Mise à jour le 02/12/2007
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San Finna N°442 du 03 au 09 Décembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

DEVAIT-ON OU NON PUNIR L’ANGLAISE RESIDANT AU SOUDAN POUR AVOIR ACCEPTE QUE SES ELEVES APPELLENT LEUR OURS EN PELUCHE, MOHAMED ?

L’affaire fait grand bruit. Au Soudan, une institutrice britannique d’une école privée, a été arrêtée pour avoir accepté que ses élèves appellent leur nounours, Mohamed. Gillian Gibbons, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a donc été arrêtée le 25 novembre suite à la plainte de parents qui estimaient qu’ en autorisant les bambins à donner un tel prénom à leur nounours, il y a eu insulte au Prophète des musulmans. Comme on peut l’imaginer, la polémique a tout de suite vu le jour : certains condamnent sans rémission l’enseignante qui est majeure et vaccinée et qui sait qu’en vivant au Soudan, elle doit se soumettre aux us et coutumes, ne rien faire qui offense la religion et qu’elle doit donc payer ; d’autres disent qu’elle n’a fait qu’accepter de se soumettre au désir des enfants et qu’il n’y a vraiment pas de quoi fouetter en chat et qu’en conséquence, on doit immédiatement la libérer des geôles soudanaises. Un « Deux sons de cloche » intéressant, avouons-le.

L’INSTITUTRICE GIBBONS A MAL AGI ET ELLE DOIT EN SUPPORTER LES CONSEQUENCES

Le proverbe est légendaire chez nous : quand on arrive dans un pays où tout le monde marche sur la tête, il faut à son tour, marcher sur la tête. Avec ça, on peut dire qu’on a tout dit. Gillian Gibbons vit dans un pays où on applique la Charia, elle doit s’y conformer surtout lorsque ce pays s’appelle le Soudan. En tant que personne majeure, et qui plus est enseignante, elle sait parfaitement que toute représentation du Prophète est interdite. Alors, elle devait dire non aux enfants en leur expliquant les raisons et les aider à choisir un autre prénom à leurs ours en peluche. En ne le faisant pas et en décidant de les faire voter comme s’ils étaient des personnes responsables, elle a mal agi ; c’est manifeste et elle doit payer pour cela. On pourrait presque dire à ce sujet d’ailleurs, qu’elle a une certaine chance, car si c’était un Musulman qui avait agi comme elle l’a fait, il risquait la peine de mort ; elle, étant étrangère, ne devrait subir qu’une peine bien plus légère, et encore si on décide de l’appliquer : quelques coups de fouet et éventuellement une amende et une expulsion du territoire soudanais. En tout cas, les explications des autorités tiennent parfaitement la route : "L'Islam respecte la liberté des autres et leur liberté de parole, mais cela ne doit pas se faire au dépend de nos croyances ou au dépend de notre religion », explique cet imam, qui poursuit : « L'Islam donne une chance aux gens d'exprimer leur opinion. Mais en retour nous demandons aux autres de respecter nos opinions". Par ailleurs, c’est en vertu de l’article 125 du code pénal soudanais, et cela à la suite de plusieurs plaintes de parents d’élèves auprès du ministère de l’Education soudanais qu’elle a été inculpée pour atteinte à l’Islam et sédition. Le pouvoir soudanais a fait cela, on le comprend bien, pour sensibiliser le monde sur le prix qu’il accorde à ses croyances. Il n’y a pas de mal à cela, tout au contraire. Qui osera maintenant s’amuser sur le dos du Prophète, comme l’a fait l’institutrice ? Certainement peu de gens. Alors, à quelque chose malheur est bon, comme on dit. Et ce n’est pas Abdoulaye Koté, étudiant, qui dira le contraire, lui qui pense que «Quelquefois, des Européens se croient tout permis. Ils font tellement de choses avec un tel mépris pour les autres qu’il est bien qu’un tel jugement puisse donner l’exemple. De même que les caricatures du Prophète Mohamed en Europe, ce que cette femme a fait montre jusqu’à quel point, on peut associer l’Islam à tout, et surtout le Prophète, et cela est intolérable ».



TOMI.

LIBERONS L’ENSEIGNANTE GILLIAN GIBBONS DES GRIFFES DE CES INTOLERANTS

C’est incroyable, ce qui arrive. On a jeté une femme en prison comme on le ferait d’un grand criminel et pour quelle raison ? Pour une histoire de prénom donné à un ours. Ca ferait presque rire si ce n’était dramatique ! Gillian Gibbons, qui adore ses élèves, a accepté ce qu’ils lui demandaient : appeler leur nounours bien aimé, Mohamed, du nom d’un des élèves de la classe, et cela après un vote démocratique. 20 enfants sur 23 ont choisi Mohamed comme prénom préféré parmi tant d’autres comme Hassan, Abdullah. Mohamed est bien sûr le nom du Prophète musulman mais surtout un prénom très commun au Soudan. Où est le mal ? Elle n’a vu qu’amour dans cette proposition des enfants et ne pouvait en conséquence la refuser mais les autorités de ce pays, elles, y ont vu un crime. Gillian Gibbons, qu’on dit bouleversée par tout ce qui lui arrive ne travaillait même pas dans le public, elle enseignait dans une école privée, qui plus est en anglais, ce qui suppose que le pouvoir soudanais n’était pas en principe hermétique à ce que soit enseignée cette langue de colon chez eux, donc il fallait en accepter les conséquences : que les enfants aient des poupées ou autres ours comme dans les pays « civilisés ». On a donc, en représailles, fermé l’école, malgré les excuses de la direction (qui a renvoyé l’institutrice de son poste) et la pauvre dame, emprisonnée depuis le 25 novembre, risque 6 mois de prison, 40 coups de fouet et une amende. Cela a choqué. Un de ses collègues musulmans, enseignant dans la même école a précisé qu’il l’a connaissait bien et qu’elle n’aurait jamais fait quoi que ce soit qui puisse être insultant envers une foi religieuse : « Je regrette juste qu’elle ait demandé aux enfants de voter pour un nom ». Il ne s’agit selon lui que d’une «erreur innocente ». Avis partagé par de nombreux élèves qui la décrivent comme « très attentionnée envers ses élèves » et « qui ne parle jamais de religion en classe ». Alors, dans quel monde sommes-nous ? Il faut une mobilisation pour la faire libérer des griffes de ces gens intolérants et de ceux qui se plient à leur diktat comme la direction de cette école qui l’a lâchée dans le malheur. Par ailleurs, on apprend que l’ours était ainsi dénommé depuis septembre 2006 : on se demande pourquoi c’est des mois après que les autorités réagissent. N’y aurait-il pas anguille sous roche ? Et puis si la dame voulait insulter l’Islam, elle aurait pu le faire tranquillement, sans rien risquer, en Grande-Bretagne, ce qui veut bien dire qu’elle était de bonne foi ! Même le président du conseil des musulmans du Royaume-Uni, Abdoul Bari, s'est déclaré "horrifié" par cette inculpation "qui défie le sens commun" (in Le Monde du 29 11 2007).

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TOZI.

NDLR : L’enseignante a finalement été condamnée « pour insulte à l’Islam » à 15 jours de prison et à son expulsion juste après sa détention.

Citation de la semaine

«La censure épargne les corbeaux et s'acharne sur les colombes »

Juvénal






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