AFFAIRE
« DG DE LA DOUANE »
PEUT-ON TUER CE DOSSIER D’ETAT ?
L’affaire de la Douane est partie
pour être l’affaire des affaires, celle
de l’année ! Elle dérange hautement,
pas seulement dans les sphères limitées
du pouvoir mais dans toutes celles qui, les choses
allant, ont fini par incorporer les arrangements comme
quelque chose de naturel et même de nécessaire.
Le coup de pouce, la débrouillardise, le petit
« tais-toi » (NDLR : le billet de 10.000
fcfa) comme on dit, il n’y a que ça non
seulement dans le business mais maintenant aussi,
dans le service public. Tous ceux qui font des pieds
et des mains pour ne pas que cette affaire aille loin,
se comptent au-delà des limites partisanes.
Mais en face, il y a de jeunes juges et avocats décidés,
avec derrière eux, une majorité de Burkinabé
qui touchent du bois pour que ce qui se dessine en
bourgeon au niveau de la justice ne soit pas un feu
de paille !
Ce
n’est pas qu’il manque d’appuis
haut placés mais le DG de la Douane, Ousmane
Guiro, n’est pas au bout de ses problèmes
: alors que l’affaire pour laquelle il a été
inculpé le 20 décembre dernier, bat
son plein, un malheur ne venant jamais seul, voilà
que d’autres plaintes contre lui auraient atterri
sur le bureau du juge d’instruction et qui concernerait,
dit-on, des dossiers de fausses exonérations.
Si l’on parle de plaintes de Shell Burkina,
de Pétrofa…, la plus remarquée
assurément de ces plaintes, parce que moins
exposée à succomber aux pressions, viendrait
de l’Ambassade des Pays-Bas. Cela n’empêche
pas qu’on se démène comme de beaux
diables pour provoquer une espèce de sainte
alliance afin de « tuer l’affaire »
qui est grosse de bien d’autres affaires, à
ce qu’il paraît.
Une affaire, rappelons-le, qui porte sur des cas de
faux en écriture publique sur plus de 500 millions
FCFA évaporés en exonérations
fictives à l’importation d’hydrocarbures.
Le « deal » consistait à exonérer
des structures qui n’avaient pas droit à
ces exonérations, en contrepartie de commissions.
Serait-ce pour cela que la rumeur court sur une éventuelle
rencontre entre le ministre de l’Economie et
des Finances et les autres inculpés qui ne
cessent de charger Ousmane Guiro ? En début
de semaine, on n’entendait que cette rumeur
persistante.
Mais peut-on réellement faire passer le dossier,
comme cela, de vie à trépas comme on
en a fait pour plein d’autres, les pieds sur
la table ? La question se pose et soulève des
doutes à deux niveaux en particulier.
Le premier concerne la conduite du dossier pénal
proprement dit. Pourra-t-on contraindre le juge d’instruction
à revenir sur son inculpation ? Les stratagèmes
ne manqueront pas à cet effet : pressions sur
le magistrat instructeur, son entourage, sa famille…
, mais aussi sur les douaniers qui ont été
inculpés en même temps que le Directeur
général et qui ont été
libérés de la MACO où ils étaient
incarcérés. On pense à ce sujet
à la jurisprudence Yaméogo Racine dans
le dossier Norbert Zongo, celui-là qui étant
revenu tout à coup, brusquement, soudainement
(comme on dit) sur ses déclarations chargeant
Marcel Kafando, a ainsi servi sur un plateau d’argent
le non-lieu tant recherché. On se dit que si
on amenait les douaniers à faire pareil, le
DG serait sauvé des eaux.
Mais voilà, il se pourrait (et c’est
ce qui semble d’ailleurs se dessiner au palais
de justice) que le juge d’instruction décide
envers et contre tout, au vu des éléments
probants en sa possession, de maintenir l’inculpation.
Là, ce serait une autre paire de manches. Il
y a certes la solution du dessaisissement mais elle
peut buter sur la solidarité que l’on
sent agissante de la part de nombre de jeunes magistrats,
demandeurs d’une justice réhabilitée
et prêts à assumer les risques de leur
engagement.
C’est là évoquer le deuxième
niveau qui soulève des problèmes par
rapport à la volonté de tuer le dossier.
Par-delà la procédure pénale,
il y a une lame de fond qui ne trompe pas, qui amène
à entrevoir l’affaire Ousmane Guiro comme
un révélateur, la face émergée
d’un iceberg, de ce ras-le-bol par rapport à
la mise sous coupe réglée de la justice.
Et là, il faudra aller jusqu’au plus
profond des consciences des néo-magistrats
pour pouvoir tuer cette affaire !
L’opinion ne s’y trompe pas qui, dans
sa grande partie, a le regard tourné vers le
Cabinet du juge Sory non plus que ces nombreux Burkinabé
qui sont déçus que le DG ne démissionne
pas et plus encore que le dernier Conseil des ministres
n’ait pas pris la décision de le libérer
de ses fonctions, pour permettre au 3ème pouvoir
de faire son travail en toute sérénité
et indépendance. Ce sont des atermoiements
qui sont observés à la loupe par l’opinion
mais aussi par les bailleurs de fonds. La façon
de régler ce dossier sera révélateur
des capacités et de la volonté ou non
du pouvoir, à s’engager sur la voie des
réformes dont la nécessité s’impose
dans bien des segments de la vie nationale.
Aristide
Ouédraogo