de sang sur
les mains : le poison, ça existe mais tout aussi
pénible et efficace que le poison qui vous envoie
outre-tombe, il y a l’acharnement, les persécutions
morales qui vous envahissent l’âme et vous
rendent la vie impossible dans votre travail, dans votre
famille, qui vous donne envie, sinon d’aller vous
faire voir ailleurs, de vous mettre une balle dans la
tête. Ca fonctionne comme ça maintenant,
en Afrique ! On y revêt, comme le loup son manteau,
la tunique de la démocratie mais on reste dictateur
à tout crin.
Ce pantomime de démocratie est verrouillé
en interne parce qu’avec l’argent, on a
réussi à démultiplier des structures
favorables au régime dans tous les secteurs :
confessions religieuses, organisations coutumières,
médias, syndicats, opérateurs économiques,
informel, partis politiques d’opposition…
On trouvera toujours, grâce à cette technique,
des défenseurs d’autant plus zélés
et crédibles qu’ils ne sont pas forcément
affichés comme étant du « cercle
». Ils voleront au secours du système parce
qu’ils savent qu’en le faisant, ils ne défendaient
pas tant celui-ci que leurs propres privilèges,
leur propre sécurité. Voilà la
trouvaille !
GARANTIES
INTERNATIONALES DES DICTATEURS
Mais le « must » dans la néo-dictature
qui sévit actuellement en Afrique, ne réside
pas seulement dans les protections prises grâce
au hold-up sur la vie politique et économique
nationale, il y a aussi les prises de garantie internationales
auprès des grands de ce monde, qu’ils soient
à la tête d’Etats ou d’institutions
internationales, grâce aux faveurs et autres pistons,
grâce aux valises qui circulent, surtout en temps
de campagne. En contrepartie, qu’est-ce qu’on
fait à ce niveau international ? Eh bien, on
bétonne, on sécurise à tout va
les sources d’approvisionnement, les protège
contre les pertes d’élections, les poursuites
judiciaires, bref on leur assure l’impunité
totale et la pérennisation au pouvoir. La boucle
est bouclée quand bien même les dictateurs
charcuteraient sans retenue leurs constitutions, instaureraient
le principe de la dévolution héréditaire
du pouvoir dans un cadre républicain et démocratique,
ou qu’ils commettraient les crimes les plus odieux
passibles de la Cour Pénale Internationale.
C’est ça qui fait qu’aujourd’hui,
on ne s’émeut pas outre mesure aux Usa,
en Europe.. qu’un Saïf el-Islam Kadhafi puisse
succéder à son père, qu’
en Egypte, Gamal Moubarak, le fils de son père,
ait déjà le pied dans l’étrier.
De la même façon, qui dans ces démocraties
bien pensantes, s’offusque que Karim Wade, après
des signes surabondants, soit aujourd’hui pressenti
comme le prochain maire de Dakar et pratiquement mis
en orbite pour briguer la présidence ? Personne,
et si demain, Blaise Compaoré franchissait le
rubicond pour afficher clairement ses intentions de
céder son fauteuil à son frère
François Compaoré, on n’en trouverait
pas non plus pour pousser des cris d’orfraie dans
ces régions du monde.
CONCLUSION
Si on entend subtilement battre campagne autour de l’idée
que l’alternance n’est pas le paradis, qu’elle
peut être un attrape-nigaud dans des pays comme
le Sénégal, il ne faut pas s’y tromper
: tout cela participe de la consolidation des autocraties
en place par la décrédibilisation de la
démocratie et surtout des oppositions et de leur
fétichisme de l’alternance. C’est
ça la nouvelle démocratie d’opinion
que nous cornaquent les puissances financières
et médiatiques qui se substituent, avec la complicité
de nos princes présidents, aux peuples pour légitimer
des formes de gouvernance qui font leur affaire. Alors,
ne soyons pas dupes : le cas Wade est certainement un
contre-exemple terrible pour les démocrates et
les opposants africains mais ce n’est pas pour
autant qu’il faille l’inscrire au fronton
de toutes les démocraties pour en conclure que
l’alternance, c’est une foutue arnaque !
La Rédaction