San
Finna N°443 du
09 au 16 Décembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
LE
« SOLDAT » ACHRAF HAJOUJ,
VICTIME RESCAPEE DES GEOLES DE KADHAFI,
ABANDONNE PAR LE MONDE BIEN PENSANT
Si l’Europe pouvait aujourd’hui se regarder
dans un miroir libyen, l’image qui lui serait renvoyée
serait bien plus horrible que celle de la sorcière
Carabosse. Elle ne ferait pas en tout cas honneur à
ses traditions maintes fois vantées de région
d’origine des droits de l’homme et de la démocratie.
Un exemple parmi tant d’autres est à cet
égard significatif : c’est celui du Docteur
Achraf Hajouj, le soignant bulgare qui se bat pour trouver
juridiction pour porter ses demandes de vérité
et de justice. Il pensait obtenir de la Hollande , où
résident ses parents, la naturalisation et obtenir
que ce pays l’aide à faire valoir ses droits.
Il est en train de revenir de ses illusions.
Après avoir
subi les pires humiliations et tortures pendant une détention
qui a duré 8 ans : exposition nu devant des femmes
dont il assistait aux viols, menaces de sodomisation sur
sa personne, tortures par les fils électriques
posés sur son sexe, stress permanent entretenu
par cette mort qui lui pendait au-dessus de la tête
et qu’on agitait à tout moment pour un oui
ou un non. Si on y ajoute les menaces sur sa famille et
les autres subtils et pervers sévices dont ses
tortionnaires étaient capables, on comprendra le
supplice de Tantale qu’il a vécu. De tels
cas en Europe ou aux USA auraient valu aux victimes les
feux de la rampe, une cohorte de mouvements de droits
de l’homme, d’intellectuels libres penseurs,
pour les accompagner dans leur croisade pour avoir réparation.
Et beaucoup s’attendaient à ce que les infirmières
et le docteur bulgare tiennent en haleine l’opinion
par leur terrible aventure mais aussi par leur détermination
à dépasser l’horreur qu’ils
ont vécue pour traquer les criminels et leurs commanditaires.
Dr
Emprisonné
Colonel
Kadhafi
Et
quand donc, le docteur a annoncé son intention
de saisir les tribunaux (notamment les Nations Unies),
l’opinion en général y a accordé
bon accueil. Mais aujourd’hui, sa volonté
risque d’être contrariée par
les puissances européennes qui ont amnistié
de fait le Colonel Kadhafi pour raisons d’affaires
et qui n’entendent plus voir en aucune façon
parler de cette affaire et encore moins devant la
juridiction onusienne.
C’est ce véritable déni de justice
que le pauvre docteur est en train de souffrir après
avoir souffert de sa douloureuse et injuste captivité
libyenne. Ici, par un terrible renversement des charges,
c’est le Colonel Kadhafi qui est porté au
pinacle, c’est celui à qui on doit rendre
justice d’avoir eu la grandeur d’âme
de mettre fin au calvaire qu’il a imposé
aux captifs.
Pour lui en payer tribut et lui ouvrir toutes grandes
les portes de la société internationale,
il ne faut pas rappeler les faits passés. Il faut
bien l’accueillir, avec les égards dus à
son rang. C’est ce que s’apprête à
faire la France. Le pays de Molière, de Montesquieu,
des encyclopédistes, s’apprête à
passer toutes ses lubies au Guide libyen qui débarquera
à Paris, un peu comme Aladin, avec pas moins de
500 personnes. Dans la capitale française, il dressera
sa tente à côté de la Présidence
et devrait même amener des chameaux, histoire de
ne pas être dépaysé et d’avoir
sa traite matinale de lait de chamelle, qu’il pleuve,
neige ou vente !
La France n’est pas la seule en Europe à
être aux petits soins pour lui. L’Europe toute
entière n’a de hâte que d’essuyer
l’ardoise des mauvais comportements, de réécrire
une autre histoire, faite de coopération fructueuse,
de contrats juteux. Comment les Pays-Bas seraient-ils
en reste par rapport à cette dynamique ?
Là-bas, on rechignerait à naturaliser le
Docteur et mettrait des entraves à ses démarches
pour porter l’affaire devant la justice. Il y a
dans tous ces micmacs comme une volonté de lui
faire comprendre qu’il y a du donnant-donnant dans
ces manœuvres. Qu’il en finisse avec cette
affaire de procès, et les choses iront, sinon «
tintin »pour sa régularisation.
Le Monde du 27 novembre dernier, qui a fait un article
sur le sujet, écrit ceci : « Liesbeth
Zegveld, l'avocate néerlandaise du médecin,
affirme que le ministère des affaires étrangères
a exercé sur lui une pression considérable
pour qu'il renonce à sa plainte. Lors d'une entrevue,
le 8 août, on lui aurait affirmé qu'il mettrait
en péril la sécurité de ‘certaines
personnes’ s'il s'obstinait. Les autorités
européennes, qui avaient promis d'apporter les
preuves de l'innocence du médecin et des infirmières
bulgares, auraient renoncé à ce projet,
pour ne pas envenimer les relations avec la Libye. ‘Maintenant
que nous sommes libérés, les relations avec
la Libye sont plus importantes que notre sort’,
a expliqué, jeudi 22 novembre, le docteur Hajouj
au quotidien De Volkskrant, d'Amsterdam. Celui-ci vit
toujours, en attendant, dans un hôtel de la banlieue
de Sofia, et estime qu'on veut lui ‘clouer le bec’".
Y a-t-il quelque chose à ajouter à cette
inadmissible perversion des règles du droit ? Rien
sinon qu’à souligner le silence toujours
persistant jusqu’à présent des mouvements
de droits de l’homme, des associations caritatives
et autres regroupements d’intellectuels (notamment
altermondialistes) qui devraient en contre-pouvoirs conséquents
de la vie politique internationale, dénoncer ce
déni de justice internationale !