| LA
COTE D’ IVOIRE A BIEN FAIT
La
Côte d’Ivoire est tout sauf un pays
qui n’a pas de compétences. Si aujourd’hui,
elle signe un accord séparé sur les
APE : ce n’est certainement pas sur un coup
de tête. Charles Diby, ministre ivoirien de
l’Economie et des Finances, l’a bien
dit : « La Côte d’Ivoire avait
beaucoup à perdre à partir du 1er
janvier si nous n’avions pas franchi ce pas.
Le pas a été bien franchi. Je voudrais
vous dire qu’en matière de perte immédiate
de recettes fiscales, nous devrions perdre plus
de deux cents milliards par an.. Or avec cette signature,
nous perdrons un maximum de 7 milliards que nos
administrations peuvent bien compenser. Les calculs
ont été faits. Les méthodes
de rattrapage ont été mises en place”.
Et il explique que si le démantèlement
tarifaire va obliger à revoir la fiscalité
pour compenser par les recettes intérieures,
la perte des recettes de porte mais là-dessus,
les choses n’ont pas été laissées
au hasard : le pays va y pourvoir en renforçant
« les capacités des agents qui vont
intervenir dans le cadre de la fiscalité
intérieure ». Il faut souligner par
ailleurs que la Côte d’Ivoire reste,
même si son industrialisation n’est
pas au top comme certains pays émergents,
un pays qui exporte beaucoup et qui n’a pas
à se faire trop d’angoisse avec ces
nouveaux APE. Et le représentant de l’Union
européenne, Michel Arrion, co-signataire
de cet accord, a de plus relevé que «
Sur 90 % des produits d’exportation, la Côte
d’Ivoire et les pays européens ne sont
pas concurrents…Nos deux économies
sont asymétriques et complémentaires
». Il y a aussi que beaucoup apprécieront
cette baisse du coût des marchandises importées
sur le marché ivoirien ! Enfin, il ne s’agit
pas là d’un coup de Jarnac porté
à la CEDEAO puisque cet accord n’est
qu’un accord d’étape, négocié
dans le respect des accords économiques sous
régionaux et qu’il est même prévu
que « L’Accord de partenariat économique
d’étape avec la Côte d’Ivoire
sera remplacé par l’Accord de partenariat
économique global avec l’Afrique de
l’Ouest à la date de son entrée
en application ». L’Ambassadeur
de France au Burkina Faso, Mr F. Goldblatt a, dans
le Sidwaya du 13/ 11/2007, expliqué que la
situation n’était pas la même
pour tous les pays africains puisque les Pays les
moins avancés bénéficieront,
eux (et la Côte d’Ivoire n’en
fait pas partie) de la fameuse clause de rattrapage
: « S’agissant des Pays les moins
avancés, la clause de rattrapage s’intitule
‘’tout sauf des armes’’.
Elle présentera à peu près
les mêmes avantages que le dispositif en vigueur
actuellement, en vertu des Accords de Cotonou. Il
n’y a donc pas d’incitation majeure
pour des pays comme le Burkina, le Niger, ou le
Mali, à travailler d’arrache-pied en
direction d’un accord… En revanche,
pour des pays comme la Côte d’Ivoire,
le Ghana, ou le Nigeria, la situation est tout à
fait différente, car ils ne bénéficieront
pas de clause de rattrapage.... En réalité,
le pays qui risque d’être concerné
le plus négativement est la Côte d’Ivoire.
L’impact négatif est évalué
à 700 millions d’euros ».
On voit que le pays d’Houphouët se devait
de prendre des dispositions pour éviter la
catastrophe ! Et puis, après tout, ce pays,
dont on accuse aujourd’hui le manque de solidarité,
n’a pas bénéficié de
cette solidarité quand, ensemble et de concert,
des pays frères alliés à des
puissances extérieures, l’ont plongé
dans la crise la plus grave de son histoire. Si
après avoir tant perdu pendant 5 ans de crise,
le pays devait encore accepter de se faire tirer
par le bas en ne signant pas un accord que dictent
ses intérêts, il prouverait qu’il
n’a pas de dirigeants soucieux de ses intérêts
!
TOMI.
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LA
COTE D’ IVOIRE A MAL FAIT
Pendant
longtemps, on nous a dit que les Africains ne signeraient
pas les APE qui apparaissent comme une autre «
OPA » lancée par l’Europe sur
les richesses du continent. Les Etats africains,
en signant ces APE qui les privent des recettes
de porte, ne feront que doper les industries et
les services européens et encourageront inéluctablement,
un surcroît de chômage sur le continent.
La Côte d’Ivoire, par cet accord séparé,
comme l’a si bien dit l’ancien ministre
Ablassé Ouédraogo, conseiller spécial
de la Commission de la CEDEAO, ne sert ni ses intérêts
ni ceux de la CEDEAO. Au plan intérieur,
ce pays va compromettre les chances de développement
et en droite ligne, elle perdra les possibilités
de création de valeur ajoutée en perdant
son socle industriel naissant. Elle va être
envahie par les produits européens face auxquels
ses produits de même type ne pourront pas
tenir la concurrence. Il y aura des pertes d’emplois,
des fermetures d’entreprises.. Le pays va
se priver de la fiscalité de porte qui lui
rapportait plus de 600 milliards par an alors qu’elle
ne sait pas comment elle va le compenser à
partir de recettes internes. Par ailleurs, la Côte
d’Ivoire, en accord avec les Etats membres
de la CEDEAO, avait laissé entendre qu’elle
adhérait au consensus selon lequel aucun
des 15 pays ouest africains ne signerait d’accord
en remplacement de ceux de Cotonou avant 10 à
18 mois ! Il avait été même
assuré que toute signature serait conditionnée
par la détermination des programmes et mesures
d’accompagnement et leur financement, par
la détermination du calendrier pour l’accès
au marché, et enfin par l’élaboration
du texte de l’accord. Avec la signature de
l’accord intérimaire par la Côte
d’Ivoire, cette situation consensuelle vole
en éclats et c’est tout le secteur
industriel africain sous régional qui va
être déstabilisé. Que pourront
faire des pays comme le Burkina, le Niger... qu’entraîne
la locomotive ivoirienne dans la région ?
On sait que le secteur industriel africain, de même
que le secteur privé, sont encore dans un
stade embryonnaire et incapables de faire face à
la compétition internationale. Il n’y
a pas encore de capacités suffisantes de
transformations sur place des productions agricoles,
minérales, etc., toutes choses qui ne permettent
pas une accumulation de valeur ajoutée. Voilà
une situation qui risque d’aliéner
davantage la Côte d’Ivoire et les pays
africains en les maintenant dans une totale dépendance,
dans une situation de seul pourvoyeur de matières
premières. Le développement est donc
hypothéqué puisqu’à sa
base, il y a incontestablement l’essor industriel
! C’est une politique à courte vue
que celle que la Côte d’Ivoire vient
de pratiquer ; elle a voulu parer au plus pressé,
oubliant que de nos jours, le développement
est une affaire collective où aucun Etat
ne peut s’en sortir seul. La Côte d’Ivoire
sera envahie par des produits extérieurs
plus compétitifs que ceux qu’elle peut
produire en interne. Il y a surtout qu’une
brèche a été ouverte dans l’édifice
sous régional. Le ministre Djibril Bassolet
n’a pas tort d’en appeler à «
sauvegarder la solidarité »
surtout que le Ghana vient d’emboîter
le pas en procédant à son tour, à
un accord séparé. Si le Nigeria franchit
à son tour le rubicond, ça risque
d’être la « Bérézina
» puisque ce qui sera maintenant en jeu, ce
sera le démantèlement des politiques
communes au niveau des organisations d’intégration
africaine, notamment de la CEDEAO. La tendance au
séparatisme, à jouer en solitaire
peut aussi raviver les tentations de décrochage
d’avec le FCFA et ça porterait alors
un coup à l’intégration sous
régionale quand on connaît l’impact
de la monnaie sur celui-ci.
TOZI.
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