Mise à jour le 16/12/2007
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San Finna N°444 du 17 au 23 Décembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

 

REACTIONS AUTOUR DU 11 DECEMBRE
A OUAGADOUGOU ET A BOBO-DIOULASSO

A l’occasion de la célébration du 11 décembre 2007, nous avons cherché à avoir les réactions de Burkinabé, connus ou pas, sur cette commémoration. Nous avons tendu, à Ouagadougou, plus précisément au Camping le Pharaon, notre micro au « grand cousin » comme l’ont surnommé certains grands du continent : Prince Isaac qu’on ne présente plus. Chacun sait qu’il règne en véritable prince à quelques encablures de Ouagadougou. Homme plein d’expérience, affable, plein de relations, de convictions et d’ énigmes de toujours, il ne laisse pas indifférent. On apprend toujours à le côtoyer. Vous le verrez en lisant l’entretien ci-dessous.

Cet entretien sera également suivi d’un micro-trottoir au niveau de Bobo-Dioulasso, réalisé par Seydou Diabo, notre collaborateur dans la ville de Sya. A lire également absolument !

PRINCE ISAAC S’EXPRIME

San Finna : Avez-vous souvenance de votre participation pour la première fois, aux festivités du 11 décembre ?

Prince Isaac :
C’était en 1960, lors de l’indépendance mais nous n’étions pas dans le même contexte qu’aujourd’hui. Cette année, nous avons eu encore l’occasion de renouer avec la tradition qui voulait que le 11 décembre soit une fête sans pareille. Pour ce pari-ci, son Excellence Blaise Compaoré est à féliciter pour la réussite de la fête. Dans les années 1960, il faut reconnaître que nous revenions de la colonisation et c’était quelquefois à tâtons qu’on avançait.
Je reconnais qu’on était plus fier d’avoir notre indépendance et de le traduire même si on manquait cruellement de moyens financiers et logistiques. Et puis, jusqu’à un passé récent, Ouagadougou n’avait pas cette physionomie. Je salue la vision du Président Blaise Compaoré (que je ne connais d’ailleurs que sur les photos et à la télé) de vouloir que nous sentions notre appartenance à une même patrie et à des valeurs communes.

San Finna : Avez-vous connu Maurice Yaméogo ?

Prince Isaac :
J’ai connu le président Maurice Yaméogo, le père de notre indépendance. C’était un président dynamique, valeureux, avec des projets mais il n’a pas été suffisamment soutenu surtout qu’à l’époque, on était toujours sous la coupe réglée des Français et la marge de manœuvre du président Maurice Yaméogo était restreinte. Ce n’est pas comme aujourd’hui où nous avons tous les mécanismes de notre système en main.

San Finna : Pouvez-vous nous parler de vos relations et fréquentations de l’époque ?

Prince Isaac :

Prince Isaac chef le président Maga
j’ai connu le feu président Hubert Maga. Feu le président Hubert n’était pas totalement béninois. Il vient de la bourgade de Kienfagué. J’ai une confidence par rapport à ça. Sachez que bien avant sa mort, il est venu faire connaissance avec ses origines. Je me rappelle que c’est Me Hermann Yaméogo qui l’avait accueilli à l’aéroport de Ouagadougou et logé à l’hôtel Silmandé avant de l’accompagner à Kienfangué afin qu’il connaisse sa famille. Il ne s’appelait pas Hubert
Maga, c’est plutôt Hubert Moaga. Maga n’est pas un nom de famille qui existe au Bénin. Moaga a été transformé en Magan. Sinon il n’existe pas de dahoméen ou de béninois qui réponde du nom de Maga. C’était un sage et un homme d’une grandeur et d’une modestie sans pareille, qui avait élu domicile à Parakou. Il m’accueillit chez lui à Cotonou ainsi que le président Mathieu Kérékou, et c’est lui qui me l’avait présenté.

San Finna : Et Houphouët Boigny, l’avez-vous aussi connu ?

Prince Isaac :
J’ai connu le président Houphouët Boigny en 1966. C’est grâce à feu le président Hubert Maga que j’ai connu ce grand homme. A l’époque, le président Maga m’avait envoyé chez lui et il m’a accueilli comme son propre fils, et j’étais souvent avec lui. Quand il voyageait, il m’emmenait. Je me rappelle que presque chaque jour, il mangeait que du foutu, même en Europe quand il y était.
J’ai aussi rencontré sa grande sœur, Mami Fethé Adjoua et Djénéba. Quand je suis arrivé à Yamoussoukro à l’époque Odjoukou du Biafra, était en exil. Il se trouvait à Bouaké et moi j’habitais au palais présidentiel. C’est grâce à lui que j’ai connu la France pour la première fois en 1968.

Voyez-vous, quelqu’un ressemblait à Houphouët Boigny : c’est bien Maurice Yaméogo. Il était débonnaire, exemplaire et il est resté légendaire. Quand je pense à Maurice Yaméogo, qui était plus un grand frère, j’ai toujours de l’admiration pour lui. Mais il y avait des dinosaures qui ont su profiter de ses instants de faiblesse pour le déposer.

San Finna : Et si nous vous laissions conclure ?

Prince Isaac :
Merci beaucoup de m’avoir permis de m’exprimer à travers vos colonnes. Mais ce que j’ai à dire, c’est que chaque citoyen doit mettre du sien pour construire notre pays. A l’intention du président Blaise Compaoré, je souhaite qu’il continue de développer le pays parce que dans toute l’Afrique, on l’admire. C’est un grand président et c’est tout à son honneur.
Je souhaite bonne fête aux Musulmans et aux Catholiques et aussi j’adresse mes vœux de paix et de prospérité à votre organe et à l’ensemble des Burkinabé. Cela au nom de l’ensemble du personnel du camping le Pharaon et de tous mes collaborateurs.

Aristide Ouédraogo


MICRO TROTTOIR : DES BOBOLAIS REAGISSENT SUR LE 11 DECEMBRE

Sanfo Aboubacar : Un vieux de la vieille

Comme vous le savez cela fait bientôt 25 ans que les Burkinabé dans leur ensemble n’ont plus eu droit à de tel défilé. Il serait vraiment bon qu’on revienne à cette fête du 11 décembre car elle fait partie intégrante de notre histoire. Ce que nous aurions souhaité est que l’on puisse continuer dans cette lancée en réhabilitant définitivement le défunt président Maurice Yaméogo car c’est lui qui a proclamé l’indépendance de ce pays ce 11 décembre 1960. Vraiment je salue le gouvernement burkinabé qui a bien voulu revenir à cette ancienne méthode qui honore incontestablement le peuple burkinabé tout entier.

Madame Sy Madina, Présidente du Collectif Dafra et membre du Conseil économique et social

Ce retour aux anciennes méthodes de célébration du 11 décembre est une bonne chose. Je félicite le gouvernement qui a permis à l’ensemble du peuple burkinabé de revivre ces temps forts de notre histoire dans les 13 régions du Burkina et cela a permis incontestablement à ceux qui n’étaient pas nés de connaître les grandes dates qui ont marqué l’histoire de ce pays. Et un autre point de satisfecit est que ce défilé a aussi permis à nombre de Burkinabé de faire confiance une fois de plus en notre armée républicaine et cela nous réconforte beaucoup. Ce que je voudrais tout de même souligner, c’est que j’aurais souhaité qu’en 2010, cette célébration se déroule de cette façon et l’on puisse permettre aux provinces de fêter annuellement. Aussi voudrais-je que cette fête soit légiférée par le législateur pour qu’elle soit fêtée à la hauteur de l’évènement tous les cinq ans après 2010. Je voudrais soumettre aussi une autre idée : si vous vous rappelez, à la faveur de la CAN 98 au Burkina, les capitales du Burkina ont connu une nette amélioration sur le plan des infrastructures hôtelières et sportives, la viabilisation des secteurs par la construction des caniveaux, l’éclairage des voies publiques et j’en passe ; avec cette décentralisation intégrale du Burkina avec la naissance des communes rurales, on pourrait aussi envisager la fêter annuellement dans une commune rurale donnée. Cela permettra à beaucoup de nos communes qui manquent d’infrastructures de se développer. Pour ceux qui connaissent bien la Côte d’Ivoire, c’est par là que feu Houphouët Boigny est passé pour développer la Côte d’Ivoire.

Sawadogo Hamidou : Blanchisseur

Cette façon de revenir aux anciennes manières de célébrer notre fête de l’indépendance est une bonne chose car elle permettra à la jeune génération de comprendre un tant soit peu l’histoire de ce pays. Je ne fais que saluer cette initiative du gouvernement afin qu’elle soit pérenne.

Nana Zakaria : particulier

Il faudrait que les Burkinabé comprennent que chaque peuple a son histoire, et celle-ci est la nôtre ; nous devons la fêter afin beaucoup comprenne que nous avons eu notre indépendance depuis la nuit des temps. Il est souhaitable aussi qu’on puisse la fêter chaque année dans la joie et dans la paix afin de perpétuer l’histoire de ce beau pays à la nouvelle génération. Il faut noter aussi qu’elle a permis à toutes les composantes de notre armée de se frotter et de communier ensemble dans la joie et dans une solidarité agissante. Comme vous le savez, en décembre 2006, cette solidarité était mise à rude épreuve avec cette histoire appelée « affaire policiers militaires ». Faisons en sorte que les Burkinabé s’approprient leur fête de l’Indépendance.

Millogo Doh, étudiant

J’ai rien de particulier à dire par rapport à la célébration du 11 décembre car point n’est besoin de dire que c’est une bonne idée de la fêter. Je voudrais seulement dire un mot par rapport au neuvième anniversaire de la mort tragique de l’illustre disparu Norbert Zongo. Ce qui est marrant dans tout çà, c’est qu’on refuse d’éclairer la lanterne de l’opinion publique par rapport à ce crime odieux du siècle au pays des hommes autrefois intègres. Pour sauvegarder la paix dans ce pays, il faut la réouverture du dossier Norbert Zongo.

Seydou Diabo





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