Mise à jour le 02/12/2007
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San Finna N°442 du 03 au 09 Décembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

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POINT DE VUE
LA BOUCLE DU MOUHOUN,
EPICENTRE D’UNE REBELLION VIRTUELLE ?

Dans une déclaration datant de septembre 2007 et publiée seulement le 27 novembre dernier par notre confrère Le Pays, 28 organisations de la société civile ont exprimé la détresse des populations de la région de la Boucle du Mouhoun, pourtant considérée comme le grenier du Burkina Faso. Cette initiative, plein de lucidité et qui ne manque pas d’audace, rencontrera-t-elle une oreille attentive du côté de nos dirigeants ou suscitera-t-elle au contraire un royal mépris à l’instar de la précédente ? Le développement discriminatoire dans un pays recèle le plus souvent les germes d’importants conflits communautaires pour ne pas parler des rébellions, et il serait irresponsable de penser que cela n’arrive qu’aux autres.


BOUCLE DU MOUHOUN
(Carte Ambassade de France)

Les mangeurs qui gravitent autour du pouvoir de Blaise Compaoré auront du mal à parler de démarche «d’aigris » ou de « manipulation politicienne subversive » s’ils veulent garder un minimum de crédit auprès du grand Chef et ne pas se voir déguerpis de la mangeoire. La raison est toute simple : les organisations de la société civile de la région de la Boucle du Mouhoun, signataires de la déclaration relative au peu d’intérêt accordé par les gouvernements successifs au désenclavement de cette région, ont pris le soin de ne pas associer à leur
démarche un parti politique. Mieux, elles émanent de toutes les couches et catégories sociales dont certains de nos gardiens des valeurs morales et éthiques comme les chefs coutumiers et les confessions religieuses. Au regard de la verdeur des propos pour des hommes généralement enclins à la pondération, on imagine le dépit qui les habite. Ils ont déclaré tout haut ce que certains racontent tout bas. La région de la Boucle du Mouhoun est quasiment délaissée et il faut tirer la sonnette d’alarme pendant qu’il est temps au risque de laisser croître des frustrations pouvant conduire à des situations dramatiques.

Que peut bien ressentir un natif de la région de la Boucle du Mouhoun, lorsqu’on lui explique que l’enclavement de sa région est du à la volonté du centre d’obliger les commerçants du Yatenga installés dans les Hauts Bassins, à ne pas se départir de Ouagadougou ? Vérité ou élucubration, on ne saurait le dire. Toujours est-il que le maire de la capitale est cité dans tous les commentaires comme celui qui en a convaincu le président du Faso.

Ce sentiment d’abandon répandu dans la Boucle du Mouhoun est également partagé par les ressortissants des Hauts Bassins. Il ne suffit pas d’occulter les problèmes pour les solutionner. Lorsque la crise a éclaté en septembre 2002 en Côte d’Ivoire, l’une des raisons évoquées était que les différents régimes avaient abandonné à son sort, le septentrion ivoirien pour ne s’occuper que du développement du Sud. Les gens du Nord, indiquait-on à l’époque, ne supportaient plus d’être marginalisés dans leur propre pays. D’autres arguments farfelus ont été développés pour absoudre ceux que l’on présentait comme de simples mutins. Or, le Nord ivoirien, à notre connaissance, n’avait jamais été aussi bien représenté dans une régime ivoirien que sous celui de Laurent Gbagbo. L’Assemblée nationale, le Conseil économique et social, la Cour suprême, étaient entre autres des institutions présidées par des Nordistes et on ne parle pas de l’équipe gouvernementale, ouverte on s’en souvient, à des personnalités de l’opposition (dont Mme Henriette Diabaté) à l’issue du forum de réconciliation organisé à l’initiative du même Gbagbo et présidé par un certain Seydou Diarra à Yamoussoukro. Autant de gestes d’apaisement qui n’ont pas attendri les cœurs des jeunes Nordistes qui ont tenté l’aventure des armes. Personnellement, nous n’avons jamais pris au sérieux la thèse des policiers et gendarmes déchirant des cartes d’identité ivoiriennes parce que leurs titulaires seraient du Nord. Le soutenir, c’est insinuer que sous les régimes d’Houphouët Boigny, d’Henri Konan Bédié et de Robert Guéi, l’Etat ivoirien ne recrutait que des gens du Sud dans les corps militaires et paramilitaires. Aucune protestation n’a été élevée pendant cette période sur la question, et il est impensable que Laurent Gbagbo ait rompu en moins d’une année de pouvoir, l’équilibre régional au sein des Forces de défense et de sécurité de son pays.

Le temps des propagandes nous semble révolu et il faut voir la réalité en face pour appréhender ce qui pourrait bien se passer chez nous si d’aventure, quelques soldats prenaient les armes et s’accrochaient dans les brousses du Mouhoun pour revendiquer un développement équilibré du pays !

Il n’y a pas de doute qu’ils obtiendraient la sympathie de tous les frustrés de la zone et le mouvement pourrait s’étendre rapidement aux régions des Hauts Bassins, des Cascades et pourquoi pas du Sud Ouest ? Côté soutien militaire, il n’y a aucun doute à se faire. Le Burkina Faso a été accusé à maintes reprises d’ingérence dans les crises ayant secoué des pays voisins dont la Côte d’Ivoire est le dernier en date. Des voisins pourraient trouver l’occasion rêvée pour nous régler les comptes. Toute une impressionnante quincaillerie militaire pourrait être déversée pour nous ramener des décennies en arrière sur le plan du développement. N’oublions pas que si la Côte d’Ivoire est encore debout, c’est parce qu’elle est bien nantie, ce qui n’est pas le cas du Burkina Faso.

Qui veut la paix doit préparer la paix, et cela commence par l’endiguement du sentiment d’injustice au sein des populations. C’est le sens qu’il faut donner à la déclaration très patriotique des organisations de la société civile de la Boucle du Mouhoun dont il faut louer le courage au royaume du « Yelkayé » (NDLR : il n’y a pas de problème). Le président Compaoré a tout intérêt à prendre le message avec tout le sérieux requis s’il ne veut pas que les cadres de la région cooptés dans son système finissent par être considérés comme des potiches de la même manière que les ressortissants du Nord (si la description qu’on leur prête est juste) caricaturent des personnalités comme Mamadou Koulibaly et Laurent Dona Fologo en dépit des prestigieuses fonctions tenues. Il peut se mettre à l’écoute des prétendus vigilants de son système qui pensent qu’il suffit de tout peindre en rose pour que tout soit beau et qui expliquent toute critique par le fait de politiciens aigris et jaloux de ses succès.

Quelqu’un a dit que « Le pire malheur de la patrie, c’est autant l’ambition du héros que les desseins du traître ». Prenons garde et cessons de jouer à l’autruche si nous aimons véritablement ce pays !

Hamidou Zoundi






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