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San Finna N°445 du 24 Décembre 2007 au 13 Janvier 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

AFFAIRE « DG DE LA DOUANE »
PEUT-ON TUER CE DOSSIER D’ETAT ?


L’affaire de la Douane est partie pour être l’affaire des affaires, celle de l’année ! Elle dérange hautement, pas seulement dans les sphères limitées du pouvoir mais dans toutes celles qui, les choses allant, ont fini par incorporer les arrangements comme quelque chose de naturel et même de nécessaire. Le coup de pouce, la débrouillardise, le petit « tais-toi » (NDLR : le billet de 10.000 fcfa) comme on dit, il n’y a que ça non seulement dans le business mais maintenant aussi, dans le service public. Tous ceux qui font des pieds et des mains pour ne pas que cette affaire aille loin, se comptent au-delà des limites partisanes. Mais en face, il y a de jeunes juges et avocats décidés, avec derrière eux, une majorité de Burkinabé qui touchent du bois pour que ce qui se dessine en bourgeon au niveau de la justice ne soit pas un feu de paille !

Ce n’est pas qu’il manque d’appuis haut placés mais le DG de la Douane, Ousmane Guiro, n’est pas au bout de ses problèmes : alors que l’affaire pour laquelle il a été inculpé le 20 décembre dernier, bat son plein, un malheur ne venant jamais seul, voilà que d’autres plaintes contre lui auraient atterri sur le bureau du juge d’instruction et qui concernerait, dit-on, des dossiers de fausses exonérations. Si l’on parle de plaintes de Shell Burkina, de Pétrofa…, la plus remarquée assurément de ces plaintes, parce que moins exposée à succomber aux pressions, viendrait de l’Ambassade des Pays-Bas. Cela n’empêche pas qu’on se démène comme de beaux diables pour provoquer une espèce de sainte alliance afin de « tuer l’affaire » qui est grosse de bien d’autres affaires, à ce qu’il paraît.
Une affaire, rappelons-le, qui porte sur des cas de faux en écriture publique sur plus de 500 millions FCFA évaporés en exonérations fictives à l’importation d’hydrocarbures. Le « deal » consistait à exonérer des structures qui n’avaient pas droit à ces exonérations, en contrepartie de commissions.

Serait-ce pour cela que la rumeur court sur une éventuelle rencontre entre le ministre de l’Economie et des Finances et les autres inculpés qui ne cessent de charger Ousmane Guiro ? En début de semaine, on n’entendait que cette rumeur persistante.

Mais peut-on réellement faire passer le dossier, comme cela, de vie à trépas comme on en a fait pour plein d’autres, les pieds sur la table ? La question se pose et soulève des doutes à deux niveaux en particulier.

Le premier concerne la conduite du dossier pénal proprement dit. Pourra-t-on contraindre le juge d’instruction à revenir sur son inculpation ? Les stratagèmes ne manqueront pas à cet effet : pressions sur le magistrat instructeur, son entourage, sa famille… , mais aussi sur les douaniers qui ont été inculpés en même temps que le Directeur général et qui ont été libérés de la MACO où ils étaient incarcérés. On pense à ce sujet à la jurisprudence Yaméogo Racine dans le dossier Norbert Zongo, celui-là qui étant revenu tout à coup, brusquement, soudainement (comme on dit) sur ses déclarations chargeant Marcel Kafando, a ainsi servi sur un plateau d’argent le non-lieu tant recherché. On se dit que si on amenait les douaniers à faire pareil, le DG serait sauvé des eaux.

Mais voilà, il se pourrait (et c’est ce qui semble d’ailleurs se dessiner au palais de justice) que le juge d’instruction décide envers et contre tout, au vu des éléments probants en sa possession, de maintenir l’inculpation. Là, ce serait une autre paire de manches. Il y a certes la solution du dessaisissement mais elle peut buter sur la solidarité que l’on sent agissante de la part de nombre de jeunes magistrats, demandeurs d’une justice réhabilitée et prêts à assumer les risques de leur engagement.

C’est là évoquer le deuxième niveau qui soulève des problèmes par rapport à la volonté de tuer le dossier. Par-delà la procédure pénale, il y a une lame de fond qui ne trompe pas, qui amène à entrevoir l’affaire Ousmane Guiro comme un révélateur, la face émergée d’un iceberg, de ce ras-le-bol par rapport à la mise sous coupe réglée de la justice. Et là, il faudra aller jusqu’au plus profond des consciences des néo-magistrats pour pouvoir tuer cette affaire !

L’opinion ne s’y trompe pas qui, dans sa grande partie, a le regard tourné vers le Cabinet du juge Sory non plus que ces nombreux Burkinabé qui sont déçus que le DG ne démissionne pas et plus encore que le dernier Conseil des ministres n’ait pas pris la décision de le libérer de ses fonctions, pour permettre au 3ème pouvoir de faire son travail en toute sérénité et indépendance. Ce sont des atermoiements qui sont observés à la loupe par l’opinion mais aussi par les bailleurs de fonds. La façon de régler ce dossier sera révélateur des capacités et de la volonté ou non du pouvoir, à s’engager sur la voie des réformes dont la nécessité s’impose dans bien des segments de la vie nationale.

 

Aristide Ouédraogo





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