ENTRETIEN
AVEC MADAME RAMATA EDWIGE DIALLO
DIRECTRICE DE L’ECOLE SAINTE EDWIGE
Mme
Ramata Edwige Diallo épouse Ilboudo est
l’exemple même du dynamisme. Elle
a décidé de se battre dans le domaine
de la santé surtout quand elle touche le
couple mère enfant. Après avoir
constaté que les chiffres de décès
maternels étaient très élevés
et ayant un très grand sens de la maternité,
elle a décidé de mettre sur pied,
l’école Sainte Edwige. De nos jours,
150 élèves (5 garçons et
145 filles) y sont formés pour sortir les
uns, infirmiers (infirmières) brevetés
et autres accoucheuses (accoucheurs) auxiliaires
et agents itinérants de santé. Nous
l’avons rencontré dans les locaux
de son établissement et elle ne s’est
pas pliée en quatre pour nous conter ses
motivations. Lisez plutôt !
San
Finna : Bonjour Madame. Est-ce que vous pouvez
vous présenter à nos lecteurs ?
Mme Diallo : Bonjour, je suis madame
Diallo Ramata Edwige, épouse Ilboudo. Je
suis conseillère de santé et directrice
fondatrice de l’Ecole « Sainte Edwige
» où nous formons des sages-femmes,
des infirmières et infirmiers brevetés,
accoucheuses auxiliaires et agents itinérants
de santé.
San Finna : Parlez-nous de cette école.
Comment vous est-il venu l’idée de
la construire ? Etait-ce aussi un moyen de faire
fructifier votre argent ?
| Mme
Diallo : |
|
Les
moyens, je ne sais pas ce que c’est,
je ne vois pas ce que vous voulez dire par
là. Tout ce que je sais est que quand
j’ai reçu l’autorisation
d’ouvrir l’école, je
n’avais pas une brique. Ma motivation
première est surtout un cri de cœur.
J’ai participé à l’époque
à deux réunions où
on parlait d’une mortalité
maternelle qui était assez élevée,
soit 1.000 décès pour 100.000
naissances vivantes au |
| Burkina
Faso, alors qu’à l’époque,
les statistiques parlaient de 484 décès
pour 100.000 naissances vivantes. |
Vous
voyez, en tant que professionnelle de la santé,
en tant que femme ayant accouché, en tant
que sage-femme, quelque part, ce chiffre m’ait
interpellée. J’étais profondément
révoltée parce que, comme je le
dis et comme tout le monde d’ailleurs, une
femme ne doit pas mourir en donnant la vie parce
que c’est la joie qu’on apporte dans
une famille. Une femme qui meurt en couches, c’est
une catastrophe pour la famille.
Moi, dans ma petite tête, je me demandais
bien ce que je pouvais faire pour contribuer à
la réduction de ce taux élevé
de mortalité. Dans mes lectures, j’ai
vu que l’OMS déclarait que le professionnel
de santé le plus apte à lutter contre
la mortalité maternelle, était la
sage-femme. Je me suis donc dit que j’ai
les compétences, étant donné
que j’ai été sage-femme. J’ai
fait des études supérieures et universitaires,
j’ai les diplômes, j’ai enseigné
pendant plus de 11 ans à l’Ecole
nationale de santé publique.
Alors, l’idée m’est venue d’essayer
de créer une école de sages-femmes
pour accompagner l’Etat dans la lutte contre
la mortalité maternelle. J’ai eu
toutes les difficultés, contrairement à
ce que vous pouvez penser, pour faire ce que vous
voyez qui est fait aujourd’hui, ici. C’est
vous dire que dans toute création, il y
a des difficultés de démarrage,
et jusqu’à présent, nous sommes
toujours dans ces difficultés de démarrage.
San
Finna : Combien d’élèves avez-vous
aujourd’hui à votre actif ?
Mme Diallo : 150, qui reçoivent
la même formation sur la base des mêmes
programmes que ceux de l’Ecole nationale
de santé publique.
San
Finna : Comment appréciez-vous la condition
de la femme au Burkina de nos jours ? Dans votre
projet en tant que femme, est-ce que vous rencontrez
des difficultés ?
Mme Diallo : Un homme qui entreprend
a des difficultés. Une femme qui entreprend
en a encore plus mais il est reconnu à
la femme, le courage et la ténacité.
Nous les femmes, on a confiance en nous-mêmes
et on essaie toujours d’évoluer lentement
pour atteindre l’objectif qu’on s’est
fixé.
Le Burkina Faso a fait un grand pas dans l’amélioration
des conditions de vie des femmes mais comme on
le dit : « c’est bon mais c’est
pas encore arrivé ». Il reste encore
à faire. Mais avec tous les efforts que
je constate à gauche et à droite,
je me dis que petit à petit, la femme s’épanouira
davantage au Burkina.
San
Finna : Quelles sont aujourd’hui vos ambitions
pour Sainte Edwige et vous-même ?
Mme Diallo : Concernant l’école,
je me dis que quand les élèves issus
de cette école vont être de très
bons prestataires dans le domaine de la santé,
j’envisagerais de faire quelque chose. De
toutes les manières, on est à nos
débuts et je profite vous dire que nous
allons officiellement ouvrir nos portes le 10
décembre prochain à 10 heures.
San
Finna : Si vous avez un dernier mot ?
Mme Diallo : Mon dernier mot est un remerciement
que j’adresse aux autorités qui m’ont
délivré cette autorisation d’ouverture
pour me permettre de réaliser quelque chose
qui me tenait à cœur, c’est-à-dire
contribuer à la prise en charge de la santé
des populations, notamment le couple mère
enfant. C’est un domaine hyper sensible
et je sais que beaucoup d’hommes et de femmes
ont le même sentiment que moi.
Je dis merci aux parents d’élèves
et aux élèves qui m’ont fait
confiance.
A vous aussi, je dis merci.
CY