San
Finna N°441 du
26 Novembre au 02 Décembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
LA
TENSION MONTE ET REDESCEND A KINDI
ACCUSANT LES DERIVES DE NOTRE DEMOCRATIE
Ce
qui se passe à Kindi, ces derniers temps, pose
un problème d’intérêt local
mais qui a des répercussions nationales. Qu’est-ce
qui a amené une telle descente de chefs coutumiers
à Kindi ce 21 novembre, pour régler un problème
de lotissement ?
Rappelons
d’abord qu’après un premier lotissement
à problème, le conseil municipal, en sa
séance du 11 juin dernier, avait instruit le maire
d’entreprendre les démarches nécessaires
en vue de réaliser un autre lotissement. Mais il
ne semble pas que la population concernée ait été
sensibilisée. Selon un conseiller municipal, le
maire aurait fait coller des affiches en ville pour interdire
la construction de maisons dans les zones non loties de
la commune. Et au même conseiller de relever que
le lotissement n’est pas une priorité pour
Kindi et que le maire aurait même abusé de
l’analphabétisme des autres conseillers pour
rédiger la délibération.
C’est pour cette raison que le chef de Kindi a été
interpellé afin d’obtenir qu’il soit
sursis au projet de lotissement, les priorités
allant vers la famine, la pauvreté…
Le maire qui n’a pas apprécié, a accusé
le chef de monter la tête à la population
et de fil en aiguille, cela a fait monter la tension.
Face à la situation, ce n’est pas le préfet,
le Haut commissaire ou le gouverneur qui prendront l’affaire
en main mais le Lallé de Koudougou qui, toute affaire
cessante, décide d’intervenir pour calmer
les esprits. Il demande de surseoir à une marche
programmée pour le 20 novembre et envoie des émissaires
à Kindi pour des palabres avec la population.
Outre Naba Koanga de Kindi, il y avait le chef de Bilgo
(Tansoaba de Lallé), le Kamboin Naba représentant
du Larlé Naba venu de Ouagadougou, le Naba de Tampouy
Ouétanga, le Song Naba de Tampouy et le chef de
Manviré (dans le canton de Lallé).
Le
représentant du Tengsoaba n’est pas
passé par 4 chemins pour rejeter le projet
de lotissement. Un des sages de Kindi, Zanga, dont
l’intervention a été fortement
applaudie, estime que le maire de la commune n’a
pas d’approche avec les sages, d’où
l’énormité de ses difficultés
pour faire aboutir ses projets. Il estime qu’une
marche n’est pas à exclure si le maire
persistait.
Les
coutumiers écoutant attentivement les messages
des intervenants.
Tour à tour, les différents intervenants
n’ont pas eu de mots tendres envers le maire. Mr
Kaboré John Gabriel, frère aîné
de Naba Sanem et le chef de Bilgo (Tansoaba de Lallé),
émissaires du chef de Lallé ont trouvé
les mots justes pour calmer les ardeurs de la population
et des intervenants.
Cette affaire de Kindi soulève plusieurs problèmes.
D’abord, celui du foncier rural et de la priorisation
de la politique des lotissements dans les communes de
ce type, surtout lorsque des expériences de lotissement
se sont révélées infructueuses et
source de problèmes inextricables. L’affaire
de Kindi soulève aussi la question de la gestion
par procuration des mairies qui est endémique puisque
près de 80 % des maires dorment dans les grandes
villes, notamment à Ouagadougou.
Mais il est d’autres problèmes qui influencent
plus négativement la démocratisation au
plan local mais aussi au plan national. C’est l’instrumentalisation
de la chefferie par le pouvoir politique qui s’ingère
de plus en plus dans leur nomination. Ceci expliquant
cela, les chefs en viennent à se substituer non
seulement aux partis politiques pour gérer des
litiges politiques mais aux administrations locales et
centrale pour régler des problèmes ressortissant
de leur compétence. Que les chefs puissent être
facilitateur ou médiateur, ce n’est pas contraire
à la coutume et à la tradition républicaine
qui en fait quasiment des auxiliaires depuis la période
coloniale jusqu’à nos jours mais que cela
tende à s’institutionnaliser, voilà
qui peut déréguler la démocratie
au Burkina Faso quand on sait surtout qu’ils sont
quasiment tous récupérés par le pouvoir
!
Adama
Ouédraogo, depuis Koudougou
ERRATUM
L’entretien
que nous a accordé son Excellence Monsieur le Consul
de France au Burkina Faso la semaine passée, et
que nous avons répercuté dans notre numéro
440, contenait une coquille au niveau des statistiques
concernant les tests ADN. Ils pourraient concerner au
Burkina Faso, non pas « 165 et 200 » personnes
par an, comme nous l’avons écrit, mais entre
16 et 25. Toutes nos excuses.