Mise à jour le 09/12/2007
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San Finna N°443 du 09 au 16 Décembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

AFFAIRE DES MILITAIRES RETRAITES
LE POUVOIR BANDE DES MUSCLES
LES MILITAIRES RENTRERONT-ILS DANS LE RANG ?

Depuis quelques mois que l’affaire des militaires occupe l’actualité, mobilisant les militaires dans des manifestations perlées à Ouaga et à Bobo, on pensait qu’avec la facilitation du Mogho Naba, on trouverait une solution négociée. Eh bien, erreur ! Les choses se sont brusquement interrompues puisque depuis le vendredi dernier, les palabres avec l’Empereur des Mossi ont fait place à des arrestations. Est-ce l’épilogue ou le début du commencement de la tambouille ? Reprenons le fil des derniers évènements pour tenter d’y répondre.

I. Facilitation du Mogho Naba
A-t-on évité le 6 décembre le pire au Stade du 4 août ?

Dans la valse des rencontres et des médiations, les militaires retraités et en voie de l’être se sont retrouvés au Stade du 4 août le 6 décembre dernier pour, disaient-ils, donner la réplique à la hauteur des tergiversations du gouvernement et de leurs hiérarchies, face aux revendications qu’ils défendent depuis maintenant des lustres. Ayant investi l’extérieur de la cour du Stade du 4 août de 14 h 30 à 22 heures, c’est-à-dire 7 heures d’horloge, ils semblaient décidés à en faire voir des vertes et des pas mûres à leurs hiérarchies, et par ricochet, au gouvernement. Voici l’économie que nous avons pu faire de cette soirée pleine d’enseignements.

A notre arrivée sur les lieux, un groupe de militaires en retraite était en train de se sacrifier au rituel de la prière musulmane. Il était 15 h 30 ce jeudi 6 décembre 2007 et le nombre de mécontents ne faisait que croître. Environ 150 militaires en retraite, visiblement excités et en tenue. Au fil du temps qui s’égrenait, leur nombre s’accroissait et vers 16 h 40, ils sonnèrent le rassemblement. Quelques vétérans de la guerre de Noël 1985 magnifiaient leurs hauts faits de guerre. Ceux-ci juraient par tous les Dieux de rentrer dans leurs droits. D’autres par contre commentaient les postes dégagés par le gouvernement pour les militaires retraités. A la lumière des commentaires, il ressort la peur des affectations et celle des licenciements abusifs mais la majorité réclame ces emplois pour leurs enfants.

Ce qui a hérissé les poils de la soldatesque en retraite, ce sont les propos du ministre de la Défense à l’Assemblée nationale. Selon leurs commentaires, le ministre aurait affirmé qu’ils ont été recrutés sous des arbres et sans niveau et qu’ils auraient le même traitement que les enseignants du primaire. Ils sont vraiment remontés contre l’ingratitude des autorités par rapport à eux qui ont été de toutes les luttes.


Kaboré Rakiswendé
Les choses ont continué jusqu’à ce que Kaboré Rakiswendé prenne la parole à 16 h 40. Là, les esprits étaient de plus en plus surchauffés, et les militaires voulaient maintenant sortir manifester leur mécontentement dans la rue. Il fustigera ceux d’entre eux qui sont allés s’inscrire pour bénéficier des emplois qu’octroie le gouvernement à leur endroit : « Nous ne voulons pas de fumistes et
de femmes dans nos rangs », a-t-il lancé avant d’ajouter : « Nous sommes tous des hommes qui luttent pour nos droits. Ceux qui sont partis s’inscrire doivent penser à ceux qui sont morts ou malades. Notre revendication est une revendication corporative et non d’individus ».
Après s’être étalé sur le sujet, il allait laisser la place à Clément Ouédraogo, le Porte parole. Celui-ci fera le point de la médiation entreprise par le Mogho Naba. Il dira d’abord que pour le moment, il n’y a vraiment rien de concret sauf seulement qu’à 14 h 56 : le Mogho Naba l’a appelé pour l’informer que sa médiation avait abouti, que leurs conditions avaient été acceptées. Clément Ouédraogo expliqua à ses camarades, toute ouïe, qu’il a demandé que cet

Clément Ouédraogo
accord soit consigné par écrit, et c’est ce qu’ils attendaient pour être fixés.


Les commentaires reprirent jusque tard et ce n’est que vers 22 heures et une pincée de secondes que les délégués dépêchés chez le Mogho Naba arrivèrent au stade. Nouveau compte-rendu. Là, les choses semblaient moins claires. Il est ressorti des explications qu’il subsistait des incompréhensions et que, pour ne pas que les choses se gâtent à la dernière minute, le colonel de gendarmerie Martin Zongo et le secrétaire général du ministre de la Défense, Mamadou Barry, venus aux négociations, ont promis d’apporter les précisions sur les demandes au ministre Yéro Boly. Sur quoi, ils se sont séparés.

Un vieux soldat du nom de Congo interviendra à travers un mooré soutenu plein de métaphores afin de dissuader ses camarades de sortir. Il leur demanda de faire confiance au Mogho Naba dont le symbolisme représentait quelque chose pour eux. C’est alors qu’une salve d’applaudissements se fit entendre. Indignation des uns, approbation des autres. Et un soldat gourounsi de lancer dans le noir : « Je savais que si l’affaire allait chez le Mogho Naba, c’était gâté ! ». Clément Ouédraogo, visiblement énervé par l’attitude de ses camarades, s’en est lavé les mains. Et la prochaine rencontre fut fixée pour le dimanche 9 décembre au Stade du 4 août.

Pendant que nous assistions au départ des derniers militaires, les gendarmes faisaient une arrivée remarquée sur les lieux mais se mettant côté est du stade alors que les militaires étaient côté ouest. A leur suite, une dizaine de pick-up remplis de militaires prenait position aux côtés des gendarmes. Nous étions en compagnie de nos confrères du Pays et de l’Observateur Paalga, et le constat qui se dégageait, c’était qu’on avait peut-être évité le pire. Mais quelques heures après notre départ des lieux, on nous apprenait que les gendarmes avaient arrêté aux alentours du stade, le chef Lomba Dédougou, Basile Sawadogo et Bako Hamidou et qu’ une série d’arrestations allait se poursuivre tout au long du week-end.

II. Série d’arrestations
Le pouvoir a-t-il sonné la fin de la récréation
Dans la nuit du jeudi au vendredi ?

Ah, les choses sérieuses commencent : non seulement le samedi, les arrestations de la veille ont été confirmées mais il s’y est ajouté celle du président des militaires retraités, Bikienga Karim, qui a été arrêté le 7 décembre 2007 et celle du Porte parole, Clément Ouédraogo, qui lui a été embarqué le 8 décembre à 5 heures du matin, après une forte descente de la gendarmerie à son domicile. Une interpellation qui a fait beaucoup de bruit dans le quartier puisqu’elle a mobilisé des motos et des véhicules. C’était digne d’une arrestation d’un présumé membre d’Al Qaeda par l’armée américaine.

Comment expliquer ces arrestations ? Les commentaires vont en effet bon train.
Il y en a qui disent que c’était à prévoir, que le pouvoir a seulement endormi les militaires avec des fausses promesses qui les ont divisés, attendant le bon moment pour frapper fort. Ce moment-là est arrivé, à la veille du départ du chef de l’Etat au Sommet EU/Afrique. Blaise Compaoré n’aurait pas supporté que l’on dise que les militaires ont marché chez lui pour contester son autorité. Ca fait désordre pour le facilitateur international !

Pour d’autres aussi, il fallait s’attendre à une réaction à cause de la commémoration du 11 décembre. Il était impensable qu’on laisse cette sédition qui ne dit pas son nom, se poursuivre pour gêner ces cérémonies qu’on veut grandioses.

La stupeur passée, c’est la rage dans le camp des militaires contestataires. Ils ont le sentiment qu’on leur a fait un bébé dans le dos et beaucoup en veulent au Mogho Naba qui, disent-ils, se serait prêté à un jeu pour les amadouer alors qu’au bout, il y avait le bâton sur eux.

Mais ce n’est pas tout. Ils ne comprennent pas qu’alors qu’ils n’ont jamais usé de violences, qu’ils ont toujours manœuvré pacifiquement, on vienne ainsi leur mettre la main dessus. Il n’est pas question, entend-on dire de la part de certains d’entre eux, de laisser ainsi leurs camarades arrêtés, et ils s’organiseraient pour obtenir leur libération.

Est-ce que les arrestations vont sonner le glas de cette agitation ou bien la revigorer ? On en saura davantage dans les jours qui viennent.

III.Durcissement du langage des militaires
ou baroud d’honneur les 8 et 9 décembre ?

D’abord annoncé pour se tenir au Stade du 4 août puis à la maison des Retraités des militaires, la rencontre des militaires retraités se tiendra en définitive à l’Hippodrome de Ouagadougou. Le président Kaboré Rakiswandé n’avait pas sa mine des grands jours et l’intervention de Karim Bikienga était plus qu’attendu, lui qu’on a libéré le 8 décembre dans la soirée.

Mais avant, il fallait faire le point des démarches entreprises la veille pour obtenir la libération des camarades arrêtés. Le soldat de 1ère classe Guira qui avait accompagné Rakiswendé Kaboré chez l’empereur des Mossi pour qu’il intercède à cette fin, a confié à ses camarades les vérités qu’il avait dites au Mogho Naba. Morceaux choisis : « Ces gens-là, on les connaît, ils ne vous ont pas respectés. Et c’est grâce à vous qu’on a eu ce problème, on vous a respecté, on n’est pas sorti et voilà qu’ils arrêtent nos camarades ». Arrêté chez lui dans les mêmes circonstances que Clément Ouédraogo, Bikienga Karim prendra alors la parole pour dire qu’il a été libéré simplement parce que le Colonel de la gendarmerie et chef d’Etat major voulait qu’il transmette à ses camarades les nouvelles décisions des autorités. Les autres ayant été déférés à la MACO après une plainte du bourgmestre de la capitale pour occupation illégale de la voie publique.
Ce dernier dira en substance que ce serait le Colonel Dominique Diendéré, foi du chef d’Etat major de la gendarmerie, qui serait à l’origine des arrestations.

Les militaires retraités, avant l’entame de toute négociation ou avancée, exigent la libération de leurs camarades. Ce dimanche 9 décembre donc, à 11 h 30, deux délégations avaient été dépêchées chez le chef d’Etat major de la gendarmerie et chez le Mogho Naba afin qu’on libère leurs camarades.

Rendez-vous a été donné à tous les militaires de se « préparer » et d’être présent à l’hippodrome pour donner la réplique, à 16 heures ce dimanche.

Une chose est certaine : si les militaires semblaient décidés quand nous quittions les lieux, on ne peut jurer de rien, sauf à reconnaître que pour le moment, le gouvernement mène bien sa barque : de facilitation en facilitation, grâce notamment aux bons offices du Mogho Naba, de coups de gueule en caresses, il a grillé du temps, permis que le chef de l’Etat aille à Lisbonne sans problème, et sur la lancée, les grands évènements de cette fin d’année se passeront sans doute sans encombres. Après, on aura le temps de voir, et comme la lassitude de l’opinion aura fait son œuvre, cette affaire pourra être réglée de manière beaucoup plus posée, sans contraintes ni chantages !

Mais attendons le « deadline » de la fin d’après-midi fixé ce dimanche 09 décembre avant de tirer des conclusions définitives.

Aristide Ouédraogo


DERNIERE MINUTE
SAUF SURPRISE, LA RECREATION SEMBLE EFFECTIVEMENT TERMINEE !

Nous annoncions que des médiateurs avaient été désignés pour aller négocier la sortie des autres militaires retraités dont leur Porte parole, Clément Ouédraogo, une première mission auprès du Mogho Naba et une deuxième au niveau de la gendarmerie nationale. On apprend que la 1ère, rendue chez le roi des Mossi, y aurait déversé sa bile, accusant le Mogho d’avoir été à l’origine de l’arrestation de leurs camarades. Quand à la 2ème, rendue à la gendarmerie, on aurait sans autre forme de procès, mis la main sur le président Kaboré Rakiswendé ce dimanche 9 décembre aux environs de 16 h 30.

Il semble que le mouvement soit en butte à toutes les infiltrations possibles et qu’il ne sache plus tellement où donner de la tête. Il aurait été demandé aux militaires de se rendre le lundi 10 à l’Etat major pour avoir la suite à leurs demandes pendant que 5 autres militaires auraient été désignés pour aller encore négocier auprès du chef d’Etat major, la libération de leurs camarades. Pendant ce temps, à l’hippodrome, attendent des retraités dont le moral semble être de plus en plus au talon.

Tout ça pour ça, disent certains, dépités que les choses prennent une telle tournure, avec à la clef des rumeurs sur un possible jugement des interpellés pour occupation illégale de la voie publique ou pire, selon même certains, pour atteinte à la sûreté de l’Etat, alors que c’est pacifiquement que les choses se passaient !

C’est sans doute informé de cet état du moral des troupes qu’à ce qu’on dit, le chef d’Etat major de la gendarmerie a laissé entendre qu’il allait sonner la fin de la récréation ! Voilà la situation jusqu’à plus informé.

Aristide Ouédraogo




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