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San Finna N°444 du 17 au 23 Décembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

LA COTE D’IVOIRE A-T-ELLE BIEN FAIT OU NON DE SIGNER LES APE ?

Après les assurances données par certaines instances africaines au sujet de l’attitude prudente des Etats africains par rapport aux APE et notamment de ce que toute décision à cet égard serait consensuelle, on a assisté à la signature entre la Côte d’Ivoire et l’Union Européenne, d’un Accord de partenariat économique d’étape. Cela, comme il fallait s’y attendre, a entraîné une polémique. Il en est (comme Ablassé Ouédraogo, qui s’est exprimé dans les médias internationaux) qui regrettent cette signature en franc-tireur, estimant qu’elle n’est ni dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire ni dans celui de la CEDEAO. Pour d’autres (dont le ministre Amadou Koné, qui a répliqué dans les mêmes conditions), non seulement ces accords sont dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire mais ils ne sont pas contraires au Traité instituant l’UEMOA ni aux intérêts de la CEDEAO. Deux sons de cloche.

LA COTE D’ IVOIRE A BIEN FAIT

La Côte d’Ivoire est tout sauf un pays qui n’a pas de compétences. Si aujourd’hui, elle signe un accord séparé sur les APE : ce n’est certainement pas sur un coup de tête. Charles Diby, ministre ivoirien de l’Economie et des Finances, l’a bien dit : « La Côte d’Ivoire avait beaucoup à perdre à partir du 1er janvier si nous n’avions pas franchi ce pas. Le pas a été bien franchi. Je voudrais vous dire qu’en matière de perte immédiate de recettes fiscales, nous devrions perdre plus de deux cents milliards par an.. Or avec cette signature, nous perdrons un maximum de 7 milliards que nos administrations peuvent bien compenser. Les calculs ont été faits. Les méthodes de rattrapage ont été mises en place”. Et il explique que si le démantèlement tarifaire va obliger à revoir la fiscalité pour compenser par les recettes intérieures, la perte des recettes de porte mais là-dessus, les choses n’ont pas été laissées au hasard : le pays va y pourvoir en renforçant « les capacités des agents qui vont intervenir dans le cadre de la fiscalité intérieure ». Il faut souligner par ailleurs que la Côte d’Ivoire reste, même si son industrialisation n’est pas au top comme certains pays émergents, un pays qui exporte beaucoup et qui n’a pas à se faire trop d’angoisse avec ces nouveaux APE. Et le représentant de l’Union européenne, Michel Arrion, co-signataire de cet accord, a de plus relevé que « Sur 90 % des produits d’exportation, la Côte d’Ivoire et les pays européens ne sont pas concurrents…Nos deux économies sont asymétriques et complémentaires ». Il y a aussi que beaucoup apprécieront cette baisse du coût des marchandises importées sur le marché ivoirien ! Enfin, il ne s’agit pas là d’un coup de Jarnac porté à la CEDEAO puisque cet accord n’est qu’un accord d’étape, négocié dans le respect des accords économiques sous régionaux et qu’il est même prévu que « L’Accord de partenariat économique d’étape avec la Côte d’Ivoire sera remplacé par l’Accord de partenariat économique global avec l’Afrique de l’Ouest à la date de son entrée en application ». L’Ambassadeur de France au Burkina Faso, Mr F. Goldblatt a, dans le Sidwaya du 13/ 11/2007, expliqué que la situation n’était pas la même pour tous les pays africains puisque les Pays les moins avancés bénéficieront, eux (et la Côte d’Ivoire n’en fait pas partie) de la fameuse clause de rattrapage : « S’agissant des Pays les moins avancés, la clause de rattrapage s’intitule ‘’tout sauf des armes’’. Elle présentera à peu près les mêmes avantages que le dispositif en vigueur actuellement, en vertu des Accords de Cotonou. Il n’y a donc pas d’incitation majeure pour des pays comme le Burkina, le Niger, ou le Mali, à travailler d’arrache-pied en direction d’un accord… En revanche, pour des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, ou le Nigeria, la situation est tout à fait différente, car ils ne bénéficieront pas de clause de rattrapage.... En réalité, le pays qui risque d’être concerné le plus négativement est la Côte d’Ivoire. L’impact négatif est évalué à 700 millions d’euros ». On voit que le pays d’Houphouët se devait de prendre des dispositions pour éviter la catastrophe ! Et puis, après tout, ce pays, dont on accuse aujourd’hui le manque de solidarité, n’a pas bénéficié de cette solidarité quand, ensemble et de concert, des pays frères alliés à des puissances extérieures, l’ont plongé dans la crise la plus grave de son histoire. Si après avoir tant perdu pendant 5 ans de crise, le pays devait encore accepter de se faire tirer par le bas en ne signant pas un accord que dictent ses intérêts, il prouverait qu’il n’a pas de dirigeants soucieux de ses intérêts !



TOMI.

LA COTE D’ IVOIRE A MAL FAIT

Pendant longtemps, on nous a dit que les Africains ne signeraient pas les APE qui apparaissent comme une autre « OPA » lancée par l’Europe sur les richesses du continent. Les Etats africains, en signant ces APE qui les privent des recettes de porte, ne feront que doper les industries et les services européens et encourageront inéluctablement, un surcroît de chômage sur le continent. La Côte d’Ivoire, par cet accord séparé, comme l’a si bien dit l’ancien ministre Ablassé Ouédraogo, conseiller spécial de la Commission de la CEDEAO, ne sert ni ses intérêts ni ceux de la CEDEAO. Au plan intérieur, ce pays va compromettre les chances de développement et en droite ligne, elle perdra les possibilités de création de valeur ajoutée en perdant son socle industriel naissant. Elle va être envahie par les produits européens face auxquels ses produits de même type ne pourront pas tenir la concurrence. Il y aura des pertes d’emplois, des fermetures d’entreprises.. Le pays va se priver de la fiscalité de porte qui lui rapportait plus de 600 milliards par an alors qu’elle ne sait pas comment elle va le compenser à partir de recettes internes. Par ailleurs, la Côte d’Ivoire, en accord avec les Etats membres de la CEDEAO, avait laissé entendre qu’elle adhérait au consensus selon lequel aucun des 15 pays ouest africains ne signerait d’accord en remplacement de ceux de Cotonou avant 10 à 18 mois ! Il avait été même assuré que toute signature serait conditionnée par la détermination des programmes et mesures d’accompagnement et leur financement, par la détermination du calendrier pour l’accès au marché, et enfin par l’élaboration du texte de l’accord. Avec la signature de l’accord intérimaire par la Côte d’Ivoire, cette situation consensuelle vole en éclats et c’est tout le secteur industriel africain sous régional qui va être déstabilisé. Que pourront faire des pays comme le Burkina, le Niger... qu’entraîne la locomotive ivoirienne dans la région ? On sait que le secteur industriel africain, de même que le secteur privé, sont encore dans un stade embryonnaire et incapables de faire face à la compétition internationale. Il n’y a pas encore de capacités suffisantes de transformations sur place des productions agricoles, minérales, etc., toutes choses qui ne permettent pas une accumulation de valeur ajoutée. Voilà une situation qui risque d’aliéner davantage la Côte d’Ivoire et les pays africains en les maintenant dans une totale dépendance, dans une situation de seul pourvoyeur de matières premières. Le développement est donc hypothéqué puisqu’à sa base, il y a incontestablement l’essor industriel ! C’est une politique à courte vue que celle que la Côte d’Ivoire vient de pratiquer ; elle a voulu parer au plus pressé, oubliant que de nos jours, le développement est une affaire collective où aucun Etat ne peut s’en sortir seul. La Côte d’Ivoire sera envahie par des produits extérieurs plus compétitifs que ceux qu’elle peut produire en interne. Il y a surtout qu’une brèche a été ouverte dans l’édifice sous régional. Le ministre Djibril Bassolet n’a pas tort d’en appeler à « sauvegarder la solidarité » surtout que le Ghana vient d’emboîter le pas en procédant à son tour, à un accord séparé. Si le Nigeria franchit à son tour le rubicond, ça risque d’être la « Bérézina » puisque ce qui sera maintenant en jeu, ce sera le démantèlement des politiques communes au niveau des organisations d’intégration africaine, notamment de la CEDEAO. La tendance au séparatisme, à jouer en solitaire peut aussi raviver les tentations de décrochage d’avec le FCFA et ça porterait alors un coup à l’intégration sous régionale quand on connaît l’impact de la monnaie sur celui-ci.

TOZI.

Citation de la semaine

«Le feu qui te brûlera, c'est celui auquel tu te chauffes .»

Proverbe africain






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