San
Finna N°442 du
03 au 09 Décembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
LA
PROSTITUTION EN HONGRIE
PROXENETISME D’ETAT OU LEGALISATION LOGIQUE
DE L’ENTREPRISE DU SEXE ?
Le
débat autour de la prostitution est aussi vieux
que le monde, et c’est ce qui fait qu’on
parle de ce commerce comme étant le plus vieux
métier du monde. Depuis les origines, il y a
ceux qui le condamnent et ceux qui le trouvent naturel.
A la faveur de l’explosion du libéralisme
et de l’accession de nouveaux droits au fronton
des constitutions nationales et des chartes et conventions
internationales, la lutte s’organise autour de
la promotion de la prostitution en nouveau droit. Ainsi,
on a assisté, entre autres activités,
à Venise en 2002, à une marche qui a fait
grand bruit et qui a vu les travailleurs et travailleuses
du sexe, défiler pour revendiquer leurs droits.
Elle restera comme la première marche des «Parapluies
rouges », symbole adopté par les marcheurs
pour illustrer leur résistance à la discrimination.
Dans d’autres pays du monde, les mêmes manifestations
ont lieu. Le Canada, pour sa part, se prépare
activement à organiser le 17 décembre
2007, une Marche pour la journée internationale
contre la violence envers les travailleuses du sexe.
Mais quelle que soit la vigueur de cette mobilisation
pour normaliser la prostitution et lui trouver des protections
juridiques, ceux qui sont contre, continuent à
faire flèche de tout bois, qu’ils soient
poussés par des considérations religieuses
ou non. Ils sont actuellement en œuvre justement
en Hongrie.
Jeune
prostituée sur le trottoir
(http://ledroitpourlajustice.blogspirit.com)
Dans
ce pays en effet, l’Etat se prépare
à transformer le commerce du sexe en quasi-entreprise
d’Etat en le soumettant à une imposition
fiscale et à des protections exorbitantes.
Pour ceux qui s’y opposent, il y a des risques
graves à laisser l’Etat se transformer
en « maquereau » et en disséminateur
de la prostitution dans les consciences comme
activité normale, légale et socialement
bénéfique. Ils n’en
plaisantent
pas comme de la banalisation d’une activité
qui pourrait conduire un jour peut-être, les
institutions de Bretton Woods à en demander
le démantèlement, comme elles le feraient
de n’importe quelle entreprise du secteur
public.
Les contempteurs de la mesure envisagée relèvent
plus sérieusement que la Hongrie est un pays
de 10 000 000 d’habitants qui compte déjà
40 000 prostituées et qu’en taxant la prostitution
pour alimenter les caisses de l’Etat, la contrepartie
serait de leur reconnaître des droits. Cette perspective
est insupportable pour bon nombre d’associations
comme l’Association pour une Hongrie sans prostitution,
en abrégé PNMM, pour laquelle les prostituées
pourront à la faveur des conditions de cette
taxation, se livrer en toute quiétude à
leur activité comme le ferait n’importe
quel entrepreneur mais que plus grave, elles pourront
se constituer en société, avec des succursales,
s’attacher des experts comptables, pourquoi pas
fonder des écoles ou des instituts spécialisés
? Les travailleurs et les travailleuses du sexe seront
en mesure par ailleurs de monter des dossiers, de contracter
des crédits, de créer des organes de presse,
de bénéficier d’une retraite.
Les associations de ce secteur seront même éligibles,
dans le cadre de la formation de leurs adhérents,
aux techniques comptables, à des subventions
d’Etat dans le cadre du programme « Retour
des femmes sur le marché du travail ».
On le voit, il y a de quoi « booster » davantage
cette profession, d’autant plus que les prostituées
auront même la possibilité d’inclure
dans leurs frais de fonctionnement, les frais de publicité,
de voiture, de téléphone mobile…
C’est assurément là un créneau
qui va faire des vocations. Imaginons, disent les opposants
au projet, les foyers hongrois envahis par des publicités
suggestives montrant les prostituées menant la
vie de château, roulant carrosse comme le font
les stars de la chanson et du cinéma, voilà
qui pourrait disloquer des familles avec la force d’un
feu de brousse puisque l’Etat lui-même enlève
toute restriction morale ou légale à l’exercice
de cette profession. La prostitution pourrait ainsi
connaître, sous la forme de l’actionnariat,
une évolution en multinationale et peut-être
même finir par être cotée en bourse.
L’argent n’ayant pas d’odeur, et le
plus vieux métier du monde connaissant une jeunesse
éternelle, ce métier aura un avenir d’autant
plus garanti qu’il aura finalement pour promoteurs
des Etats proxénètes. D’ici là
qu’on en vienne à gratifier ces travailleurs
de la légion d’honneur ou à leur
délivrer des prix genre Nobel et autres, c’est
pas loin !
Mais sans se laisser le moins du monde démonter,
ceux d’en face rétorquent qu’une
telle évolution ne serait pas plus mal car on
en finirait avec l’hypocrisie historique et surtout
avec l’informel qui permet la captation de cette
filière des plus juteuses par des réseaux
maffieux. Comme on le voit, le plus vieux métier
du monde continuera à entretenir la plus vieille
polémique du monde !