San
Finna N°442 du
03 au 09 Décembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
AU
ROYAUME DE BOUSSOUMA
LA FETE DU KI-TOIGA FUT BELLE
L’un des cinq (5) Dima du Mogho, sa Majesté
le Naba Souré de Boussouma, à l’état-civil
Salfo Théodore Ouédraogo (Député
à l’Assemblée nationale), accomplissait
ce week-end une des cérémonies les plus
célèbres, le Ki-toiga, fête des récoltes.
Véritable monarque au cœur de la savane burkinabé
à un vol d’oiseau de la capitale Ouagadougou
et à un jet de pierre du chef lieu de la région
du Centre Nord, Kaya, le Dima de Boussouma, par la filiation,
est parenté aux autres Dima qui règnent
à Ouagadougou, Tenkodogo, Fada et Ouahigouya. Boussouma
est un royaume indépendant où son roi par
essence a droit de vie ou de mort sur ses sujets. Immersion
au cœur d’une fête qui célèbre
les récoltes et une nouvelle année traditionnelle.
Le
Sonré Naba de Boussouma règne sur 12 cantons
avec à leur tête des Kombèemba (princes
de sang royal) et en pareille occasion, tout le royaume
s’était mobilisé pour venir renouveler
son allégeance au roi et commémorer avec
lui la fête des récoltes et la nouvelle année.
Dépêché pour aller y être vos
yeux et vos oreilles, c’est à bord d’un
car bringuebalant que nous avons pris la route. Expédition
marquée par un concert de ronflements de qualité
supérieure pendant près de deux heures et
par des haltes incessantes du chauffeur pour embarquer
des passagers comme le ferait un taxi-brousse.
Dans cette ambiance à dépayser le touriste,
je suis arrivé à Boussouma. Des milliers
de personnes s’étaient donné rendez-vous
devant la cour du roi qui s’était à
l’occasion, paré de ses plus beaux atours.
Les délégations venues de tout le royaume
allaient tour à tour rendre hommage au roi qui
était entouré des notabilités, de
sa cour.
Après
le rituel de la courte fuite et de son retour au
palais royal le jeudi 29 novembre, le Naba Sonré
de Boussouma sonnait de ce pas, la cloche du début
des festivités. Ainsi, le vendredi 30 novembre
et le samedi 1er décembre, ce furent des
journées exclusivement consacrées
à la coutume et aux rites qui accompagnent
la célébration du Ki-toiga. Le dimanche,
c’est-à-dire hier le 2 décembre,
on a laissé place aux
réjouissances populaires et au banquet offert
par le roi à ses convives venus du royaume
et d’ailleurs.
Mais dès le samedi 1er décembre, il n’y
avait plus de place autour du palais royal. Chaque ombre
et chaque espace étaient pris d’assaut par
une foule nombreuse et par une population qui a aussitôt
transformé les lieux, en marché.
Au milieu des artificiers du roi, de la poussière
soulevée par les danseurs de « warba »
et autres groupes, des vendeurs de pastèques, de
viande, de galettes… commerçaient sans souci.
Mais au-delà de cette insouciance mêlée
à la joie du Ki-toiga, nous avons constaté
que même les murs et les arbres étaient pris
d’assaut par la population. Le Soubèga Naba
Kougri avec ses notables, était installé
sous un arbre. Visiblement surpris par l’engouement
de la population, il nous a confié que sa présence
se justifie par sa volonté de « perpétrer
la tradition en venant faire allégeance au roi
qui est son père et à participer à
la commémoration du Ki-toiga ».
Très avare en mots sûrement à cause
de la réserve légendaire qu’observent
certains face à leur Dima, il nous a encouragé
« à continué de travailler dans le
sens de faire connaître la tradition afin qu’elle
perdure ».
Pour avoir accès au roi afin de réaliser
quelques photos, nous avons dû batailler ferme,
parfois au prix de bousculades monstres tellement le Dima
était inaccessible. Il avait sûrement la
tête ailleurs que de répondre à nos
questions. Alors nous nous sommes approchés du
Daporé Toogo Naba qui n’a pas été
plus bavard que le précédent mais qui nous
dira tout de même que cette « cérémonie
répond à l’accomplissement d’une
tradition venant des ancêtres. C’est la fin
de la saison des pluies et la récolte a été
bonne, alors la célébration du Ki-toiga
vient comme une bénédiction afin que les
populations consomment sans crainte leurs récoltes.
Au cours de la cérémonie, des bénédictions
sont aussi demandées en faveur des populations
et de tout le pays afin qu’il y règne la
paix ».
Au fil du défilé des délégations
auprès du roi, les artificiers ont assuré
le spectacle à travers des canonnades à
réveiller des morts. Et comme en pareil cas, alors
que les enfants étaient emplis de frayeurs et de
pleurs, on en voyait qui prouvaient leur sang-froid en
restant de marbre et d’autres qui avouaient leur
sensiblerie en bouchant leurs oreilles ou par moult tressaillements.
Ce qui est sûr, c’est que les tympans en auront
eu pour leur compte !
Avant de quitter Boussouma, nous avons rencontré
le Kamb-Naba, un homme atypique ayant une connaissance
pointue de l’histoire du royaume mais qui refusera
de se confier à la presse. Nous avons donc eu un
court magistral d’histoire mais hors micro. Une
histoire qui remonterait à Naba Koundoumyé
à nos jours marquée de hauts faits et de
volonté d’indépendance renouvelée.
Et sur le chemin du retour, beaucoup d’images continuent
à défiler dans notre tête tellement
il y a eu une adhésion sans faille à la
manifestation qui démontre encore une fois la richesse
de notre culture et l’engouement qu’elle suscite
auprès des populations.
Il y a là comme une invite à sauvegarder
notre identité en protégeant notre mémoire
mais aussi à valoriser notre capital touristique,
ce qui n’est pas sans avantages non plus.
Pour respecter la tradition, nous souhaitons d’autant
plus bonne et heureuse fête du Ki-toiga au Dima
de Boussouma qu’il a rempli son contrat de valorisation
de notre culture et à ses sujets qui n’ont
pas boudé les festivités.
Aristide
Ouédraogo
NOTE DE LA REDACTION
Nous
annoncions pour ce numéro, un entretien avec
Madame Séraphine Ouédraogo. Elle n’a
pas donné signe de vie au journal malgré
nos relances, toute la semaine écoulée
; certainement compte tenu de ses activités.
Nous espérons pouvoir la rencontrer la semaine
prochaine pour parler du cas de Zongo qui intéresse
beaucoup de monde, à ce que nous avons senti
après l’article publié dans notre
organe.