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San Finna N°445 du 24 Décembre 2007 au 13 Janvier 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

TUNISIE/BURKINA FASO
RESSEMBLANCES ET DISSEMBLANCES
D’UN MODELE DEMOCRATIQUE FERME

Qu’est-ce qui peut forcer la comparaison entre deux pays comme la Tunisie et le Burkina Faso ? L’un est maghrébin, ayant une ouverture sur la Méditerranée et quasiment installé au nombre des pays émergents ; l’autre est subsaharien, enclavé et classé avant-dernier dans l’indice de développement du PNUD. Pourtant, si on gratte un peu, on verra qu’il y a entre eux, matière à rapprocher comme à différencier.

RESSEMBLANCES

Chacun de ces pays vient de fêter avec faste les 20 ans de son 1er responsable au pouvoir.

Blaise Compaoré, numéro 2 du régime sous la révolution (1983/1987) a pris le pouvoir le 15 octobre 1987 par un coup d‘Etat, un fratricide en quelque sorte puisque c’est son

compagnon et frère d’armes, Thomas Sankara, qui en a fait les frais en perdant la vie. De l’autre côté, avec Zine el-Abidine ben Ali, numéro 2 également du régime de Habib Bourguiba (1957/1987), il s’est certes agi le 7 novembre 1987, comme on dit d’un coup d’Etat médical sans effusion de sang mais qui a pris aussi les allures d’une espèce de trahison d’un fils à l’endroit de son père.


 

 

 

 

 

Mais au-delà de ces similitudes dans la prise du pouvoir, il en est de plus frappantes qui concernent la gestion même du pouvoir. L’un et l’autre ont réussi à doter leurs pays de mécanismes représentatifs de la démocratie classique, à organiser régulièrement des élections « disputées » sans pour autant pratiquer la démocratie. Cette prouesse, ils la doivent à une interprétation et pratique abusive des constitutions de leurs pays qu’ils violent à l’occasion pour se pérenniser au pouvoir, à la faveur d’élections verrouillées.

Tous deux ont domestiqué l’appareil d’Etat, de nombreux partis d’opposition comme de syndicats, de mouvements de droits de l’homme, de confessions religieuses et d’organisations coutumières.

La technique utilisée en Tunisie comme au Burkina Faso, est tout entière dans la feintise, dans l’art d’afficher une totale adhésion à la séparation des pouvoirs, au pluralisme tout en vidant ses principes de toute réalité grâce entre autres à la corruption, à la violence, aux fraudes..., ce qui n’empêche pas ici et là de verser des larmes de crocodile sur les divisions, les faiblesses de l’opposition.

Le système fonctionne d’autant plus à perfection qu’à l’extérieur, on n’ y voit que du feu ou qu’on s’en accommode parce que ça ne fait pas de vagues. Ce que les partenaires n’aiment pas en effet, on le sait maintenant, ce sont les pouvoirs qui font trop de bruit et laissent trop de traces, de salissures, dans leur façon de gouverner. Pour en avoir pris bonne note, le Burkina Faso et la Tunisie ne manquent pas de soutiens à l’extérieur pour les donner en exemple dans leur manière de conduire avec efficacité leurs pays et leur faciliter l’accès aux aides. C’est un parapluie qu’ils ont su se confectionner qui les protège à bien des égards pour les excès en tout genre dans la gestion de leurs pays.

Mais la ressemblance majeure entre les deux pouvoirs, c’est qu’ils sont des autocraties fonctionnant en circuit fermé et grâce au soutien de leurs clans qui ont entre leurs mains quasiment tous les leviers économiques.

DISSEMBLANCES

Les deux pays pratiquent la démocratie fermée avec des nuances cependant.

Comme s’il en avait fait le trop-plein et qu’il peut maintenant s’en passer (ayant la haute main sur l’essentiel), le Burkina Faso pratique un art plus subtil et plus cynique de la violence : celle qui porte sur le moral, sur la situation professionnelle, économique, familiale… Cette forme de violence « soft », le pouvoir burkinabé en maîtrise parfaitement l’art ; il n’a plus besoin de se salir les mains, d’ encombrer les prisons, d’interdire les journaux... En Tunisie, on en est encore à interdire des partis, des mouvements de droits de l’homme, à embastiller et même à torturer le cas échéant…

Une autre différence réside dans la répartition des fruits de la croissance. C’est vrai que chez les Tunisiens comme chez les Burkinabé, l’emprise monopolistique des « familles » sur l’économie est indiscutable mais on voit beaucoup plus les retombées de la croissance en Tunisie qu’au Burkina Faso. Mais il n’empêche qu’à l’extérieur, l’opinion est plus sensible au déficit de démocratie dans ce pays contrairement au Burkina Faso où elle a tendance à attribuer à l’opposition la pleine responsabilité de ses propres turpitudes.

Une autre différence (ceci expliquant peut-être cela) s’est manifestée à l’occasion de la célébration des 20 ans de pouvoir de Blaise Compaoré et de Ben Ali. Alors qu’au Burkina Faso, on s’est contenté d’autoglorification, en Tunisie, on a fait preuve de plus de subtilité et de réalisme en mêlant dans la célébration, la rétrospective et la prospective, les louanges et les critiques.

Comme si le numéro un tunisien avait pris en compte les critiques portant sur le manque de mesures d’ouverture concrètes consécutives à ses promesses de 2004, il a cette fois-ci décidé de doubler le montant de la subvention fixe réservée au financements des partis représentés à la Chambre des Députés, d’augmenter la subvention réservée à leurs journaux, de favoriser les activités des partis dans les espaces publics. Et ce n’est pas tout : lors de son Discours à Radès le 7 novembre dernier, Ben Ali a décidé de faire du Conseil supérieur de la communication, « une institution dotée d’une personnalité propre et de l’autonomie financière », de renforcer les attributions de ce conseil, d’abaisser de
20 à 18 ans l’âge minimum pour être électeur, de réduire le nombre d’électeurs de 600 à 450 dans les bureaux de vote, de renforcer l’Observatoire national des élections en vue de plus d’indépendance, d’augmenter le nombre de sièges à pourvoir, de faire en sorte qu’aucune liste ne puisse obtenir plus de 75 % des sièges à pourvoir, de faire en sorte qu’à l’Assemblée nationale (quoi qu’il en soit), près d’1/3 de sièges revienne toujours à l’opposition …


 

 



 

 

Ainsi donc, si le Chef de l’Etat burkinabé semble penser que trop de pouvoirs ne gâte pas son pouvoir, ce n’est pas le cas en Tunisie où Ben Ali paraît conscient, lui, que trop de pouvoir détruit le pouvoir.

Il ne faut cependant pas être dupe et trop forcer les différences : un système autocratique ne s’ouvre jamais totalement, sachant que la démocratie réellement ouverte est son plus grand danger. Il y a seulement ceux qui s’enferment jusqu’à l’explosion et ceux qui savent s’ouvrir même à doses homéopathiques. C’est certainement le processus que vient d’engager le Tunisien et qui le particularise quelque peu par rapport au Burkinabé. Sinon, pour l’essentiel, c’est « kifkif bourricot » !

La Rédaction






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