Mise à jour le 25/11/2007
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San Finna N°441 du 26 Novembre au 02 Décembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

LE CAS ABDOULAYE WADE
ATTENTION A LA GENERALISATION CALCULEE !

Aujourd’hui, on en trouve à la pelle qui attaquent Abdoulaye Wade pour la manière dont il gère son pays, qui rivalisent d’analyses, de détails pour montrer combien cet opposant historique, véritable modèle pour les démocrates et les

Président Abdoulaye WADE
(Photo Nouvel Observateur)
panafricanistes africains, a trahi leur espoir en se convertissant une fois au pouvoir en accapareur comme ne l’auraient pas mieux fait les dictateurs qu’hier il combattait, en exposant sa liberté et même sa vie. Mais ce n’est pas tout : on prend aussi insidieusement ce cas comme exemple pour faire comprendre aux Africains qu’ils doivent sortir de l’illusion que l’opposition a une vocation naturelle à faire mieux que la majorité en la remplaçant, bref qu’ils doivent arrêter de sacraliser l’alternance.

 

 

 

 

 


GARANTIES NATIONALES DES DICTATEURS

Il y en a certainement qui développent cette opinion par conviction ou par dépit mais il y en a, tout autant sinon plus, qui le font par calcul, parce que l’intention ici, c’est de servir indirectement la cause des dictateurs africains qui veulent étouffer jusque dans l’œuf, toute espérance en la possibilité pour un opposant, de faire mieux qu’eux au pouvoir.

Ce jeu-là est très subtil ; c’est pour cela qu’il ne se voit pas à l’œil nu.

Il faut savoir en effet que dans notre chère Afrique d’aujourd’hui, il n’y a pas que le cercle immédiat des dictateurs qui profitent de leur système de gouvernance et qui aspirent à sa pérennisation. Non, ce serait se mettre le doigt dans l’œil que de croire ça ! Les dictateurs africains ont vu loin, très loin même. Ils ne se sont pas contentés, comme leurs devanciers de l’immédiat après indépendance, d’accaparer brutalement les pouvoirs et de régner par le fer et par le sang. L’époque des N’Guema Mathias, des Idi Amin, Bokassa et autres, ça c’est bien révolu. Aujourd’hui, tout se fait en finesse : on rentre dans le jeu démocratique, on adopte sur le papier, les institutions les plus policées mais on mise sur des techniques contondantes, des manipulations informatiques, pour détourner sans traces, les institutions de leur finalité. A ce jeu-là, on en arrive à endormir les opinions nationales et internationale en offrant l’image de pays ayant une pratique démocratique parfaite et des institutions rodées par un usage sans rupture.

Déjà, en Europe et même aux USA, malgré l’avance technologique et le haut niveau de culture démocratique, ils ne sont pas nombreux qui s’y retrouvent dans toutes les recettes qui permettent de fausser un scrutin et de dénaturer la démocratie : emplois fictifs, délits d’initiés, marchés arrangés, fraudes informatiques, instrumentalisation de l’opinion via les médias, etc. Rapporté à l’Afrique, on voit des possibilités abyssales qui s’offrent aux dictateurs pour berner les opinions et travestir les votes. Même au niveau des prisons, pourquoi s’embarrasser maintenant avec des prisonniers politiques pour avoir des mouvements de droits de l’homme, des médias, sur le dos ? On peut les éliminer de plusieurs façons sans laisser de sang sur les mains : le poison, ça existe mais tout aussi pénible et efficace que le poison qui vous envoie outre-tombe, il y a l’acharnement, les persécutions morales qui vous envahissent l’âme et vous rendent la vie impossible dans votre travail, dans votre famille, qui vous donne envie, sinon d’aller vous faire voir ailleurs, de vous mettre une balle dans la tête. Ca fonctionne comme ça maintenant, en Afrique ! On y revêt, comme le loup son manteau, la tunique de la démocratie mais on reste dictateur à tout crin.

Ce pantomime de démocratie est verrouillé en interne parce qu’avec l’argent, on a réussi à démultiplier des structures favorables au régime dans tous les secteurs : confessions religieuses, organisations coutumières, médias, syndicats, opérateurs économiques, informel, partis politiques d’opposition… On trouvera toujours, grâce à cette technique, des défenseurs d’autant plus zélés et crédibles qu’ils ne sont pas forcément affichés comme étant du « cercle ». Ils voleront au secours du système parce qu’ils savent qu’en le faisant, ils ne défendaient pas tant celui-ci que leurs propres privilèges, leur propre sécurité. Voilà la trouvaille !

GARANTIES INTERNATIONALES DES DICTATEURS

Mais le « must » dans la néo-dictature qui sévit actuellement en Afrique, ne réside pas seulement dans les protections prises grâce au hold-up sur la vie politique et économique nationale, il y a aussi les prises de garantie internationales auprès des grands de ce monde, qu’ils soient à la tête d’Etats ou d’institutions internationales, grâce aux faveurs et autres pistons, grâce aux valises qui circulent, surtout en temps de campagne. En contrepartie, qu’est-ce qu’on fait à ce niveau international ? Eh bien, on bétonne, on sécurise à tout va les sources d’approvisionnement, les protège contre les pertes d’élections, les poursuites judiciaires, bref on leur assure l’impunité totale et la pérennisation au pouvoir. La boucle est bouclée quand bien même les dictateurs charcuteraient sans retenue leurs constitutions, instaureraient le principe de la dévolution héréditaire du pouvoir dans un cadre républicain et démocratique, ou qu’ils commettraient les crimes les plus odieux passibles de la Cour Pénale Internationale.

C’est ça qui fait qu’aujourd’hui, on ne s’émeut pas outre mesure aux Usa, en Europe.. qu’un Saïf el-Islam Kadhafi puisse succéder à son père, qu’ en Egypte, Gamal Moubarak, le fils de son père, ait déjà le pied dans l’étrier. De la même façon, qui dans ces démocraties bien pensantes, s’offusque que Karim Wade, après des signes surabondants, soit aujourd’hui pressenti comme le prochain maire de Dakar et pratiquement mis en orbite pour briguer la présidence ? Personne, et si demain, Blaise Compaoré franchissait le rubicond pour afficher clairement ses intentions de céder son fauteuil à son frère François Compaoré, on n’en trouverait pas non plus pour pousser des cris d’orfraie dans ces régions du monde.

CONCLUSION

Si on entend subtilement battre campagne autour de l’idée que l’alternance n’est pas le paradis, qu’elle peut être un attrape-nigaud dans des pays comme le Sénégal, il ne faut pas s’y tromper : tout cela participe de la consolidation des autocraties en place par la décrédibilisation de la démocratie et surtout des oppositions et de leur fétichisme de l’alternance. C’est ça la nouvelle démocratie d’opinion que nous cornaquent les puissances financières et médiatiques qui se substituent, avec la complicité de nos princes présidents, aux peuples pour légitimer des formes de gouvernance qui font leur affaire. Alors, ne soyons pas dupes : le cas Wade est certainement un contre-exemple terrible pour les démocrates et les opposants africains mais ce n’est pas pour autant qu’il faille l’inscrire au fronton de toutes les démocraties pour en conclure que l’alternance, c’est une foutue arnaque !

La Rédaction






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