San
Finna N°444 du
17 au 23 Décembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
AFFAIRE
DU DG DE LA DOUANE
DES VAGUES VISIBLES ET CACHEES
D’UNE VOLONTE D’EMANCIPATION DE
LA JUSTICE ?
L’affaire
du DG de la Douane, que nous avons évoquée
la semaine passée en exclusivité,
semble prendre des allures à ouvrir
des perspectives inattendues pour l’administration
de la justice. Des signes souterrains ou
apparents en attestent.
C’est
d’abord ce réchauffement soudain
de cette vieille affaire concernant Mathieu
N’Do, notre Directeur de publication,
pour laquelle il avait été
interpellé et relâché,
et qui l’a amené encore une
fois à la MACO sans convocation le
mercredi 12 décembre pour en être
libéré dans la nuit du vendredi
au samedi à cette heure incongrue
de 22 heures. On ne peut pas empêcher
certains de penser qu’il pourrait
y avoir là une façon de mettre
en garde son journal de fourrer son nez
dans les affaires où il n’a
rien à voir !
Mais plus commentée et plus à
prendre au sérieux, est l’ambiance
qui règnerait à la justice
où un magistrat instructeur, soutenu
par d’autres de sa génération,
n’entend pas d’une manière
générale continuer à
se commettre dans l’allégeance
de la justice au pouvoir politique, et plus
particulièrement, à se laisser
dicter la manière de conduire la
procédure dans l’affaire Ousmane
Guiro. Ca chauffe comme on dit depuis que
le DG entendu de 8 h à 22 h, soit
14 h d’horloge le 5 décembre
2007, le juge aurait estimé les faits
suffisamment graves pour procéder
à son inculpation. Cette décision
n’aurait pas été du
tout du goût de la Chancellerie et
de bien de caciques du régime pour
lesquels la justice n’est qu’une
bretelle du pouvoir, son bras armé,
son parapluie ! D’où le branle-bas
de combat pour éviter des proportions
à cette affaire et notamment, la
mise à exécution du mandat
par la mise sous écrou de Ousmane
Guiro.
Un bras de fer s’est donc engagé
entre le procureur général,
les autorités politiques avec à
leur tête le ministre de la Justice
et le juge d’instruction. Dans cette
surchauffe, le procureur aurait tenu des
propos totalement indélicats. Il
lui aurait dit ceci : « Tu veux braver
l’autorité du ministre de la
Justice ? C’est lui qui t’a
mis au TGI de Ouagadougou et c’est
lui qui peut t’enlever de là
». Toute chose qui est bien fausse
d’autant plus que l’affectation
d’un juge ne peut se faire sans passer
le Conseil supérieur de la magistrature.
Cette situation est très mauvaise
parce que constituant une dangereuse lézarde
à un des piliers du régime.
Alors qu’un véhicule était,
semble-t-il, déjà prêt
pour amener le DG des Douanes à la
MACO et que des dispositions y avaient été
prises, des coups de téléphone
seraient tombés ici et là
comme des hallebardes !
Finalement, pour tout le monde, on optera
pour une sorte de cotte mal taillée.
L’intéressé ne viendra
pas à la MACO. Il restera chez lui
mais l’inculpation reste de mise ;
le mandat ne sera pas levé.
Pour être tranquilles dans leurs esprits,
le juge Sory et le juge qu’il a commis
pour délivrer le mandat d’arrêt
(lui-même ayant perdu son père
dans la période et étant sur
les lieux du deuil) ont décidé
de faire relâcher deux autres acolytes
du Douanier en chef qui étaient déjà
écroués. Il s’agit d’un
douanier du nom de Kiema Guy et d’un
agent de bureau d’une direction de
la douane du Burkina.
Voilà qui promet des jours chauds
à cause des dossiers du genre pour
lesquels les mandats de dépôt
sont soit déjà délivrés
ou en passe de l’être, mais
en raison également de l’action
de solidarité qu’on sent au
niveau de la justice et dont le but n’est
autre que le recentrage de l’administration
de la justice et sa libération du
joug de l’Exécutif.
On verra bien, si cette affaire est traitée
au niveau où elle doit l’être
par les mouvements de droits de l’homme,
les médias et tous les contre-pouvoirs
représentatifs de l’opposition
et de la société civile, si
cette perspective de la renaissance de la
justice est fondée ou non.
Et comme pour traduire leur mécontentement
depuis le déménagement du
palais de justice pour Ouaga 2000 (dans
les locaux que nous savons exigus et qui
ne favorisent pas de meilleures conditions
de travail), les magistrats boudent de plus
en plus le travail de la justice, ne se
présentant au palais que deux fois
par semaine ou uniquement les jours d’audience.
La volonté d’émancipation
d’une certaine génération
de juges et de magistrats des griffes de
l’Exécutif se manifeste chaque
jour davantage et tout à l’honneur
de la justice burkinabé !
Aristide
Ouédraogo
2 ème CONGRES
ORDINAIRE DU PDS
Le
parti de Sambo Bâ et d’ Arba Diallo
(actuellement maire de Dori), a tenu son congrès
ordinaire le 15 décembre dernier. Un
congrès qui se tient à un moment
où nombre de citoyens vivent de plein
fouet la pauvreté, et les maux qui
s’en suivent. C’est devant la
crème des élites du parti que
le président du Parti pour la Démocratie
et le socialisme (PDS), a prononcé
son discours d’ouverture.
Face
aux représentants du parti venus
de tout le pays, d’alliés
stratégiques comme Philippe Ouédraogo,
le président du PDS Bâ
Sambo a d’abord souhaité
la bienvenue à la cérémonie
d’ouverture du 2ème congrès
ordinaire du parti, aux représentants
des partis amis et frères et
à la presse, pour leur présence
dans la salle de conférence de
la Maison des retraités Antoine
Nanga. C’est donc trois ans après
le 1er congrès, qui s’était
tenu le 17 janvier 2004, que la direction
du PDS se retrouve avec la base pour
évoquer la vie du parti, faire
le bilan et projeter des perspectives.
Un bilan qui, aux yeux du président,
a confirmé la
nette suprématie des USA sur
tous les plans et l’émergence
de nouveaux pays sur la scène
économique. L’élargissement
de l’Union européenne à
27 Etats membres, le réchauffement
général de la terre dû
à l’industrialisation des
siècles passés et qui
entraîne aujourd’hui des
catastrophes naturelles.., ont été
abordés au plan international.
Sur
l’Afrique, le diagnostic du Docteur,
à bord du bateau battant pavillon PDS,
n’est pas non plus rose : « L’Afrique
continue à s’embourber dans des
problèmes essentiellement politiques,
tandis que son économie souffre de
façon persistante de ses faiblesses
structurelles liées à sa dépendance
économique vis-à-vis de l’Europe
». Et d’ajouter, telle une fatalité
: « Nulle part en Afrique, le combat
pour le développement et la réduction
de la pauvreté ne connaît de
succès véritables ».
Au plan national, dira le PDS, les trois dernières
élections qui se sont déroulées
depuis 2004 n’ont rien changé
au quotidien des citoyens. Le président
fustigera le fichier électoral et bien
d’autres aspects entrant dans le cadre
de l’organisation des élections
avant de s’attaquer à la nébuleuse
du système de Blaise Compaoré.
Aucun aspect n’a été occulté.
Tout est passé à la casserole.
Morceaux choisis : « La corruption,
l’impunité, les crimes impunis
et les détournements s’étendent.
Ceux qui assument les premières responsabilités
dans le régime, leurs parents ou amis
s’enrichissent rapidement par des détournements
ou des marchés de l’Etat, généreusement
accordés ».
Après ce décor tout aussi chaotique
que Mogadiscio, le président du PDS,
Sambo Bâ, dira que dans le cadre de
la stratégie politique de son parti
pour renforcer l’opposition, celui-ci
a toujours activement contribué à
la constitution d’alliances.
En plaçant le thème de leur
2ème congrès ordinaire, qui
est « Face au défi de la situation
politique nationale, implantons notre parti
dans les couches sociales les plus actives
et renforçons nos structures pour faire
du PDS, un parti leader pour consolider le
courant progressiste et assurer le succès
de l’alternance », le parti lance
un appel à tous les démocrates
dans toutes les couches sociales afin qu’ils
organisent de manière consciente, la
convergence de leur combat.